AVANCEMENT
J'ai voulu , mon ami , examiner en détail tout ce qui se rapporte à la direction d'une école rurale, et parce que c'est le poste que vous allez d'abord occuper , que vous occuperez peut-être longtemps , et parce que c'est assurément le plus difficile à remplir. Cette dernière assertion vous étonnera, si vous n'avez pas encore assez réfléchi, mais elle est exacte de tous points.
le se font bien qu'à force de conBciencej paraissent quelquefois très-faciles aux esprits légers. Je F conviens avec eux qu'il est bien aisé d'être i maitre d'école de village, et qu'en se contentant de l'exac- 1 titude matérielle , on peut végéter sans autre danger que I l'ennui. Mais, quand on s'est fait une juste idée des devoirs j que la conscience impose à l'Instituteur de campagne, quand J on a senti que ce début si modeste demande un tact, une J prudence, un dévouement de toutes les heures, on est moins | tranchant dans son opinion.
D'ailleurs, au fond, toutes les bases de l'instruction et do 1 l'éducation morale sont jetées dans l'école de village. Le'J bon Instituteur y forme le cœur des enfants en leur distribuant l'instruction religieuse et en leur inspirant l'amour i de la vertu ; il y établit les règles salutaires de la disciplin il y ouvre les intelligences par l'enseignement des matières , que nul enfant, quel que soit son avenir, ne doit ignorer; il y fait usage des méthodes les plus simples et les plus ] intéressantes, pour augmenter l'attrait, pour assurer les i fruits de sa leçon.
Ainsi l'école rurale est le point de départ et comme Itf] germe de tout le reste, Si l'arbre doit grandir, il ne chan-J géra pour cela ni de tronc ni de branches ; il se développera,T il fleurira transplanté dans un terrain plus large et pluï fertile ; mais il gardera sa substance et son nom. Cependant le mode de culture pourra changer; qu'il exigera n'auront plus le même caractère ; il faut qud la sève devienne plus puissante , et que les racines si " arrosées avec plus d'abondance. Étudions un peu cetbi transformation.
Vous vous attacherez à votre école, mon bon ami, par 11 bien mÉrae que vous y aurez fait ; vous ne serez pas toupj œenté de cette mesquine ambition qui veut qu'on ne e' trouve bien nulle part, et que, arrive à peine dans u
sîdence, on se berce de Tespoir de la quitter; mais enfin, il ne serait pas juste de vous interdire toute pensée d'avancement; rémulation est aussi naturelle à Fhomme quà Tenfant, et, lorsque, par un dévouement prolongé, on a mérité de faire un pas dans sa carrière , on a bien le droit de s'en réjouir.
Je suppose donc que , dans quelques années , il vous arrive ce qui m'est arrivé à moi-même, c'est-à-dire, que vous passiez de la direction d'une école de campagne à celle d'une école de ville , d'une petite ville d'abord, tenant encore un peu du village, plus tard à celle d'un chef-lieu d'arrondissement.
A mesure que vous avancerez d'un degré, vous verrez se modifier, dans leurs rapports avec l'Instituteur, deux populations distinctes, celle des écoliers et celle des parents.
Les enfants seront moins rustiques ; vous aurez moins à faire pour les dégrossir, pour leur inspirer des habitudes de politesse ; leurs esprits seront plus ouverts et saisiront avec moins de difficulté les diverses parties de l'enseignement. D'un autre côté, ils seront plus portés à la malice, à la turbulence ; il leur viendra la pensée de ces tours qui amusent l'imagination du jeune citadin et auxquels le petit paysan ne songe guère. Le gamin n'est pas né et ne fleurit pas à la campagne; c'est un type qui appartient aux villes, et qui se compose de ruse et de nonchalance , d'impertinence cachée sous des dehors de gentillesse, de malice insigne et de candeur menteuse. Sorti de l'école , le petit paysan retombe dans les trivialités et la bonhomie de la vie champêtre ; à la classe suivante , il vous rapporte des souvenirs d'étable ou de charrue ; l'enfant de la ville, quand il vous échappe, suit, dans la maison et jusque dans la rue, un cours de finesse et de babil. Je n'excepte pas l'enfant de l'ouvrier, de l'arlisan ; car, celui-ci est souvent un beau parleur et un observateur impitoyable, qui, sans le vouloir