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peut-être , style le petit garçon à reiiii-e toutes les méd sances et tous les cancans du quartier.
Voilà donc une nouvelle tâche qui vous est imposée, je pourrais même dire : deux tâchca nouvelles. Vous devret vous efforcer d'accoutumer les enfanta à la sincérité, réserve , à la discrétion. Vous leur montrerez à parler et aM se taire à propos, avoir, dans les personnes et dans les choses, moins ce qui est plaisant que ce qui est utile e respectable. Vous aureifplus à rectifier qu'à polir, à t< les caractères solides qu'à les assouplir pour les civilisecij Dans l'ordre des études, vous redoublerez d'attention ponn cultiver le jugement, sans exciter des imaginations déjM vagabondes. Le modeste, le précis, le positif, voilà votre thème. Obligé d'étendre l'enseignement plus que vouS-J n'aviez à le faire dans une école rurale , vous compensereï cet accroissement d'études par le sérieux et le poids dftfl l'instruction. Sans négliger d'intéresser vos écoliers, vouafl viserez surtout à faire d'eux des gens raisonnables, et vouaT les stimulerez pour entretenir une louable émulation , nos J pour réveiller, comme autrefois, des natures engourdies Autres esprits, autres procédés.
Les familles ne seront pas non plus dans les mêmes rapt ports avec vous. L'Instituteur, dans une ville, ne voit paB souvent les parents de ses élèves. On s'en rapporte à lui moins par confiance que par indifférence. Il n'est pas tour^ mente parles familles, mais il est peu visité; le mou de la cité emporte chacun dans sa direction, et, si l'on a pas moins de préjugés qu'à la campagne, on montre, somme, moins d'exigence. Vous aurez donc plutôt àexcited l'attention, la surveillance des familles qu'à vous défendrej de leurs importunîtés. Il sera plus utile là qu'ailleurs d^ donner des billets de satisfaction , d'avoir de petits cahiers de correspondance, d'écrire vous-mÉme en cas d'abseucfl ou de manquement sérieux.
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Vos relations avec les autorités locales changeront également de caractère. Supérieures en culture intellectuelle à celles de votre première résidence, elles seront mieux, sinon plus vigilantes, et vous ne serez plus pour elles ce personnage prêt à tous les services, que le maire de village taquine quelquefois, mais qull ne se flatte pas d'égaler. A la ville, vous trouverez des juges compétents et médiocrement sévères , qui ne chercheront pas à vous surprendre en faute, mais qui discerneront vos fautes avec un coup d'œil rapide et sûr. Soyez donc, avec eux, dans des rapports modestes et faciles; ils ne sont pas minutieux; soyez exact, soyez sincère ; prêtez-vous à leurs conseils^ sans mettre en oubli Tautorité à laquelle eux-mêmes doivent obéissance, celle de la loi et des règlements. Yous sentirez avec plaisir qu'ils vous comprennent et vous ne feindrez jamais de ne les pas comprendre. Les relations entre hommes intelligents, rapprochés les uns des autres par des analogies d'étude, s'établissent avec aisance. Profitez de cet avantage, qui est peut-être le côté le plus agréable de votre avancement.
Pourtant, remarquez-le, cette facilité dont je vous parle cache , pour les indolents et les vaniteux , de réelles difficultés. L'Instituteur qui accepte la direction d'une école de ville doit s'être rendu compte de son aptitude et avoir pris de fortes résolutions.
Permettez-moi de vous citer, au moins pour le sens, les réflexions auxquelles je me livrai lorsque la bienveillance d'un Inspecteur me fit appeler à la tête d'une école dans un chef-lieu d'arrondissement.
Il serait odieux, me dis-je alors, d'accepter un avancement sans avoir les qualités nécessaires pour en rester digne. Puis-je me rendre le témoignage que je possède ces qualités ?
Aimer les enfants et voir en eux des âmes que je dois former, des esprits que je dois instruire; savoir ce que je
SUR LA rBOFËSSioN d'ihstituteor. 3G3
dois enseigner ot savoir l'enseigner aux autres ; voilà des conditions qui ne sont pas plus spéciales pour les villes que pour les campagnes ; ce sont les conditions que tout Instituteur consciencieux doit remplir, et je crois les remplir, puisque mes juges le pensent et le proclament. Elles m'ont suffi jusqu'à présent. Me suffiront-elles dans ma position nouvelle ?
J'ai toujours entretenu mes connaissances ; je les ai poussées un peu au-delà du nécessaire, de peur de tomber en deçà. Le niveau ne va-t-il pas changer et ne vais-je pas risquer d'être simplement au courant de mon affaire ; no serai-je pas bientôt au-dessous?
Je connais maintenant les mœurs et les habitudes c villages et des petites localités qui en dilTèrent à peine ;^ je sais comment je dois prendre tous ceux au milieu des-4 quels j'ai vécu pendant nombre d'années; ceux que je v: " pratiquer sont aussi des hommes ; est-ce à dire que je n'aie 1 pas d'études nouvelles à faire, et que l'expérience du passé j me dispense de toute observation ?
Non , trois fois non ; ce n'est pas assez d'avoir été jus- ■ qu'ici un bon maître d'école; d'avoir travaillé pour moi e dehors de mes leçons; d'avoir fait une étude des mœursi locales. Au moment de changer de théâtre, je sens Irop.l bien ce qui me manque, ce que rien ne peut suppléer : l'expérience d'une chose nouvelle , l'acquisition d'un degré de I connaissance de plus, le perfectionnement de ma méthode, l
Et néanmoins, j'accepte; car ce qui me manque, je Ira-, vaillerai obstinément à l'aequérb-; je peux commencer sans I préparation; maisjenecontinueraiqu'àl'aide de nouveaux l efforts, et ces efforts seront de toutes les heures. Je mur- I cherai, car un temps d'arrêt serait bientôt un pas rétro- 1 grade ; je persévérerai , puisque la volonté persévérante I donne seule à l'homme, dans toutes les conditions, la force^ e remplir sa tâche jusqu'au bout.
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Je vais avoir affaire à des élèves plus nombreux que ceux de mon ancienne école. J'étudierai donc les moyens de rendre la discipline encore plus simple et plus exacte; j'inventerai des procédés de surveillance qui soient dans l'esprit des règlements et qui puissent recevoir Tapprobation de mes chefs , mais dont le besoin ne s'était pas fait sentir dans ma petite école gouvernée à moins de frais.
Je vsds trouver des enfants d'une intelligence plus vive, et quelques-uns d'une instruction plus avancée. Je vais redoubler de zèle pour la préparation de mes classes , et me mettre en mesure pour ajouter quelques articles au compte de mes acquisitions personnelles. Quelle honte pour le maître , s'il rencontrait dans ses écoliers des ergoteurs qui seraient presque des rivaux.
Mon expérience des hommes me servira sans doute; mais les nuances seront changées, et, faute d'étudier ces nuances, je me tromperai grossièrement. Si les caquets et les commérages se font moins près de moi, ils ne sont pas pour cela proscrits dans les villes ; ils sont plus dangereux, parce qu'on ne les voit pas venir. Je saurai donc gré à tout le monde de la bienveillance extérieure qu'on s'empressera de me témoigner; mais je n'en conclurai pas que je vais traiter avec des sages ; je me tiendrai sur la défensive, sans afficher de défiance , mais sans me livrer tout d'abord. Je n'aurai pas à subir les mêmes exigences qu'au village, mais on me trouvera tout bas plus de défauts qu'on ne m'en reprochait tout haut dans ma rustique maison d'école ; on me minera à petit bruit , si je n'y prends garde, et je serai tout surpris de voir éclater un orage que nul éclair ne m'annonçait. Je ne m'endormirai donc pas sur le silence de tous ; il peut signifier le blâme, aussi bien que l'indifférence ou l'éloge. Le plus sûr est de consulter toujours sa conscience, et de ne pas attendre pour stimulant les vains bruits du dehors.
STift LA PROFESSION D INSTITUTEUR.
Si je croîs que, pour monter d'un degré, j'ai le droit den me mettre plus à l'aÎBc, et que L'avancement eat une chano* de diminuer le travail, je suis donc dans une erreur com^ plète. A bien peu d'exceptions près, la sopÉriorîté doU fonctions accroît le labeur imposé , et la tâche s'augmenta? avec la faveur de la position. Seulement le travail reçoîW un nouvel intérêt de la nouveauté des objeta auxquels P s'applique et des résultats qu'il prépare. Celui qui ne tronveS pas là un motif sufBsant pour élever son courage, ne raé*j ritait pas d'avancer.
Il y a d'ailleurs d'autres raisons d'espérer et d'avoir con-^ flance. Je vais entrer dans une école munie d'un matérieïT qui ne laisse rien à désirer, du moins , rien de ce qui im.^ - porte aux progrès de l'enseignement. Si quelque pièce vîeo^ à manquer, je n'aurai pas le déplaisir de l'attendre indéfi*J niment, comme dans mon école de campagne. L'autoritâ municipale a plus d'argent et d'amour- propre que celle qtif me laissait languir après un banc de bois ou le remplace-l ment d'une vitre cassée. Un bon matériel sous la main de] l'Instituteur, c'est un bon fusil dans la mam du soldat. ! le soldat n'a qu'une mauvaise carabine , quand le jour Am combat arrive , il faut qu'il la prenne par le canon et qu'îf se défende avec la crosse; mais il ne fait pas longue résia' tance ; le mattre qui ne possède que des bancs éctoppés3 des tableaux dont la moitié a disparu , des livres déctùrég et incomplets, peut bien lutter avec courage contre cela disette de moyens; mais son action en est affaiblie, succès lui coûtent plus cher et sont moins sensibles.
Ensuite, je vais être uniquement Instituteur. A la villftj les ressources en hommes ne manquent pas plus que Ira ressources matérielles. Là, on n'aura pas besoin de s'adre^ 1er à l'Instituteur pour le secrétariat de la mairie ; on neti pourrait pas, parce que les affaires sont assez nombreuEéâ et absorberaient son temps. 11 y a des concurrents poia
remploi de chantre, et M. le curé peut choisir sans recourir au maître d'école. Toutes ces .fonctions accessoires qui m'arrivaient, dans mon village, comme des fruits naturels, vont à d'autres dont elles font le bien-être, et je n'en suis pas jaloux. Je les ai remplies avec conscience et sans rien sacrifier de mon devoir ; mais elles me prenaient, quelques-unes surtout, le temps le plus net de ma journée, et j'avais peur bien souvent d'être moins bon Instituteur parce que j'étais autre chose qu'un Instituteur.
Ce n'est pas que je sois touché de la sotte espérance de devenir un monsieur, ni que je veuille, à l'imitation de quelques fous, m'intituler professeur de haute volée. La religion et la réflexion m'ont préservé, grâce à Dieu, de ces bouffées d'orgueil. Mon passage de la campagne à la ville n'a pas changé ma nature. Je serai toujours le maître de Tenfance, le modeste instrument dont la Providence se sert pour faire du bien. Mon rang sera toujours entre l'homme qui vit du travail de ses mains et celui qui, par la supériorité de ses études, de sa fortune ou de ses titres, appartient aux classes élevées de la société. Je ne serai ni fier ni humilié de cette place moyenne ; si je le veux bien, ce sera le rang le plus commode et le port le plus assuré.
C'est ainsi que votre vieil ami raisonnait avec lui-même avant d'entrer dans son nouveau poste. Il se reconnaissait quelques moyens de réussir, quelque expérience acquise ; mais surtout il sentait qu'il lui restait beaucoup à faire, et il prenait la résolution sérieuse de se fortifier par un nouveau travail.
Une inquiétude le troublait pourtant. Une circonstance défavorable, à ce qu'il craignait du moins, lui faisait redouter le séjour de la ville. Outre l'école communale qu'on lui confiait, il y avait deux autre écoles, deux écoles libres : une double concurrence le menaçait.
SUR LA TBOFESSIOS D IBSTITUTEUH,
Ce n'était pas, croyez-le bien, une pensée de gain qui me tourmentait le plus. Père de famille alors, je n'étai»'! certes pas indifférent à la meilleure recette possible ; ilfl ne faut pas demander à l'homme un désintéressements outré dans les circonstances ordinaires; on le rendrai» hypocrite, et la comédie de la vertu est odieuse; mais! cette pensée si naturelle d'un revenu avantageux n'étaita jamais ma première pensée ; elle prenait rang après cellç^j du devoir et de l'intérêt commun.
Ce que je craignais, c'était une situation toute nouvelles dans laquelle, n'étant plus nécessaire, comme je l'étais i la campagne, je pourrais échouer par la comparaison.
Étais-je bien sûr de répondre à la confiance de meil supérieurs, de maintenir mon école florissante, en présence ■] de deux autres écoles dirigées par des maîtres habiles, ^ stimulés encore par toute la puissance d'un grave intérêt, personnel ? combien j'eusse préféré être seul chargé dol tout le fardeau, en me reposant sur des auxiliaires pouel tout ce que je ne pourrais faire moi-même ! La responsabihté eût été lourde, mais l'esprit fût demeuré tranquill^ et j'aurais eu la libre disposition du peu de forces que Ua ciel m'adonnéesi.
Etait-il même dans l'intérêt des enfants de se voir tiraillés entre des maîtres rivaux? L'enseignement netj perdrait-il pas ainsi quelque chose de sa dignité dans cettct lutte où, quoi qu'on fasse, 11 perce toujours une arrièrS pensée d'industrie? L'enfance doit-elle être disputée comra^ une proie, et le charlatanisme peut-il envahir le sanctuaira de l'éducation 7
J'étais dans cette perplexité, lorsque l'Inspecteur à q je devais mou avancement entra dans ma chambre et mtfl vit rêver, le coude sur mon genou et la tètesurmamain, elyl comme c'était un homme d'expérience, il devina une parlid^ de ma pensée. Je la lui dévoilai franchement tout entière*'!
370 IBTTRES
Ecoutez bien, mon ami, la réponse de cet homme sage ; elle vous reviendra à l'esprit toutes les fois que vous entendrez traiter la question de la concurrence ; elle vous fera saisir ce qu'il y a d'inévitable, de dangereux ou d'utile dans ce fait qui se produit partout et qui est jugé si diversement.
La concurrence des Instituteurs, me dit-il, est bonne en elle-même partout où elle est possible. Elle produit d'assez grands avantages pour qu'on ne soit pas arrêté même par ses abus.
Il est bien vrai qu'elle prête au charlatanisme, et qu'elle tend quelquefois des pièges à la confiance des familles. Il est bien vrai aussi qu'elle diminue les ressources de chaque maître, et que le monopole de l'instruction des enfants dans une commune riche procure à l'Instituteur un bienêtre que la concurrence ne lui laisse pas espérer.
Mais d'abord, la séduction qu'exercent les spéculateurs, en pareille matière, n'est jamais de longue durée. Les résultats obtenus sont si facilement appréciables, que la meilleure école se peuple bientôt aux dépens de la mauvaise, sans autre effort que celui d'une courte patience de la part du bon Instituteur.
Puis on ne peut raisonner de la même manière pour toutes les communes. Dans celles dont la population ne dépasse pas raille âmes, il est à désirer qu'il n'y ait que deux écoles, celle des garçons et celle des filles, qui ne sauraient être en concurrence. Les quarante ou cinquante enfants que l'Instituteur peut recevoir ne composent pas un personnel au-dossus de ses forces, et, si une école libre s'élève à côté de la sienne, on peut craindre que Tune et l'autre ne tombent. Il y a donc là une raison de force majeure qui fait souhaiter que la concurrence ne s'établisse pas : aussi est-il bien rare qu'elle surîjisse dans des conditions aussi défavorables.
son LA PROFESSIOM D'iNSTrrUTEUH. 371
Passons à l'autre extrémité, et voyons ce qui arrive dans les grandes villes. Ici, la question n'est pas douteuse et ue demande pas un long examen. La concurrence est forcée ; le nombre des enfants, l'éloignement des quartiers, l'impossibilité physique de réunir les écoliers sous une seule maio, multiplient nécessairement les écoles.
La question ne pourrait donc être posée, avec quelque apparence de raison, que pourles communes dontla population atteint le chiffre de plusieurs miliers d'âmes, comme colle que vous allez habiter.
> Eh bien, dans ces communes, où, à la rigueur, on pour-
I raitse contenter d'une école, je dis qu'il est bon, pour l'instruction comme pour la discipline, pour les élèves I comme pour le maître, qu'il y en ait plusieurs,
A la campagne, au milieu d'une population faible, vous
étiez en vue ; vous n'auriez pu vous négliger sans exciter
' du mécontentement ; à chaque instant, vous eussiez été
pris en flagrant délit de paresse ou d'insouciance. Perdu i dans la population d'une ville, vous auriez moins à redouter le regard de vos voisins, et, à moins que votre consi cience ne fiit toujours tendue, vous auriez le temps, entre [ les rares visites de vos supérieurs, de laisser peu à peu baisser le niveau. Une école rivale est un excitant perpétuel qui ne vous laisse, pas dormir sur un premier succès, qui vous défend le laisser-aller, sous peine d'intériorité et de ' décadence visible. Votre discipline se soutient, vos procédés \ d'enseignement se perfectionnent ; il le faut bien ; votre
émule est là qui travaille à côté de vous, en face de vous, ]
et qui ne vous permet pas de vous arrêter quand il avance.
Ne lui gardez pas rancune ; il vous serf, il vous fortifie ; jl
vous lui devez une grande partie de votre courage, et, i
I puisque vous pouvez vivre tous deux, vous vivrez avec plus
' d'honneur. '!|
C'est à vos chefs à empêcher que la concurrence ne dé- ^^
génère en lutte déloyale. Leur vigilance préviendra souvent le mal et réprimera les abus. Pour vous, allez avec confiance. N'ayez pas la présomption die souhaiter une tâche trop lourde, ni Tégoïsme de vouloir la porter seul. Faites mieux : si vous n'êtes pas le seul maître, soyez le meilleur; voilà le but avouable, le terme légitime de votre ambition.