‹ Lettres sur la profession d'instituteurChapitre 6 sur 41 · RÉCOMPENSES · texte numérisé non relu

RÉCOMPENSES

Il n'est pas plus facile, nous l'avons dit, de se passer de récompenses que de punitions dans la direction de l'enfance. Restreindre sagement les moyens, préférer les moins compliqués, les moins prétentieux, est un devoir du maître; s'en abstenir complètement est le rêve d'un théoricien.

Les principaux écueils à éviter en cette occasion sont le trop grand nombre, une excitation trop énergique de la

Sun LA PROFESSrO^i D msUTUTEUIl.

oilé, l'absence de gradation et de méthode. Occupons-

s-en tour à Lour.

L'Instituteur quijette les encouragements, si je l'ose dire, à la volée, affaiblit chacun de ceux qu'il accorde; il fait bien pis ; il afTaiblit, il ênen-e le ressort même des récompenses, et se prive ainsi d'une influence que rien ne saurait remplacer. Avec lui, le paresseux même espère, et, par conséquent, le travailleur se refroidit. L'enfant sage et docile recherche avec peu d'ardeur un témoignage que l'écolier dissipé, mutin même, peut obtenir. La discipline alors prend un air de caprice el de hasard; c'est le bon plaisir du maître, c'est sa disposition du moment qui fait ia loi; car on ne saurait s'y tromper; des récompenses prodiguées et des récompenses distribuées justement sont deux idées contradictoires. Donner beaucoup et donner bien, est possible à la vertu de l'aumône; mais la justice ne rémunère que le petit nombre, et avec mesure, et c'est ainsi qu'elle conserve du prix à ses arrêts.

Lorsque les récompenses stimulent trop vivement l'amour-propre, elles n'atteignent pas le but, elles le dépassent. Le maître qui a ce défaut ne peut s'arrêter dans Iw mauvaise voie ; il s'excite et s'écbauiTe lui-même en allumant la vanité chez ses disciples; il croit trouver son compte à un procédé qid peut faire briller ses élèves, et proclamer, par conséquent, l'habileté de l'Instituteur. C'est là, non pas du zèle, non pas de la «.onscience, mais de l'égo'isme, puisqu'on sacrifie le caractère de l'enfant à l'orgueil du maître. C'est un vice, el j'étais trop indulgent quand je l'appelais un défaut.

Enfm, l'absence de gradation et de méthode dans la disliibution des récompenses déroule, dépayse les enfants qui les reçoivent. Malgré la légèreté de cet âge, les observateurs y reconnaissent une justesse naturelle qui se choque de tout procédé contre nature. Les enfants ont peu d'idées,

mais aussi peu d'idées fausses. Leur esprit n'est pas encore embarrassé dé ces préventions, de ces combinaisons forcées, que l'abus de la réflexion amène dans l'esprit des hommes faits. Un instinct, plus sûr que nos raisonnements dans le cercle étroit où il s'exerce, leur montre le côté faible de nos méthodes au moment même où nous en sommes infatués. C'est un soulagement pour eux qu'une suite bien réglée, dans les encouragements, comme dans tout ce qui touche à la discipline et aux études. Ils s'y attendent; ils y comptent, et, quand ils sont déçus, ils s'étonnent, puis ils s'inquiètent, puis ils se blasent ; tout est perdu.

Je m'étais dit tout cela, avec moins de précision peutêtre quejenele répète aujourd'hui, parce que l'expérience a mûri mon langage, mais avec cette conviction instinctive que je puisais dans mes propres souvenirs d'enfance, et qu'avaient fortifiée en moi d'utiles conseils. A la conviction je joignais une volonté ferme de mettre mes idées en pratique, et de n'en dévier sous aucun prétexte, car j'y attachais le sort de ma mission d'Instituteur.

Mon premier soin fut d'établir, je vous l'ai dit, un cahier de bons et de mauvais points, qui ne me rendit pas moins de service pour les récompenses que pour les punitions. Vous avez pu voir quelquefois, dans les familles économes où il y a de très-jeunes enfants, ces joujoux à bon marché qui excitent des transports de joie aussi grands, aussi sincères que les hochets les plus chers, les plus magnifiques. Lorsque la mère les donne à propos, ils font le bonheur de ces aimables petites créatures, et elle les rend dix fois, vingt fois heureux avec la même somme qui amuserait une seule matinée d'un enfant gâté. Eh bien ! il en est de même des récompenses distribuées dans les écoles. Les plus simples sont les plus efficaces, parce qu'on peut les multiplier et les graduer sans les épuiser jamais.

Lorsque j'avais accordé un bon point, qu'on inscrivait

f;fR LA PHOFESSION D INSTITUTEt.'fl.

KissilAt BUT le cahier précieux dont nous parlons, le poiS sesseurdecette marque de saUstaclion, si modeste, si" pable, pour ainsi dire, devenait radieux. Il calculait eM lui-même la somme de bons points qui lui serait nécessaiïi pour obtenir une récompense plus brillante encore. Ce laient tantôt six, tantôt dix ou douze, suivant t'iraportaneï des objets d'étude ou des occasions de disciplina qui pou-* valent donner lieu à une faveur. Nous avions notre comptabilité fort bien réglée, et ce n'est pas sur une question aussi intéressante, quel'ordre, âme de l'école, nous aurait manqué. Or, quelle était cette récompense supérieure, équivalant à une somme de bons points, et qui était accordée en échange ? Mon bon ami, tout simplement un billet d'honneur, écrit de ma plus belle Écriture ou de celle de mes calligraphes les plus habiles, qui avait la double vertu de récompenser par lui-même et d'exempter d'une certaine mesure de punitions. Il fallait bien créer une compensation possible entre les bons et les mauvais jours, entre les fautes que n'évite pas l'enfance et les mérites qui sont à sa portée ; mais, je dois le dire, ceux qui obtenaient le plus habituellement les billets d'honneur y tenaient trop pour les sacrifier au rachat d'une punition encourue. Je les voyais presque toujours subir la peine, quoique leur petit portefeuille fût rempli de moyens de S'en exempter. Je les laissais parfaitement libres à cet égard; mais j'éprouvais un sentiment de joie lorsque je les voyais s'attacher à ces simples billets comme à un trésor.

De temps en temps, mais à de longs intervalles, je leur ménageais un nouvel échange, celui de ces billets euxmêmes, qui étaient de papier blanc ordinaire, contre des billets bien plus somptueux en papier de couleur glacé. C'était le billet de banque remplaçant des valeurs vulgaires. Ce change avait lieu trois ou quatre fois par année, et les bons élèves l'attendaient toujours comme un événement.

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Je ne saurais trop vous le redire : on ne connaît pas assez la puissance de ces moyens, si puérils en apparence et qui feraient sourire les gens du monde, si le hasard plaçait quelques lignes de cette lettre sous leurs yeux. Non, mon ami, ce ne sont pas les grands moyens, les récompenses à fracas qui produisent Teffet le plus sûr dans une école ; c'est la série patiemment observée des petits encouragements journaliers.

Mais vous n'êtes pas encore sorti des papiers et des écritures. Au fait, ce sont nos instruments ordinaires, et nous serions bien dupes de n'en pas faire usage, ou bien stériles de n'en pas tirer un parti varié. J'ajouterai donc que, tous les samedis, j'accordais un billet de satisfaction complète ou partielle aux enfants, à la fin de la classe du soir. Je voulais qu'ils pussent montrer ce billet en ftimille, et j'exigeais, autant que possible, que le père ou la mère m'attestât qu'on l'avait reçu. Les parents qui voyaient revenir leurs enfants sans billet en concluaient que je n'avais pas été content, et venaient ordinairement me voir pour s'assurer de la vérité. Ceci touche à un sujet bien intéressant, que je traiterai en détail dans une autre lettre, aux rapports de l'Instituteur avec les familles. Je m'étais aperçu, après un premier essai, que les billets défavorables n'étaient pas remis très-fidèlement, et, au lieu d'exiger des enfants cet acte de vertu surhumaine qui eût consisté à montrer soi-même en famille sa propre condamnation, je préférais le silence, qui produisait les mêmes résultats.

Parmi mes institutions de ce genre, je dois placer au premier rang, sinon pour l'utilité de chaque moment, du moins pour l'importance du témoignage, un grand tableau que nous appelions tableau d'honneur (on ne peut, on ne doit pas éviter, même dans l'éducation la plus modeste, ce mot d'honneur, qui est le mot français par excellence), j'y inscrivais, tous les mois, ceux qui avaient le plus marqué

snH LA PHOPEssroN d'ostitutec».

Ipw leur sagesse et leara progrès, et, dans un autre compartiment, ceux qui avaient obtenu les six premières places pour les diverses compositions. Le tableau d'honneur, encadré solidement, écrit avec soin, sans abus de curiorités graphiques, était l'objet de luxe de l'école. Il frappait tout d'abord les yeux des visiteurs, et attirait, au début même de la visite, des éloges mérités a ceux dont les noms y étaient inscrits. Je dois dire, en faisant violence à ma modestie, et après un espace de trente ans qui a dû calmer mon amour-propre, que le maitre aussi avait sa part des éloges, et qu'on le félicitait de ce qu'on nommait une heureuse invention. Assurément, l'idée de cette invention est venue & beaucoup d'autres ; et c'est une preuve qu'elle est bonne et vraiment pratique, puisqu'elle est née, comme d'elle-même, de l'analogie des circonstances et de l'accord tacite des Instituteurs dévoués.

Voilà quelles étaient mes récompenses écrites ; mais ce n'étaient pas les seules auxquelles on attachât de la valeur. Quelque ménagées qu'elles fussent, je ne voulais pas en faire une consommation exclusive, et je tendais toujours, autant que le permellaîent les instincts sensibles de l'enfance, à lui inspirer le goût des satisfactions purement morales.

Ainsi, un simple changement de place, «ne ascension de quelques degrés sur le banc de la classe, après une bonne répétition des leçons de la semaine, ou après un acte de bon esprit et de générosité, était un bonheur pour l'élève récompensé, quoique ce bonheur ne laissât après lui aucune trace. Ces mutations s'opéraient de temps en temps, et elles excitaient une vive pensée d'émulation chez tous ceux qui espéraient reconquérir la position perdue.

Ainsi encore, je saisissais L'occasion de donner aux meilleurs écoliers, k ceux que je proposais en exemple aux autres, quelques-unes de ces preuves de confiance qui

agissent vivement snr les natures heureuses et font venir aux autres des idées d'amélioration. Ah I mon ami, que cette source de récompenses est féconde pour le maître qui sait y puiser 1 et qu'il lui est facile de multiplier de tels moyens, dont la simplicité est aussi merveilleuse que la force ! Le privilège de fermer la porte après l'entrée, ou de l'ouvrir au départ ; le droit de distribuer les cahiers, les livres avant le travail, et de les recueillir quand l'heure du repos approche ; la haute faveur de tenir le cahier ou le registre du maître ; la mission de le suppléer pour certains signaux, pour quelques soins donnés aux plus jeunes ; que sais-je? une foule de distinctions aussi importantes, possibles à chaque moment et qui n'exigent pas de grands frais d'imagination de la part de l'Instituteur, voilà tout un arsenal de récompenses, pures, désintéressées, morales au plus haut degré. Aveugle celui qui s'en priverait, ou ne saurait pas s'en servir !

Et croyez-vous que je ne trouvasse pas déjà un puissant moyen d'action dans quelque chose de plus fugitif encore, dans de simples éloges? Lorsque les esprits des écoliers sont bien disposés et qu'ils ont pris insensiblement l'habitude des impressions honnêtes, la louange, même abstraite et dépouillée de tout autre signe extérieur, les émeut et les récompense. Ils gardent les paroles flatteuses du maître dans leur souvenir, et quand il leur a dit : C'est bien, ce mot, emporté dans leur cœur et dans leur mémoire, est répété à la veillée de famille, et les visages s'épanouissent en le racontant.

Si j'avais été complètement libre dans mon choix, je n'aurais pas ajouté beaucoup d'autres moyens à ceux que je viens de vous citer. Mais on ne peut jamais se déJivrer entièrement des traditions locales, et il n'est pas toujours prudent de le tenter. A plus forte raison, est-il fort difficile d'aller contre le courant d'un usage à peu près général,

s(;b la profession d'iustitutelb. 8'J

^^^0» vous ne supprimeriez pas sans être regardé c

homme à systèmes; et lorsque cet usage flatte la vanité des familles, et qu'il distingue publiquement nos enfants des enfants du voisin, la difficulté s'accroît encore ; elle ressemble fort à l'impossliiilité-

Ce que je dis là s'appliqua surtout à deux modes de récompense sur lesquels j'arrête un instant votre attention I Le premier est te qu'on appelle la croix. Vous avez déjà

L pu remarquer vous-même que, daus presque toutes les I écoles de garçons, une petite croix de fer-blanc, attachée I par un ruban rouge, est placée à la boutonnière ou fixée sur la blouse de ceux qui ont obtenu les premières places dans les compositions de la semaine, des plus sages, des. plus habiles. L'enfant, ainsi décoré, traverse, la tète haute, tout le village, toute la ville. On le regarde, et il sait qu'on le regarde. Sans perdre les libres allures de l'écolier, il guette, il attire quelquefois l'attention de ceux qu'il rencontre. U s'estime ce qu'il vaut, et trouve bien indifférents I ceux qui passent sans accorder un coup-d'œil, un mot d'approbation à ce liigne qui flamboie sur sa poitrine. Quand le chevalier arrive à la maison paternelle, il y entre non-seulement content, mais fier, et c'est lui qui sera, pendant quelques jours, l'homme important de la famille.

Eh bien 1 mon ami, je ne veux rien exagérer; mais, franchement, je vois des inconvénients sérieux à cette manière de récompenser l'enfance. Le premier, c'est qu'il y a là une sorte de parodie des distinctions sérieuses, accordées aux hommes faits, pour de longs services ou pour des actes éclatants. La haute valeur ds ces grandes récompenses publiques, le respect qu'elles doivent obtenir de la foule, reçoivent une atteinte, lorsqu'on les imite de si près dans les petits arrangements de l'école. Il n'est pas jusqu'à la couleur du ruban qui n'établisse, en apparence, une parité quelque peu grotesfpie entre le marmot de dix ans,

premier en arithmétique, et le vieux serviteur de l'Etat, qui a conquis la croix d'honneur sur les champs de bataille ou dans les difficiles épreuves de Tadministration. Le passant en sourit, le légionnaire lui-même s'en amuse ; moi, je le regrette, parce que je n'aime pas que l'on singe les choses respectables, et que je ne crois pas à la nécessité, ni même à l'utilité d'un tel moyen.

Au point de vue moral, l'inconvénient est plus grand encore. Donnons aux enfants des récompenses d'enfant, et non des simulacres des distinctions propres aux grandes personnes. N'excitons pas outre mesure une vanité qui n'a point la raison pour contre-poids. Nous n'avons pas la prétention de supprimer l'amour-propre, et nous sommes persuadé qu'il faut faire emploi de cette disposition inhérente à l'humanité. Mais jouer avec l'amour-propre, mon ami, c'est jouer avec le feu, et j'ai peur que tel petit décoré^ fils d'un vieux brave, se sentant plus haut d'une coudée, ne révère plus assez la croix de son père.

Je ne suis donc pas partisan des décorations qu'on décerne dans les écoles ; mais j'aurais eu beau dire alors, et vous auriez beau dire aujourd'hui ; il y a trop de vanités intéressées à la conservation de cet usage : celle du maître, celle de la commune, celle des enfants, celle des familles. Une telle ligue est invincible ; il faut désarmer devant elle. Ce n'est pas assez de voir le bien ; il faut encore, dans les choses secondaires, le voir et le faire comme ceux qui nous entourent, sous peine d'avoir les mains liées dans l'accomplissement de ses devoirs.

Je me résignais donc à la distribution des croix d'honneur, comme à une tradition immémoriale, et je m'étudiais seulement à tempérer par quelques leçons de modestie le mauvais effet que ce stimulant pouvait produire sur de jeunes imaginations mal dirigées encore par le jugement. Le second mode de récompense dont j'ai voulu parler,

PROFESSrOH DmSTITUTEUB.

!ont tes dislributions de prix. Il donne Ueu à des o valions plus importantes encore que le premier, etsoulèfl une question dont la solution n'est pas facile.

Je lisais dernièrement dans un recueil fort eslimabbj (l'Education, journal d'enseignement élémentaire}, des réflexions sévères sur les distributions de prix. L'auteu*^ M. Rapet, alors inspecteur primaire de la Seine, aujour4 dliui inspecteur général de riostruction primaire, et lauréat de l'Institut, un des liommes qui comprennent te miewâ les questions de ce genre, demande qu'on supprime racH calement des solennités où U ne voit que des parades sai franchise et sans dignité (1). Il va sans dire^ue M. Rapid n'examine pas plus que moi ce qui convient, à cet égal " dansl'enseignementsecondaire. Pour rinstruclion primai 8a répulsion contre les distributions de prix est absolue, on se souffre que bien peu d'exceptions. Quoique je ne a pas d'accord avec lui sous tous les points, dans une matiê*q si délicate, je m'associe en grande partie à son opinion.

Les distributions qui terminent l'année scolaire sontr-elle^ utiles dans les écoles ? Le sont-elles au même degré dai les écoles publiques et dans les écoles libres 7 dans les vill et dans les campagnes ? dans les communes où la concui rence régne et dans celles où une seule école suffit aiH besoins de l'instruction 7 Voilà des points de vue div£ intéressants; il convient de nous y arrêter.

Mais avant d'entrer dans cet examen, qui suffira peut* être pour remplir une de mes lettres, demandons- noua ai aucun autre encouragement n'est possible, et si noua avons bien touché à tous ceux qu'un bon maître doit tenir en

(1) Voir les n» de juillet et d'août 1851. M. Rapet est un de ceux qui oui Daluralisé en France les excellents ouvrages d'éducation du P. Grégoire Girard, dont nous parlerons en Irailant des procédés d'enseignenienl, et qui ont été édités par MM. Dczobry, F. Tandon et C?", prédécesaeursdeMM. Ch. Delagrave et CK

réserve pour obtenir des enfants la somme de sagesse et de travail qu'il faut espérer d'eux.

Le bon Instituteur, mon cher ami, n'en est pas réduit au seul emploi des récompenses positives et calculées. Le goût qu'il a pour ses fonctions, les sentiments de père de famille qu'il y porte, lui inspirent non-seulement des inventions commodes et utiles, non-seulement des paroles qui soutiennent et qui excitent, mais une sorte d'habitude générale, une attitude de constant intérêt qui exerce, même à son insu, la plus décisive influence. Je vais vous en donner quelques exemples, ou pour mieux dire, je vais vous raconter ce qu^je faisais fort imparfaitement sans doute, avec succès pourtant, parce que, si je n'étais pas trèshabile, j'étais convaincu et de bonne toi.

Je me souviens que, lorsque je récompensais un de mes bons écoliers, particulièrement pour la conduite, pour quelque trait de délicatesse et de conscience, j'étais plus joyeux, plus ému que lui-même. Si la gravité magistrale, nécessaire pour conserver le respect, ne m'abandonnait pas, elle laissait percer un attendrissement véritable. Mon visage s'illuminait du succès de mes chers enfants. Ils le remarquaient sans peine, et je voyais leur joie se doubler par la part involontaire et visible que j'y avais prise.

Les témoignages que je leur rendais en présence des autorités ou des personnes considérables, amies de l'instruction, qui venaient quelquefois visiter mon école, étaient reçus comme une des récompenses les plus désirées. Ils savaient que je ne chargerais pas le tableau de couleurs trop riantes, mais que je ne l'assombrirais pas non plus à plaisir. Il y a des Instituteurs mal inspirés, qui, gardant le souvenir d'un mécontentement très-fondé peut-être, mais où il entre toujours quelque peu de leur faute, ne font entendre devant les étrangers que des paroles tristes et décourageantes; qui semblent avoir attendu ce moment

SCH LA l'UOFESSrOK L I.NSTll't'TEUK.

k" discréditer leurs élèves dans la pensée des visiteurt et font taii'e, par la maladresse de leurs observations, IjÉ bienveillance qui allait exciter la bonne volonté de tousj C'est une véritable manie, que celte ritournelle rie plainte et de reproches, et ceux qui la fredonnent sans cesse gi font une illusion fâcheuse, s'ils croient en être jugés > In^lues plus favorablement. Le maître doit aux écoliers dans ces occasions demi-solennelles, non pas faveur, main jasllce, et une justice affectueuse : il avouera sans faiblesBÉ les exceptions, mais il dira brièvement et avec Âme lêj sujets do satisfaction qui n'ont pas dû lui manquer, lità visiteurs expérimentés ne s'y trompent pas. Ils condai le maître qui n'a que du mal à dire de ses élèves, et il n'a pas le droit de se plaindre de ce jugement.

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