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LETTRE XXXVII

CHOIX d'un MÀITRE-ÀDJOINT. — DIRECTION D'UNE

CLASSE d'adultes.

Je pris possession de mon école', et, sans mlnquiéter de savoir si j'avais des concurrents, ou n'y songeant que pour me rendre plus capable de soutenir une rivalité honorable, j'élevai successivement le nombre de mes élèves. J'en avais trouvé quarante ; au renouvellement de l'année scolaire, j'en eus cent. Une école dirigée suivant le mode simultané, même avec quelques emprunts à la méthode mutuelle, ne peut subsister longtemps sous un maître unique, lorsque le nombre dépasse une soixantaine , ou bien, alors, la direction devient plus matérielle qu'intellectuelle et morale ; il y a une classe surveillée, on ne peut pas dire qu'il y ait une classe faite. Encore cette surveillance, qui ne suffit pas pour remplir nos obligations envers les familles, est-elle au-dessus des forces de la plupart d'entre nous. Pour tenir seul une classe de cent enfants, d'âges divers, de positions différentes, il faut un ascendant personnel qui, porté à ce degré, est toujours rare. Le fabuliste l'a dit : Cet âge est sans pitié ; il ne plaindra pas le maître embarrassé dans sa discipline; il rira de son embarras, à moins que la supériorité du mérite, et surtout du caractère, ne soutienne l'Instituteur au-dessus des difficultés.

I^ïais. T>h

SCn U PROFESSIOS DINSTITOTEPn.

I, physiquemenl, il se fatiguera, il s'usera ; il tombera I insensiblement dans la routine. Le nombre de ses élèves* pourra bien se réduire alors, mais sans honneur pour lui ;J on le quittera pour un plus valide, pour un plus capable. •■ Ne vaut-il pas mieux épargner au bon Instituteur un tell déboire, et à son école une telle chute?

Il appartenait à la commune de venir à mon secours parfl un vote de fonds, et de porter à son budget le traitement S d'un second maître, qui devait, sous mes ordres, diriger la 1 division la moins avancée. Aujourd'hui, il faut, en outre, f que le Conseil départemental ait déclaré l'opportunité de I nommer un maître-adjoint pour le service de telle ou telle * école, et cette sorte d'appel est utile pour exciter le zèle ' des conseils municipaux, assez rétifs à l'endroit des nouvelles dépenses, de celles surtout dont le résultat semble un peu abstrait, comme il arrive pour l'instruction primaire, et ne saute pas aux yeux comme la construction^ d'une fontaine ou d'un marché. De mon temps donc, îl| suffisait d'un vote de fonds, et j'avais démontré au maii de la commune que ce vote était nécessaire.

On m'avait pris en amitié ; on pensa que je ne pouvat^ avoir fait qu'une demande bien fondée ; l'argent fut voté g je me vis bientôt secondé par un maître muni du brevefl élémentaire, et dont j'avais fait choix sous t'approbatioa du Recteur de l'Académie (1).

Je n'avais vu d'abord dans ce choix que le plaisir dm mieux remplir mon devoir en le partageant ; la facilitf que me donnerait le concours d'un maître capable poun compléter l'enseignement à tous ses degrés, dans toute» ses nuances. Je fia à mon adjoint des recommandations précises qu'il parut comprendre ; je lui répétai à plusieurs

(1) Aujourd'hui

t le préfet qui n

I la jirésenlalio

u 1 imuuuvui

reprises que, pour faire le bien ensemble, il fallait le faire d'après une seule pensée, une seule volonté ; que ses vues particulières, quelque heureuses qu'elles pussent être, devraient toujours s'efTacer devant les miennes, non pour me donner une satisfaction d'amour-propre, mais pour imprimer à l'école un cachet d'unité. Je l'invitai formellement à s'entendre avec moi à l'avance sur les points de discipline, qu'il serait fâcheux de voir résoudre différemment par le chef de l'école et par son auxiliaire, et à suspendre toute décision dans les cas douteux, jusqu'à ce que nous en eussions conféré. Avant de séparer les enfants en deux et de laire passer la division des plus jeunes dans une salle voisine, que l'autorité municipale avait mise à ma disposition, je fis la classe devant mon jeune maître, pour -qu'il eût non-seulement ma pensée générale, mais mes traditions et la connaissance de mes procédés.

Je me flattais d'avoir pris toutes les précautions que la prudence suggère, et, dans ce dédoublement de moi-même, je n'avais pas cru les pouvoir trop multiplier. Une triste expérience me fit voir que je n'avais pas encore poussé assez loin la prévoyance, et que, dans mon impatience de réaliser une amélioration, j'avais choisi un peu vite, sur des apparences trompeuses.

Mon maître-adjoint était capable et menait une conduite parfaitement régulière; c'était ce qui avait décidé mon choix : mais il était envieux et suffisant ; le second rang lui déplaisait au fond de l'âme, et, tout en conservant les dehors d'une soumission obséquieuse, il arrivait, bien décidé à conquérir la principale influence, en me laissant les vains honneurs du titulariat.

Il commença par changer, sans m'en avertir, les procédés de lecture et d'écriture, et, lorsque j'en fis la remarque, il me dit, en souriant, qu'il avait voulu me ménager une surprise, et qu'il me priait du moins de le laisser aller

BTJR LA PHOFESSION D INSTITUTEUD.

jusqu'au bout de son expérience. J'eus la faiblesse de cédera et les élèves s'accoutumèrent à entendre la voix de dem maîtres. Plus tard, il mit la main sur la discipline ; i punitions que j'avais infligées à ses élèves furenl suppri^ mées ou réduites ; il m'expliqua que les délinquants avaiec fait amende honorable, ou qu'ils avaient racheté leuil fautes par quelque tâche extraordinaire, ajoutant que mon Cquité bien connue l'avait autorisé à regan' prouvées à l'avance des mesures si bien justifiées.

Cependant mon action personnelle baissait de joure jour ; les élèves de ma classe se trouvaient moins heurem moins bien instruits que ceux de mon astucieux voisin. une émigration avait été possible, ils auraient émigré cht^ lui. Les parents commentaient à s'entretenir des différence et à critiquer ma méthode avec d'autant plus de feu qu'^ ne la comprenaient pas. Il me revenait quelques parolQS dures, quelques malveillants commentaires, accompagi d'éloges pour la complaisance, pour l'enseignement clal et facile de mon adjoint. En même temps, je fus avet qu'il était très-assidu auprès du maire, qu'il minait peu j peu ma positition avec une noire ingratitude, et qu'il esp( raitbien, avant la fin de l'année, m'avoir dégoûté d'U poste où il était impatient de me remplacer.

Assuré de tous ces faits, je n'hésitai pas ; car i cessions, nées d'un excès de confiance, ne tenaient pas .fl une faiblesse naturelle de caractère ; j'ai toujoi décision et de la volonté. Je prévins un malin le RecteiM de l'Académie, qui était un homme juste, et je lui demai ' dai de me choisir lui-même, de m'adresser aussi prompte ment que possible un adjoint digne et capable, loyalemeaB pénétré du devoir de rester le second dans l'école et t respecter l'autorité de son chef.

Un bon jeune homme qui venait d'obtenir le brevet av«^ honneur, mais qui ne prétendait pas i?ucore à diriger s

une école, m^arriva presque aussitôt. Je fis venir mon hypocrite, à qui je déclarai que son concours ne m'était plus nécessaire. Il resta comme pétrifié; mais bientôt, reprenant son arrogance, il me quitta avec des menaces dont, fort heureusement, je ne devais jamais sentir l'effet.

Si vous avez quelque jour besoin d'un aide, je vous conseille, mon ami, de vous en rapporter, pour le choix, à l'autorité supérieure. Quand elle donne simplement son adhésion au choix fait par vous, elle peut se tromper, parce qu'elle suppose que vous aurez pris des renseignements exacts, comme le plus intéressé, et elle juge sommairement ce que vous avez dû examiner en détail. Au contraire, lorsqu'elle choisit pour vous, elle agit d'après ses propres renseignements, après avoir consulté des dossiers complets et s'être assurée des conditions dans lesquelles le sujet se trouve. N'agissez donc, dans cette délicate affaire, qu'à défaut de l'autorité dont vous relevez ; vos intérêts en seront mieux servis.

J'avais gagné un bon adjoint, qui me secondait réellement et ne songeait pas à me supplanter, et dont la pensée, calquée avec intelligence sur la mienne, ne faisait qu'un avec elle. Il nous fallut quelque temps pour déraciner les mauvaises habitudes prises, pour ramener l'esprit des enfants, égaré par des insinuations perfides, pour faire oublier aux autorités le langage mielleux auquel elles s'étaient laissé prendre, pour persuader aux parents que le meilleur maître n'est pas le maître le plus facile, mais le plus consciencieux et le plus juste. Mais nous étions unis, nous étions forts. Les sympathies revinrent à nous, comme le jonc courbé avec effort reprend, si nous le laissons à luimême, sa direction naturelle. On finit par rougir d'en avoir cru un hâbleur, un babillard effronté, et je retrouvai partout l'accueil amical des premiers jours.

C'était le moment de tenter des améliorations nouvelles,

I que je n :

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""tpie je n'avais pu risquer seul, et qui auraient échoué I infailliblemenl par la zizanie quiséparait les deux maîtres. A présent que j'avais pour adjoint un autre moi-même, docile à mes conseils, à qui ma.nquait mon principal avantage, l'expérience, mais qui l'acquérait chaque jour en m'imitant, je pouvais entreprendre de faire le bien sur une échelle plus vaste, et de me rendre utile à une partie plus , considérable de la population.

» On me pressait depuis longtemps d'ouvrir le soir une I classe d'adultes. Comme la ville que j'habitais était manufacturière, le nombre ne devait pas manquer âmes leçons, et elles étaient désirées aussi par les gens de bien comme un moyen d'inspirer la moralité et de réparer l'absence d'instruction première.

L'ouverture de cette classe était le plus cher de mes dé- I sirs. Je trouvais ai intéressant de réunir, après le travail, [ des hommes jeunes et d'autres déjà mûrs , dont les années I d'enfance s'étaient écoulées dans l'oiaivelé de l'esprit, et ' qui, par un courage digne d'estime ou par suite des conseils I de leurs bienfaiteurs, viendraient me demander le pain d'une science modeste , que je hâtais l'événement de tous I mes vœux.

Mon adjoint ne le souhaitait pas moins vivement ; je craignais même qu'il n'y eût dans son empressement plus de curiosité que de vocation véritable. Cependant je ne pouvais me passer de lui dans cette épreuve, et je me mis en devoir de l'y associer.

Une classe d'adultes, quoiqu'elle reçoive quelquefois d'anciens élèves de l'école primaire, qui viennent entretenir I leurs connabsances acquises, a le plus souvent pour babi- I tués des apprentis ou des ouvriers pauvres, qui ne savent rien ou qui savent mal les premiers éléments. Puisqu'ils sont pauvres , il faut leur épargner tous frais d'acquisition ; puisqu'ils ne savent rien ou qu'ils savent bien peu

de chose , nous ne devons pas exiger de leur âge ce que nous demanderions à Tenfance, ce qui d'ailleurs, dans une carrière déjà choisie, déjà exploitée, dépasserait leurs besoins comme leurs facultés. Gardons-nous bien d'assimiler ces leçons aux leçons de l'école ; ce serait vouloir échouer en débutant.

Le mode d'enseignement ne doit pas non plus être le même que pour les écoles ordinaires. La théorie doit à peine tenir une place dans l'instruction des adultes. Bien qu'ils aient le jugement plus formé que les enfants, ils n'ont pas la même élasticité d'intelligence. Les travaux matériels, qui ont fait jusqu'alors leur seule occupation, les ont mal disposés aux abstractions les plus élémentaires. C'est de la pratique, et encore de la pratique qu'il leur faut. L'instruction religieuse elle-même, qui n'a jamais été interrompue pour eux , puisqu'ils ont entendu chaque dimanche la parole du prêtre, leur arrivera mieux pSiTVHisioire sainte que par la lecture des livres de doctrines. Les préceptes, mêlés aux faits historiques, prendront un corps à leurs yeux.

Nous disposâmes notre plus grande classe pour la leçon du soir. Les tableaux de lecture, les modèles d'écriture et de dessin linéaire , le papier, les plumes et l'encre nécessaires pour écrire, le tableau noir avec la craie et l'éponge, l'Histoire sainte entin , tels furent les seuls instruments de travail que nous laissâmes à la disposition de nos grands écoliers. Je me réservai cependant, pour semer de la variété dans l'enseignetoient, et pour réveiller l'attention engourdie, de lire de temps en temps un chapitre de Simon de Nantua, livre excellent et à leur portée, propre à les instruire en les amusant.

Lorsque nous commençâmes , il y eut un peu de confusion, non par le mauvais vouloir de qui que ce fût, car tous arrivaient pleins d'une bonne volonté sincère et touchante; mais par le fait même d'une réunion aussi disparate. Il y

\ avait là (

SïH LA PEOFESSrOS D INSTITUTEtIB.

avait là des hommes de ijuaranle ans el des jeunes gens dœ seize; des auditeurs qui avaient déjà des principes d'ins^ truction et qui se flattaient bien de briller aux dépem autres, et des natures brutes qui sentaient leur ignoranceJ Nous plaçâmes tous les jeunes ensemble, tous les plus à sur d'autres bancs, en attendant qu'il résultât des premier» travaux et de nos interrogations mullipliées une occasioifr de modifier quelque peu cet ordre provisoire ; quelque peaj seulement, ai-je dit, car l'intérêt supérieur de la moraliiié exigeait que l'on conservât autant que possible le premioj classement.

La lecture et l'écriture marchèrent de concert. Si l'oi^ peut hésiter quelquefois à réunir ces deux enseignement^ el à les pousser l'un par l'autre lorsqu'il s'agit de l'enfance J depeurdefatiguerses tendres organes, cette raison n'existé plus pour les adultes, et il n'y a qu'avantage à montre^ Eimultanémenl deux choses liées d'une manière si intimm par leur essence. Je m'étais chargé de la lecture, et moM aide, qui avait une plus belle main que moi, de l'écritur&N nous nous entendions toujours à l'avance sur les moyens au faire concorder nos leçons.

Lorsque l'enseignement de l'écriture fut un peu avancé sans avoir pourtant touché le terme, j'introduisis celui dâ dessin linéaire , que certains maîtres recommandent c placer avant l'écriture même. Je ne voulais pas tenter dsi expériences sar mes adultes; l'esprit d'aventure, appIiquN à l'éducation, m'a toujours effrayé ; mais je voulais t compte des dispositions, des facultés de mon nouvel audi toire, et, redoutant moins de le fatiguer, je crus devoir ii cliner du cAté de la variélé, qui est un de nos granda principes. Les premières notions de dessin linéaire, qui donnent de la justesse à la main , allèrent à merveille avai le perfectionnement de l'écriture, et nos écoliers, dès qu'Un iurenl bien écrire, se trouvèrent du loisir pour dessiner If 1PS et les ornements.

j^nnchinf

Dans les exercices graphiques , Taplomb qu'un hommt fait conserver à sa main compense le manque de souplesse. L'iiomme qui commence tard à écrire et à dessiner a de la peine à rencontrer la grâce des lignes et la légèreté du trait: mais il ne tremble pas comme l'enfant, dont les doigts sont courts et faibles , et il arrive assez vite à une honnête exécution.

Nous remarquions ce progrès chez nos élèves. L'écriture et le dessin linéaire leur plaisaient beaucoup ; la masse y réussissait, suivant les moyens de chacun. J'avais beaucoup plus à faire pour donner le goût de la lecture. D'abord, la nécessite de parler, la certitude de faire des fautes à haute voix, paralysaient quelquefois ces grands garçons, qui appréhendaient le ridicule. Puis, l'habitude invétérée de l'accent du pays, qui était fort peu agréable, et que je devais combattre, leur créait d'incessantes difficultés. Heureusement, ma patience fut la plus forte , et j'eus le bonheur de voir, après trois mois, de réels et remarquables progrès.

Je m'étais réservé le calcul, et, grâce au tableau noir, dont je faisais un constant usage, je parlais aux yeux pour arriver à l'esprit. Si ce procédé est utile pour fixer la mobilité des enfants, il est indispensable pour ouvrir l'intelligence des adultes. Vouloir leur faire apprendre des définitions par cœur au début de l'arithmétique , leur demander un compte purement verbal d'une opération, c'est méconnaître leur degré d'aptitude , c'est perdre son temps et ses soins.

Mon adjoint lisait successivement les chapitres de l'Histoire sainte , au milieu de l'attention universelle. H ne la commentait pas ; il ne demandait à personne de raconter de suite l'événement qui faisait l'objet du chapitre lu ; mais au moyen d'un questionnaire bien fait, il reprenait, en huit ou dix ijaberrogations, toutes les parties saillantes du récit, et provoquait de courtes réponses dont il se contentait

^lorsqu'el

srn lA PiiOFESSiON d'ihstitutkliu. 381

^o^squ'e]lea étaient précises, mais qu'il faisait redire et rectifier, jusqu'à ce qu'elles prouvassent une connaissance acquise.

Je ne savais d'abord si je devais former des moniteurs. J'en pressentais bien l'utilité, au moins pour la lecture et pour le matériel des plus simples opérations du calcul. Mais je craignais , outre ia confusion des âges, que les amourspropres ne fussent fréquemment blessés, lorsqu'on verrait un jeune garçon de quinze à dix-huit ans remplir le rôle d'un maître auprès de l'homme de trente à quarante. Et c'était là précisément le résultat le plus probable ; car la jeunesse, même en retard, comprend plus vite que l'âge mûr qui n'a jamais été exercé à l'étude, et je redoutais d voir mes hommes faits commandés, comme dans les arméea j russes, par de tout jeunes ofiiciers.

Cependant, j'essayai. Je maintins deux catégories principales: celle des adultes de quinze à vingt ans, et celle des] hommes au-dessus de cet âge, sans me lier par une obligation trop précise, parce qu'il y a des gravités de quinze 1 ans et des étourderies de vingt-cinq. Je fis aussi deux caté- J gories de moniteurs, l'une dans une des deux sections, l'autre dans l'autre. J'évitai de comparer à haute voix les! résultats obtenus dans celle-ci et dans celle-là, pour les 4 épreuves écrites ; seulement, je me réservai, lorsque tel ou f tel se trouvait embarrassé dans les exercices oraux, de promener mes questions d'une catégorie à l'autre. Qu^it auil moniteurs, iis ne sortirent pas de leurs sections respectives,,et ils agirent, sous l'inspection de mon adjoint ou sous IaM ta mienne, dans des limites dcflnies.

L'espoir de devenir moniteurs â leur tour était à peu-l près la seule récompense qui pût séduire mes adultes. Cette J pensée stimulait leur ardeur. A la vérité , quelquea-u impatientés de ne pas faire des progrès assez rapides, quittaient brusquement et retombaient dans leur apathifij

antérieure; mais ces exceptions naturelles n'étaient pas nombreuses, et j'avais la satisfaction de voir que le plus grand nombre étaient surtout sensibles au plaisir d'apprendre et aux avantages qu'ils pouvaient tirer de leur application.

A la fin de Tannée , des prix étaient donnés aux plus persévérants et aux plus dignes , et l'assiduité , pour peu qu'elle eût été fructueuse , était récompensée comme l'intelligence. Les prix, dont la ville faisait les frais, ne se composaient pas exclusivement de livres. C'étaient souvent des instruments simples , des boites à compas , des mètres d'honneur, enfin tout ce qui, sans être trop dispendieux, se rattachait à la profession de nos élèves. Les livres euxmêmes étaient ou des ouvrages de religion et de morale, ou des traités spéciaux et pratiques qui devaient être consultés utilement.

Je vous assure, mon ami , que, malgré la fatigue de la journée, je voyais arriver sans peine la soirée consacrée à la classe d'adultes. Je sentais plus vivement là que dans mon école même le bonheur d'être utile à mes semblables; et la reconnaissance de ces hommes à qui le bienfait de l'instruction était accordé, était pour moi une récompense^ j'oserais dire un prix de tous les jours.

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