‹ Lettres sur la profession d'instituteurChapitre 5 sur 41 · PUNITIONS · texte numérisé non relu

PUNITIONS

11 serait beau assurément que Ton pût conduire l'enfance par le seul sentiment du devoir, sans employer le double stimulant de l'espérance et de la crainte, sans récompenser, sans punir. Malheureusement, les auteurs de cet admirable système n'ont oublié qu'une chose : la nature de l'homme dont l'enfant présente déjà tous les traits. C'est avec ces doctrines de bien absolu qu'on perd les écoles, comme c'est ^vec des utopies de la même espèce qu'on trouble le repos delà société.

SDR LA PHOFESSION DINSTIT[!TE[;il.

.vérité est que les enfants, pas plus que les hommes ne peuvent être dirigés sans pénalité et sans rémunératioiB Seulement, il est parfaitement raisonnable, pour les enfanfl surtout, de ménager ces deus ressorts, do préférer de saga[ moyens préventifs à l'usage fréquent des châtiments, et d faire considérer la satisfaction do conscience comme i récompense de premier ordre. Il n'y a rien de pis que des écoliers blasés sur les punitions et sur les récompenses ; qui se moquent des premières, se soucient peu des secondes, et DB présentent pour ainsi dire plus de prise à la main inhabile qui les gouverne.

Une fois reconnu que l'école ne peut marcher sans uiH discipline, et que la discipline repose sur des moyens ci répression etd'encouragement, il ne reste pluaqu'àreche^ cher, parmi ces moyens, ceux qui offrent le moins d'incoo^ vénients et le plus d'avantages : choix délicat, difficile, daaj lequel le m^tre doit faire le sacrifice de ses vues personnelle pour consulter deux grandes autorités, le sens commun e* l'expérience. Quiconque prend la direction d'une classe sanl avoir pesé et comparé lesdilTérentsmodesde récompenser i de punir, sans avoir pris, auprès des maîtres éprouvés, 1m renaeignemeuts pratiques que rien nesupplée, sera peu t-êtrj un Instituteur fort ingénieux, fort dévoué, et n'en sera pal moins, par la force invincihle des choses, un mauvais Ini^ lituleur.

J'avais bien souvent médité sur cette partie important de mes devoirs, et je m'étais entouré de toutes les lumières que j'avais pu recueillir. Cependant, au moment de faire ueage de mes réQexions et de mes matériaux, la main i tremblait, el je sentais que l'application est la preuve dé(^ sive de la lliéorie. Quoi qu'il en soit, je me mis courageuse ment à l'œuvre, avec des principes certains et une l'erm^ conviction.

Dès le commencement, je m'aperçus que mon prédêce^

seur avait, comme on dit vulgairement, gâté le métier ; qu'il avait dû passer beaucoup de iautes, même des fautes graves, à ses élèves, et que, lorsqu'il se décidait à punir, il Tavait fait sans discernement, avec violence, comme pour démontrer une fois de plus que faiblesse et violence sont trèscompatibles.

Je me fis une loi de ne pas obséder ces pauvres enfants pour des vétilles sans importance, et de savoir ignorer un certain nombre de leurs fautes les plus légères. Rien ne fatigue et n'excite plus Tenfance que cette prétention du maître à tout voir, à tout entendre ; à ne souffrir ni l'échange de quelques mots avec un voisin, ni une distraction rapide, ni une négligence non préméditée. Je résolus d'ôter à ma surveillance tout caractère inquisitorial et de laisser à cet âge mobile une latitude légère et inoffensive. Mais , en même temps, je m'attachai à montrer ime vigilance perpétuelle, une sévérité inflexible, quand la faute commise avait en elle-même quelque gravité, ou pouvait être contagieuse par le mauvais exemple.

Je m'appliquai à ne pas arriver d'emblée au terme extrême des punitions, système étourdi qui désarme l'instituteur après la première faute commise. La gradation, loi salutaire en toutes choses, fut observée par moi avec scrupule. Ainsi, toutes les fois que je le pouvais et que je n'avais pas la main forcée par un manquement plus éclatant que les autres, je me bornais à un signe, à un coup d'oeil; en cas de récidive, j'adressais un avertissement verbal, un reproche, une menace ; le châtiment effectif n'arrivait qu'à la troisième occasion. Les enfants, qui savaient que je ne revenais jamais sur mes pas, me savaient gré de ma modération, et j'avais moins de fautes à punir que si j'avais débuté par une tempête.

Quant à la série des punitions, la liste n'en est pas bien longue. Ce n'est pas la multiplicité des châtiments qui les rend efficaces, c'es^ le bon emploi.

STTl tA PHOFESSIOK D INSTITIITF.L'Il,

^ Afin d'éveiller dans ces jeunes âmes un sentiment d'honneur, qu'on n'ysoupçonne pas toujours et qu'on n'y chercheB pas assez, je commençai par établir un cahier de bonsetdfl^ mauvais points, une des inventions les plus simples et li plus utiles de la science disciplinaire. Le mauvais pointJ cette abstraction, cet atome insaisissable, suspendu sur 1( tête de l'écoiier bavard, paresseux, indocile, obtenait digi résultats inespérés. 11 est vrai que cette note de défaveijrJ lorsqu'elle se reproduisait à plusieurs reprises, six t exemple, se traduisait en inscription sur un autre cahier" plus menaçani encore, où les diverses punitions de la semaine étaient fidèlement portées. Or, deux autres inscriptions de ce genre en traînaient comme conséquence une tâche extraordinaire, toujours courte, mais sévèrement exigée. Si ce moyen de répression ne suffisait pas, il était donné avis aux parents de la mauvaise conduite des enfants, et, lorsqu'il se rencontrait un sujet rebelle à tous ces moyens, dangereux pour ses condisciples, je n'hésitais pas à en déhvrer l'école. Mais rien n'était plus rare que de tels exemples, et je ne pouvais guère y être contraint que par l'incurie des parents eux-mêmes, qui ne tenaient pas assez compte de la persistance avec laquelle je les appelais à mon aide, dans un intérêt qui était le leur encore avant d'être le mien. Je reviens au cahier de bons et de mauvais points et au cahier de punitions, double aussi, et qui était, nous le verrons plus tard, un cahier de récompenses. Les soins de l'enseignement et de la surveillance ne me permettaient pas de tenir ces cahiers moi-même, quelque désir que j'en eusse, parce que je redoutais la négligence, et aussi, de temps en temps, la connivence de l'écolier à qui je me serais confié. Du moins, je chargeais de celte tâche, ou plutôt de cet emploi d'honneur, un de mes meilleurs élèves, et en même temps un de ceux que leur caractère, que leur taille même mettaient à l'abri des critiques. Je faisais asseoir mon

jeone secrétaire non loin de. ma table, et, sans lui témoigner jamais aucune méQance, je ne manquais pas d'occasions pour contrôler fréquemment sa petite comptabilité morale. Je vous recommande de nouveau ce moyen , mon ami, comme exempt des inconvénients qui s'attaclient aux punitions d'un autre genre. Voua serezheureux, je vous assure, quand, au bout de la semaine, vous pourrez vous dire : j'ai corrigé des défauts, empécliê le retour des fautes, non par des moyens matériels et par des scènes de colère, mais par un simple calcul de notes, en agissant, non sur le corps, mais sur l'esprit.

J'avais bien entendu dire que l'ancien maître ne se faisait pas faute d'employer les corrections physiques; mais les personnes qui risquaient avec moi ces confidences pouvaient vouloir me flatter aux dépens du passé, et je n'attachais qu'une médiocre importance à ces commérages de petite commune. Je ne doutais pas que, sij'étais remplacé à mon tour, ces mêmes gens empressés ne me trouvassent aussitôt des défauts sans nombre, dont ils feraient hommage à mon successeur. Mais j'eus d'autres preuves de la sincérité de leurs paroles ; c'est l'école même qui me les fournit plus d'une fois.

Un jour, je m'en souviens comme d'hier, je vis un enfant, assez paresseux et assez brouillon, qui semblait écrire avec beaucoup d'application, pendant que je faisais la leçon de grammaire, et qui, par intervalle, levait furtivement les yeux pour s'assurer que je ne le remarquais pas. Craignant qu'il ne barbouillât quelques mauvaises caricatures, ou qu'il ne mit sur le papier da ces niaiseries inconvenantes qui font pei-dre aux enfanta le sentiment du respect, je descendis vivement de l'estrade, et m'avançai vers le délinquant. La rapidité du mouvement effraya mon petit homme qui, au lieu de cacher instinctivement ce qu'il faisait, ou do se résigner li la conCscatiuu du corps du délit, se pencha en

arrière, avançant le coude comme pour protéger sa tête contre ma juste indignation. Il était clair pour moi que le souvenir d'un châtiment corporel qu'il avait jadis encouru et subi lui revenait en ce moment, et qu'il ne croyait pas se tirer d'affaire sans avoir au moins les oreilles tirées. Je souris à cette vue, et je me contentai de lui dire : Bon Dieu I mon enfant, est-ce que vous me soupçonnez de vouloir me battre avec vous ? Puis, j'abaissai doucement son bras ; je m'emparai d'une figure de polichinelle où le talent du dessin éclatait moins que la dissipation d'un écolier peu ami de l'étude, et je décernai publiquement au coupable deux mauvais points. La leçon fut sentie et profitable. Un soufflet aurait peut-être moins réussi.

Une allégation très-déplacée des mauvais maîtres qui frappent les enfants, c'est qu'il ne vont jamais assez loin pour leur faire du mal. Si vous leur reprochez d'avoir battu, ils vous disent qu'ils ont pot/55e; d'avoir tiré les cheveux, ils prétendent qu'ils ont posé la main sur la tête, et que l'enfant s'est retiré méchamment, tout juste pour laisser une poignée de ses cheveux entre leurs doigts. Stupides mensonges I prétextes bas et ridicules, pour cacher une des fautes les plus graves que l'Instituteur puisse commettre, une de celles qui compromettent le plus les fruits de l'éducation 1 Une autre fois, j'avais fait lever un de mes élèves pour lui adresser un reproche. Je lui ordonnai ensuite, par un signe de se rasseoir. Il me comprit mal, ou plutôt il me comprit sous l'influence des anciennes habitudes de l'école. Au lieu de s'asseoir, il se mit à genoux, dans un coin de la classe. C'est encore une de ces punitions pour lesquelles j'ai toujours eu une aversion raisonnée. Je ne dis pas qu'il faille se l'interdire absolument et dans tous les cas. Il se peut qu'une faute, plus honteuse que les autres, mérite une humiliation exemplaire, et que la mise à genoux soit alors le moyen le plus convenable par exception; mais, en général, c'est un

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châtiment d*esclave, et non d'écolier ; c'est une atteinte aux lois de la propreté et de la bonne tenue, et les habits ne s'en trouvent pas mieux que le caractère. Je fis donc relever le pénitent, et je lui dis qu'il serait malheureux que la réprimande n'eût pas suffi, et qu'elle eût besoin d'être complétée par une posture aussi humiliante.

J'aurais dû vous parler déjà d'un instrument de discipline, cher à la routine des anciennes écoles et quia changé plusieurs fois de nom et de forme, sans devenir pour cela plus moral et plus heureux. Oui, mon cher ami, on faisait fréquemment usage, il y a quarante ans, et, dans quelques écoles, on use encore aujourd'hui, sinon du vieux martinet classique, qui appartient à une époque plus reculée, du moins de la férule, et quelquefois, par un raffinement plus moderne, de la baguette, afin d'assurer l'ordre par la crainte.

La férule était plus franchement barbare. On savait que son rôle spécial était de frapper. La baguette est plus hypocrite ; elle semble destinée à marquer les positions sur la carte géographique, à indiquer les lettres sur les tableaux de lecture ; mais dans la main impatiente de l'Instituteur, elle s'écarte souvent jusqu'à l'épaule des écoliers distraits et bavards, qu'elle cingle pour les ramener à l'attention et au silence. J'avais trouvé une férule dans mon école ; mais le premier jour où je fis allumer le poêle, elle servit à en attiser le feu. La baguette était nécessaire ; je la conservai, mais pour son usage légitime, et jamais je n'eus même la pensée de l'employer à corriger les enfants qui m'étaient confiés pour en faire des hommes.

L'ascendant réel de la discipline sur les écoliers réside dans le caractère naturel ou acquis du maître. Ce ne sont pas les démonstrations plus ou moins énergiques qui contiennent ce petit auditoire, c'est l'égalité d'humeur, la sévérité tempérée par une bonté qu'elle ne doit jamais exclure. Un maître intelligent, consciencieux, doit, avant tout, se

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rendre compte de ses propres instincts, de ses dispositions h la patience ou à l'irritation ; dompter les unes, donner du ressort et de l'acUvité aux autres ; quand il se sera transformé lui-même, et qu'il se sentira ferme dans son nouvel état, il aura bon marché des mauvais vouloirs et des résistances. Tout ira comme de aoi-mème, parce qu'il aura tout réglé en se réglant.

C'est surtout lorsqu'il est forcé de punir, qu'un bon Instituteur doit être invariablement calme. L'enfant le plus ému en apparence observe en dessous, avec un sang-froid plein de clairvoyance, le maître qui le punit. Quand celui-ci ne se maintient pas dans les bornes de la raison et de la dignité, l'enfant malin saisit le défaut de la cuirasse, et retourne facilement contre l'autorité du maître le moyen qui a manqué dans sa main. Il proflte de toute maladresse, et s'enrU cbit de tout ce que nous perdons.

Je m'appliquais donc avec un soin extrême, non-seulentent à paraître froid et tranquille, lorsque j'adressais une réprimande ou que j'infligeais une punition, mais à éviter cette surabondance de paroles qui échappent presque tou; jours à l'Instituteur hors de mesure, et qui, plus que toifj autre signe, annoncent qu'il ne se possède pas. La cône quence quej'espéraisde cette attention était habituellemed eelon mon désir, et je puis dire que mes arrêts, qui n'étaient jamais bien durs, mais que l'on connaissait pour réfléchis et irrévocables. Étaient accueillis avec cette ctainte respectueuse qui garantit la soumission à venu".

S'il arrivait pourtant que j'eusse afl'aîre à quelque nature plus rustique, à un de ces caractères rudes et hargneux qui se fcalisfont eux-mêmes sans regarder au dehors, et qi ' déa lors, oH'rent moins de prise à l'action du maître, ji perdais pas courage ; je ne changeais pas de système. Sei lement j'employais un temps double, une patience tripl jieut-ètre, à vaincre ces mauvais instincts, et je voyais

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les autres enfants s'étonnaient bien plus de l'entêtement de leur camarade qu'ils ne se divertissaient de mon embarras. Pardonnez-moi un petit mouvement d'orgueil, mon ami ; je me sentais fier de mettre de mon côté l'opinion de mes élèves eux-mêmes. Je m'en serais bien passé, sans aucun doute, car je sais combien ce roseau est fragile; mais enfin, il est si ordinaire, si usuel que les écoliers soient de l'avis d'un camarade contre leur maître, que je triomphais tout bas de les avoir amenés, dans certaines occasions décisives, à un sentiment impartial et à la vue distincte de ce qui est bien.

Pour mettre mes enfants plus à Taise, et fixer leurs idées, je leur avais annoncé la rédaction d'un petit règlement de discipline qui ne contiendrait que l'indispensable, et qui leur rappellerait sans cesse leurs principaux devoirs, ainsi que les mesures sévères auxquelles s'exposeraient ceux qui les mettraient en oubli. Je n'affirme pas qu'il importât de suivre cet usage dans toutes les écoles. Il faut tenir compte des traditions, des habitudes locales, des dispositions personnelles des enfants et même du tour d'esprit de l'Instituteur. Je conviendrai sans peine que le meilleur règlement est celui qui est gravé dans les mémoires, par Teffèt de la seule pratique ; que des écoliers ergoteurs pourraient partir de ce que le règlement exprime pour regarder comme légitime tout ce qu'il ne défend pas. Cependant, j'ai toujours été très-persuadé qu'il faut parler aux yeux des enfants, et que le langage des sens est celui que comprend le mieux le premier âge. Je regarde comme utiles les devises inscrites sur les murs de la classe, et dont les écoles religieuses, par exemple, usent si largement. D'ailleurs, je n'avais pas mis cette idée en avant, lorsque je tâtonnais encore pour former et consolider ma discipline. C'est lorsque je me sentis maître du terrain que je m'avisai de faire le législateur. Il me parut que je rendais seulement plus sensible à mes élèves ce qu'ils

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étaient déjiV très-hobitués àpratiquer, et que je venais tout an plus au secours des mémoires défaillantes. Puis, je ne pouvais prévoir les dispositions des enfants, la physionomie de l'école pour les années suivantes, et je fortifiais de tout mon pouvoir les bonnes traditions, afin de perpétuer ce que je voyais heureusement établi.

Pour achever ce vilain et nécessaire chapitre des punitions, je vous lerai remarquer, mon ami, qu'on se trompe souvent sur le compte de la sévérité, je veux dire de la sévérité bien entendue. On croit qu'elle ne marche qu'avec un cortège de châtiments. Ici, je vous l'assure, le nombre ne fait rien à l'affaire, ou plutôt le grand nombre gâterait l'afTaire de la dtecipline. Le progrès dans la discipline d'une classe est naturellement marqué parla nioindre quantité de punitions, et la sévérité qui s'exerce à moins de frais n'a rien de commun avec la faiblesse, La faiblesse au contraire prodigue les mesures de rigueur, mais elle communique à chacune quelque chose de son impuissance, et elle dépense un capital considérable sans le moindre profit.

En résumé donc, cesont les punitions qu'on fait craindre, beaucoup plus que les punitions subies, qui assurent l'ordre dans une école. Les enfants s'aperçoivent qu'on ne les tracasse pas trop dans les occasions de minime importance, mais qu'on ne tolérerait aucun écart sérieux. Ils en contractent une sorte de gravité précoce, dont il ne reste guère de traces, heureusement, quand l'heure de la récréation et de la liberté est venue, mais qui tient au respect conçu pour leur maître, et à ce sentiment du devoir qui n'est pas plus étranger à l'enfant qu'à l'homme l'ait, suivant la mesure de chaque âge.

Un visiteur qui aurait regardé à la surface , et qui aurait caractérisé mon école d'après l'extérieur des enfants, aurait cm peut-être qu'ils étaient tristes, comprimés, que je les rendais malheureux. Une demi-heure passée dans ma classe

l'aurait bien désabusé. Il aurait vu les mêmes écoliers, dont rimmobilité et Tair réfléchi lui suggéraient ces conjectures, obéir sans effort, deviner avec empressement la pensée du maître ; il les aurait entendus briguer avec ardeur Thonneur de répondre aux questions posées, et il aurait compris que la sévérité juste prépare et nourrit l'émulation.

Mais il est temps que j'aborde la contre-partie du sujet traité dans cette lettre. Je ne veux pas vous laisser croire que les punitions bien réglées fussent ma seule préoccupation. De même que le maître serait désarmé par tout système d'éducation qui lui défendrait de punir, de même aussi il se priverait d'un moyen de succès doux et légitime, s'il renonçait à l'emploi des récompenses. Ce sont deux idées inséparîibles l'une de l'autre, et qui accroissent réciproquement leur valeur. Le maître qui ne saurait que punir à-propos serait un Instituteur fort incomplet ; il faut encore qu'il connaisse, qu'il saisisse l'opportunité des récompenses. S'il remplit ces deux conditions, il est bien près de réaliser Tidéal du bon maître d'école.

Suivez-moi donc, mon ami, sur ce nouveau terrain ; je vais vous dire comment j*ai compris et pratiqué le système des récompenses.

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