DISCIPLINE. — TENUE DE L'ÉCOLE
Le lendemain, à sept heures du matin, je pris possession de la salle d'école : elle était encore, comme je l'avais présumé, dans un état de désordre et de malpropreté qui faisait peine à voir. Mon premier soin fut de la faire aérer, balayer, nettoyer de fond en comble, et, après cette opération préliminaire, je la trouvai presque en bon état. Et pourtant tout y était misérable ; mais la propreté est une si belle et si bonne chose, qu'elle fait reluire ce qui est terni par la vétusté, et donne je ne sais quoi de bienséant même aux objets dégradés parTusage ou la négligence.
Après la propreté, je donnai un coup-d'œil à l'ordre. Les tableaux furent accrochés plus régulièrement; les bancs et les tables cessèrent de former des angles aigus qu obtus, qui forçaient les enfants à les escalader en désordre. La poussière, encrassée dans le bois vermoulu, ne pouvait être simplement enlevée, elle fut raclée; les encriers, pleins de vase, se remplirent d'encre liquide. L'estrade, placée comme à dessein de manière à rendie la surveillance presque impossible, fut adossée à la muraille, recevant le jour de côté, ayant en face les bancs et les tables des enfants.
Toute cette petite métamorphose s'accomplit en moins "H'une heure. Je comptai qu'elle exciterait d'abord quelque
Rf ..... 1 nnement au moment de l'arrivée ; que je pourrais bien 1 surprendre des critiques, des remarqueamalveillatjtes, qui ne me fourniraient que trop tût l'occasion deblâmer et de punir. N'îinporte;jedevaislefaire, puisque c'étaitbîen, et que, sans ces premiers soins, nul autre bien n'était possible. D'ailleurs, tout dépend de la première impression, surtout quand on agit sur l'enfance. Si j'épousais au commencement les habitudes de désordre au milieu desquelles je tombais, il faUait prendre mon parti de les respecter à toujours. En beaucoup de cas, le mieux ne peut être obtenu que par degrés ; mais, pour les principes les plus élémentaires de la propreté et du bon ordre, il est du devoir de l'Instituteur de n'en pas faire boa marcbé un seul instant. Je me promettais aussi d'être fort prudent, ou plulAt modéré et rûsonnable, dans mes premières applications de la dtscii pline. 11 n'eût pas été sensé d'exiger que les dispositions des enfants changeassent comme par un coup de baguette; il y aurait de petits manquements à passer sous silence, des imperfections à tolérer; la sévérité serait réservée pour les occasions graves, mais alors elle agirait nettement, avec' I cette décision qui laisse des souvenirs.
[ Je me tins sur le seuil au moment où les enfants an
vftient. Ils étaient trente environ, mais il y avait cinq ou' Hx retardataires. Très-peu, en passant devant moi, levèrent leurs casquettes ou leurs bonnets. Ils me regardaient en dessous ou de e6té, comme un étranger suspect, et cbuchotaient ensuite en gagnant leurs places. Leur tenue était Rusù négligée qu'à l'ordinaire, et je voyais bien qu'aucune précaution de toilette n'avait été prise pour complaire au maître nouveau.
Je montai sur l'estrade, et là, embrassant la classe d'un COup-d'œil, je vis la moitié de ces pauvres enfants à demicoucbës sur leurs tables, dans toutes sortes de postures grotesques qui n'étaient pas préméditées, et qui n'étaient
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autre chose que leurs attitudes habituelles. Lorsque je donnai le signal de se lever pour la prière, les uns se dressèrent comme par un ressort ; d'autres étirèrent languissamment leurs membres avant de se décider; d'autres enfin ne bougèrent pas, probablement parce qu'ils n'avaient pas entendu. En effet, depuis qu'ils avaient pris place, une espèce de bourdonnement confus, produit des conversations particulières et des leçons qu'on repassait à demi-voix, s'était interposé entre la parole du maître et l'oreille des écoliers. Un signal plus énergique éveilla l'attention et fit cesser le désordre. Tout le monde se leva ; je fis gravement la prière, et, quand on se fut assis, je pris la parole :
« Mes bons amis, leur dis-je, nous voilà ensemble pour quelques années. Il faut tâcher de nous connaître le plus vite possible; nous serons bien plus à l'aise quand nous saurons à qui nous avons affaire. Écoutez-moi.
» Ne vous défiez pas de votre nouveau maître, et soyez sûrs que sa pensée de tous les jours sera de vous être utile, de vous faire tout le bien qu'il pourra. Il veut que vous deveniez de bons enfants, bien polis, bien sages, que vous appreniez à aimer le travail ; ce n'est pas trop exiger. Il sera quelquefois sévère, parce qu'il n'aime pas la mauvaise tenue, les mauvaises paroles, la mauvaise volonté ; mais il sera bien heureux toutes les fois qu'il pourra récompenser au lieu de punir.
» Voilà ce que je serai pour vous, chers enfants. Maintenant je vais vous dire ce qu'il faut que vous soyez pour moi.
» Ayez d'abord l'intention de bien faire. Je sais qu'on ne corrige pas en un jour les méchantes habitudes ; vous y arriverez peu à peu ; mais, avant tout, il faut le vouloir.
» N'écoutez pas les mauvais conseils. Vous trouverez peut-être quelques étourdis qui vous persuaderont d'user de malice à mon égard ; mais il serait malheureux pour
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TDiis de les écouter, car je ne souffrirai jamais qu'on me manque de respect ; et d'ailleurs, mes chers amis, ce serait contre vos intérêts, puisque vous êtes ici pour apprendre, pour devenir de bons sujets, et non pour perdre votre temps dans l'étourderie et l'ignorance.
» Je vais vous donner tout de suite le moyen de me faire un grand plaisir et de me prouver vos bonnes intentions. L'ordre et la tenue sont d'obligation pour vous comme pour moi. Vous voyez que j'ai fat nettoyer avec soin la salle, les bancB et les tables. Vous vous porterez mieux et vous serez plus contents dans une salle propre et bien entretenue, que dans un taudis qui ne reçoit jamais l'air, et que le balai n'ajamaîs touché. C'est pour vous faire du bien, c'est aussi pour vous être agréaiile, chers amis, que je veux conserver en bon état la salle où vous passez six heures de la journée. Je vous recommande de m'aider dans cetts affaire, en ne marchant pas sur les tables et sur les bancs, au moment de l'entrée et de la sortie, en ne les changeant pas de place par des mouvements brusques, en évitant de lûsser tomber à terre une foule de lambeaux de papiers inutiles, ou qui ne servent qu'à faire soupçonner de paresse eeux qui les ont jetés.
> Un autre plaisir que vous me ferez certainement, c'est d'arriver à l'école mieux peignés, mieu* lavés, plus soignés dans votre personne. Vos boas parents, que vous quittez peut-être sans les prévenir, ne vous sauront jamais mauvais gré de leur demander cette petite précaution im" pensable. Dites-leur que je l'exige de vous et que je coi mence toujours mes classes par une revue de propreté.
» Ënlin, quand vous arriverez, quand vous partirez metlez-vouH en ordre. La classe est un lieu où il ne fai jamùs de mouvements désordonnés. Que les passants voi voient entrer et sortir deux par deux, les plus petits d' bord, d'un pas tranquille et en silence. Vous verrez comi
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ces attentions-là vous vaudront sous peu une réputation de sagesse ; vous en serez fiers, je vous le promets.
» Il faut aussi que je vous recommande de ne pas arriver trop tard. Faites tout votre possible pour obtenir de vos parents qu'ils vous envoient un peu avant l'heure de l'école, et ne perdez pas de temps en route. Rien ne trouble plus le travail et le bon ordre que ces enfants qui entrent après les autres, un à un, ou plusieurs à la fois ; il semble qu'il faille tout recommencer pour eux, et cependant on ne peut faire la classe suivant leur caprice.
> J'aurais bien d'autres choses à vous dire, mes petits enfants ; mais nous ne pouvons tout traiter à la fois, et je ne veux pas fatiguer votre attention. Il me suffit, pour aujourd'hui, de vous répéter : aimez-moi comme je vous aimerai moi-même, comme je vous aime déjà; obéissez-moi comme à votre maître, comme à celui qui remplace vos parents auprès de vous, et qui veut faire de vous des hommes utiles; souvenez-vous de ce que je vous demande, et faifvcs-le avec exactitude, pour me prouver que j'ai raison d'avoir bonne opinion de vous. »
Je n'e suis pas un orateur, mon ami, et, si je Tétais, je n'aurais pas choisi l'estrade d'une école de campagne pour ma tribune aux harangues. Cependant, il est bon, il est même nécessaire qu'un nouveau maître, surtout quand il peut craindre des préventions, explique, pour ainsi dire, son programme en termes qui soient à la portée de l'enfance. Les enfants ne retiennent pas ce programme, ne Fécoutent peut-être pas tout entier; mais il en reste assez pour leur donner une idée de leur nouveau maître, un aperçu de ses manières et de son langage. Dès lors, il leur devient agréable ou antipathique, msds il ne leur demeure pas inconnu.
Pour moi, j'étais très-attentif au résultat de mon épreuve. Quand je commençai à parler, je vis que la curiosité faisait
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^^OTvrir les bouches et dresser les oreilles, Le ton affectuenj et ferme que j'avais pris ne déplaisait pas à la masse, et jM reconnus promptement les meilleurs sujets au contentemenT qui se peignait sur leur visage. Il ne me fut pas difficile non plus de surprendre, chez d'autres, quelques signes dé] moquerie ou d'ennui, qu'ils cherchaient pourtant à cacher;<ir en somme, un peu observateur de ma nature, j'a I dès lors, dresser asseï fidèlement l'inventaire moral de mon école, et classer, d'après l'expression des figures pendant que je parlais, les bons éeoUers, les apathiques, les sujets douteux ou mauvais.
Dès que j'eus fini et, nien entendu, sans attendre t réponse, je commençai l'enseignement. Noua reviendroni plus tard sur ce chapitre, qui n'était pas moins compromÎÉ que celui de l'ordre; car tout s'enchaîne, dans le ma comme dans le bien. Pour aujourd'hui, ne parlons que à la discipline ; c'est un sujet assez grave pour nous occuped h lui tout seul.
Je ne voulus pas être trop exigeant durant cette pre mière classe; mais je lins à honneur de ne pas tolérer noiç ' plus une mauvaise tenue. Je fis relever plus d'un bras qutfl 1 s'étendait nonchalamment sur la table ; j'arrêtai plus d'unrf^ I jambe qui s'allongeait sous la table pour rencontrer cell^
du voisin. Je ménageai le plus possible les reproches, et jftV I m'étudiai à obtenir par un simple geste ce que j'aurais pi^ , exiger avec la menace d'une punition. Cette simpliflcatioinr
ij des moyens de discipline est un secret et une puissance^ Les éclats de voix, les accès d'impatience sont ce qu'il y à 1 déplus faible pour assurer l'ordre dans une classe. You^ n'êtes maître de vos élèves que lorsque vous paraisse maître de vous-même , et leur malice naturelle ne s'jj , trompe pas.
Quoique la sortie fut encore un peu désordonnée, moins elle ne fut pas tumultueuse, et je remarquai mêmfl
qu'il y avait plutôt inexpérience, défaut d'habitude, qu'intention de me desobéir. Je vis les bons élèves, ceux que j'avais jugés tels à leur physionomie, maintenir leurs camarades plus légers, en les regardant ou 6b leur parlant bas avec vivacité. Quelques récalcitrants répondaient par des grimaces et des mouvements d'épaule ; mais d'autres cédaient à une influence qui n'était pas toujours, à ee que je pense, celle de la douceur, et je crains bien que mes premiers auxiliaires dans l'intérêt de l'ordre ne fissent redouter aux mutins plus faibles qu'eux l'emploi de certains arguments à leur usage. Je me promis cependant de mettr» à profit leur courage, en le civilisant.
Depuis ce jour, je m'efforçai de faire, à chaque classe , une petite conquête de plus en faveur de la discipline. Je n'avais pas voulu toucher à tous les points dans mon alloeation du premier jour ; mais le bien naît du bien, et une amélioration attire, comme par un aimant, une amélioration nouvelle.
Au bout d'un mois, j'avais vaincu toutes les difficulté» principales, et j'avais la satisfaction de voir que Tordre semblait aussi naturel qu'il avait dû paraître d'abord rude et ' incommode. L'esprit d'habitude et l'esprit d'imitation , si puissants dans les années de l'enfance, transformèrent, jour par jour, heure par heure, moment par moment, ces enfants hideux à voir et déplaisants à entendre, en écoliers soigneux, dont le langage, s'il laissait à désirer pour la correction, avait au moins le mérite de la poUtesse.
Je m'étais attaché avec persévérance à détruire les mauvaises habitudes extérieures. Ainsi, lorsque les enfants arrivaient, je me tenais au seuil de la porte ; je les faisais entrer un à un ou deux à deux, et nul ne passait sans lever son bonnet ou sa casquette. Si quelqu'un oubliait de se conformer à cette règle de convenance, je suspendais l'entrée et je faisais revenir l'oublieux sur ses pas.
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Dès qu'on était entré et qu'on s'était rangé sur double Ole au millEu de la salle, je passais rapidement, mais non pas légèrement, une revue de propreté, Chacun , tête nue, me montrait son visage et ses mains, et se tournait ensuite pour me permettre de voir s'il ne portait pas des vêtements salis par négligence. J'étais obligé, vous le devinez à coup sûr, d'être fort tolérant sur bien des points. La commune n'était pas composée de gens riches, et il n'aurait pas Tallu décourager les pauvres, en exigeant qu'ils fussent pomponnés comme des" messieurs. Aussi n'avais-je pas cette absurde .prétention ; maisje pensais, et je crois encore que tel enfant, couvert d'une vieUle blouse, et chaussé de sabots, peut mériter plus d'éloges pour sa tenue que tel aalre affublé d'une jaquette neuve, et les pieds enfermés dans des escarpins. L'important est que la toilette de l'enfant, quelle qu'elle eoit, ne porte pas la trace de l'oubli ou de l'indifférence. C^lui qui. a un trajet à faire pour venir à l'école n'évitera paa toujours la boue ou la poussière ; mais il sera jugé propre et soigneux, si une boue plus ancienne ne parait paa BOUS la nouvelle , si la poussière n'est pas incrustée • dans les vêtements, et ne provient que du chemin parcouru. 11 n'y a pas d'enfant si pauvre qu'on ne puisse peigner et débarbouiller, et à qui on ne puisse laver les mains avant son départ, ou de qui on ne doive exiger qu'il le fasse, lorsqu'd est déjà grand et qu'il peut se suffire. Peut-être l'indigence, le défaut de loisir des parents, laisseront-ils quelques Irous dans les habits, quelques taches sur les pantalons et sur les vestes des écoliers ; mais l'œil du maître saura distinguer les trous et les taches imputables à la négligence de ceux et de celles que la position des familles explique assez.
Après cette attention obtenue d'eux pour ce qui regardait leur tenue personnelle, je me félicitai de voir que la classe avait gagné aussi peu à peu pour l'aspect général ou pour
la propreté deâ meubles en particulier. Ainsi, quoique nous fussions un peu à l'étroit et qu'il fallut bien ménager l'espace pour circuler entre les table» et les murs, entre les bancs et les tables, mes élèves n'éprouvaient plus la tentation de monter sur les bancs, d'enjamber d'une table à l'autre, laissant ainsi la marque fangeuse et poudreuse de leur chaussure, là où devaient s'étaler tout à l'heure les livres et les cahiers.
J'avais pris soin de rendre le déplacement des tables et des bancs impossible, non pas à toujours, parce qu'il pouvait se présenter une occasion k' 31 time d'en changer la distribution, mais pour le présent et pour l'usage ordinaire. Quelques clous enfoncés dans le plancher avaient suffi pour obtenir ce grand résultat. Ne riez pas mon ami ; ce grand résultat, je le répète. Il vous parait bien simple, et il Test réellement ; mais enfin, on n y avait pas songé jusque-là, et voici les avantages que j'en retirais : lorsque les tables étaient mobiles, les enfants, même sans mauvais vouloir, les poussaient ou les retiraient à eux, à l'arrivée ou au départ, et alors, outre que c'était une image du désordre, il en naissait des occasions fréqmentes de punition, et une complication nuisible dans le service. Lorsque les bancs n'étaient pas fixés, l'inconvénient était encore plus grave. Le moindre mouvement, volontaire ou non, faisait chanceler et quelquefois tomber avec fracas le meuble fragile, amenait du trouble dans la classe, des fautes contre la discipline, des punitions et même des accidents. Je n'ai donc pas si grend tort de me vanter de mon idée, et je vous en recommande fort l'application.
Une habitude que je m'étais efforcé d'obtenir, et qui n'était pas encore aussi complète à cette époque qu'elle le devint dans la suite, c'est celle d'une parole calme et réglée, qui exclut les grands éclats de voix et le bredouillement inintelligible. C'est peut-être une des choses auxquelles on
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ffiootume le plus difficilement les enfanta. 11 est vrai q les mailrcs eux-mêmes leur donnent trop souvent l'exeiB pie, au moins du premier de ces deux défauts. Ils s'iraagl nent que leur parole pénètre plus avant, quand elle est lai cée avec plus de force. C'esl tout le contraire, excef les rares occasions où la gravité d'une faute qui mérite n répression éclatante expliquerait celte élévation de li Quand le maître crie, les enfants les plus résolus, oulespltj sûrs de leurs réponses crient aussi de tout leur cœur, 4 articulent aussi énergiquement qu'ils le peuvent toutes L syllabes; les faibles et les timides, qui n'ont pas, ou i croient pas avoir de bonne réponse à faire, bredouillei^ avec un bourdonnement confus, que la distraction du maîtï pourra prendre pour des paroles. Ce n'était pas là mon compte ; je voulais mettre tous les enfants à mon diapason, et, pour y parvenir, je prenais un ton à leur portée. A force de leur parler d'une voix mesurée et sans effort, je les amenais insensiblement à copier leur maître ; les plus timides avaient peu de chemin à faire, les plus hardis trouvaient une satisfaction suflisante à leur ardeur. L'ordre gagnait encore à ce moyen-terme, comme il gagne à tout ce qui tient le milieu entre les excès.
J'exigeais que les livres fussent ménagés, que les cahiers fussent tenus avec toute la propreté possible. Il y avait, de ce côté-là, de grandes diflicuUés. Les livres étaient malheureusement rares, parce que les familles étaient pauvres et It commune peu généreuse. Ceux que nous possédions duraient déjà depuis longtemps, et se ressentaient, non-seulement de l'usage, mais du désordre passé. Les cahiers étaient emportés à la fin de la classe, parce que les parents, même les moins aptes à juger des progrès faits à l'école, voulaient voir de leurs yeux et apprécier l'écriture de leurs enfants. Je commençai par donner quelque livres à mes frais; je fia espérer que j'en obtiendrais d'autres, et je piquai d'hon-
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neur ceux qui en reçurent d'abord. Ils en eurent soin, et, toujours grâce à cette grande loi de Timitation, les moins soigneux entrèrent peu à peu dans la même voie. Quant aux cahiers, j'interdis positivement de les emporter après chaque classe ; mais je permis qu'on les prit une fois par semaine, le samedi, afin de les montrer en famille. J'entourai cette permission de quelques formalités ; par exemple j'imposai l'obligation de couvrir les cahiers d'une feuille de papier commun, et, lorsqu'il y en avait plusieurs, de les renfermer en outre sous une seule enveloppe. Ce redoublement de précautions éveillait l'attention des enfants , et il était bien rare que les cahiers d'écriture ou d'analyse grammaticale me revinssent en plus mauvais état qu'ils n'étaient partis.
Voilà, mon cher ami, un aperçu des moyens que j'employai pour assurer par degrés l'ordre dans mon école. Mais je n'ai pas encore touché un important chapitre qui mérite une ou plusieurs lettres à part, je veux parler des punitions et des récompenses. Je vais vous en entretenir tout à mon aise par le courrier -le plus prochain.