SOITE DES RÉCOMPENSES. — ÉMOLATION
Après cette petite disgression , je reviens, mon bon a à la question des distributions de prix dans les écoles.
Cet usage n'existe pas partout, et il y a des cor tellement pauvres, des écoles condamnées à une économ si étroite, que la volonté d'y établir un tel mode d'er ragement no suffirait pas. Cependant, la tendance général! est d'en instituer, et ce courant d'idées a de l'importanci Examinons donc ce qu'il en faut penser.
A considérer le moyen en lui-même, il a de grands aval tages et de grands inconvénients.
Les avantagea consistent à exciter vivement l'émulation, à développer le sentiment de l'honneur, le respect de l'opi- DÏon publique; à donner en perspective aux enfants les émotions de joie de leur famille, et l'estime de ceux qui seront témoins de leurs succès. A ces points de vue, nulle
rÉcoiMpense n'est comparable aux. distribulionsT Elles occupent, longtemps à l'avance, les jeunes imaginations; elles redoublent l'ardeurà mesure que le jour décisif approche ; elles reliennent et attachent au travail, comme à la condition nécessaire du triomphe, et la continuité du travail enlrnine naturellement la pratique de beaucoup d'autres qualités.
A côté de ces avai tages surgissent de nombreux inconvénients, et les bénéfices se compensent par des pertes à peu près égales.
D'abord la préparation elle-méine enraie le travail ordinaire, trouble la sage économie des études, et il n'est pas un malti'e qui ne s'aperçoive que l'exercice des compositions pour les prix supprime en partie l'enseignement pendant la dernière partie 'de l'année scolaire.
Cette vérité est particulièrement sensible, lorsque l'on songe au temps que réclament les cahiers de belle écriture, les épreuves de dessin linéaire. Que sera-ce si l'usage , justifiable d'ailleurs, des récitations publiques de fables, de narrations, de dialogues, rend nécessaire un nouveau sacrifice de temps? On dira que ce sont là des exercices laborieux, des modes d'étudier qui en valent d'autres; mais on ne saurait nier pourtant qu'ils ne prennent à eus seuls, pendant quelques semaines au moins, la place de tout le reste, et que la grammaire, par exempte, peu favorable aux exhibitions solennelles, ne doive souffrir du repos forcé qu'on lui impose.
On échappe à ce reproche dans les écoles où la distribulion des prix est précédée d'un examen public. Mais l'examen, qui serait très-significalif s'U était soutenu par un grand nombre, ne repose guère que sur la tête de la classe, sur quelques forts, si forts en effet que, comme Atlas, et toute proportion gardée , ils sont chargés de porter 1« monde. Le maître le plus babile n'ose pas se fier, pour un
exercice qui s'accomplit devant une grande assemblée, à une autre faculté que la mémoire. Il craint avec raison que lesenfantsd'une force moyenne ne manquent de présence d'esprit, et ne produisent un mauvais effet sur l'auditoire. Il confie donc à deux ou trois champions éprouvés la mission de prouver que l'école est florissante ; il pourra se trouver dans l'assemblée quelques hommes sensés qui doutent de la valeur de cet argument.
Outre la perte de temps qui résulte d'une préparation prolongée, on peut dire que les distributions de prix, dans les écoles primaires , vont communément contre le but qu'on se propose. Elles stimulent l'ambition, non pas des Jeunes gens destinés à toutes les carrières civiles, et qu'il peut être bon d'animer à la poursuite d'un brillant avenir, mais des enfants qu'on espère maintenir dans les conditions modestes d'artisan et de laboureur. La modération dans les vœux, la simplicité dans toutes les habitudes de la vie, sont des vertus tellement propres à la jeune population des écoles primaires, qu'il y a une sorte d'inhumanité à les leur ravir. Or, quoiqu'il y ait des différences de détail entre la brillante distribution des prix au lycée et la même cérémonie dans une humble école, les principaux caractères subsistent, à savoir : la fbule assemblée, la présence des autorités du lieu, la proclamation publique, les livres ou rubans décernés, aux acclamations des spectateurs. Voilà donc les imaginations de ces pauvres écoliers, prêts à rentrer dans la boutique ou dans la ferme, échauffées de la même flamme qui brûle les enfants sortis de la maison de ville ou du château. Les véritables intérêts de la société s'accommodent mal de ces déclassements recherchés avec imprudence. Il ne faut pas que l'enfant du paysan ou de l'ouvrier soit plus négligé que le fils du bourgeois ou du seigneur, mais les mêmes encouragements, les mêmes fêtes ne conviennent pas à toutes les classes, et la confusion des
moyens d'éducation peut engendrer des prétentions dangereuses pour l'avenir même du pays.
Je sais que, dans les écoles publiques, les distributions de prix n'ont pas le même caractère que dans les écoles libres. Dans ces dernières, ne craignons pas de le dire, c'est une concession déplorable à la vanité aveugle des familles; c'est une avalanche de prix qui tombe sur les forts, sur les médiocres, sur les faibles, avec une variété de noms et de titres qui déguisent mal la cruelle nécessité à laquelle les Instituteurs sont réduits, celle de satisfaire les parents pour conserver les élèves. Les plus consciencieux ne peuvent, sans nuire à leurs justes intérêts, secouer entièrement cette tyrannie ; ils en gémissent et s'y soumettent, car il y va de la vie ou de la mort de leur respectable industrie. Dans les écoles publiques , du moins , l'autorité municipale est là, derrière l'Instituteur, faisant les frais de la petite cérémonie, ne votant à cet effet que des fonds déterminés ; assez indépendante des obsessions particulières ; et le maître, qui a un traitement, bien modeste, il est vrai, en dehors de la rétribution scolaire, et qui, après tout, occupe une fonction publique, est moins à la discrétion des familles. Dans ces écoles donc, lorsque la commune établit l'usage des distributions de prix, je ne voudrais pas que l'Instituteur opposât à ce fait des théories. Ce fut précisément mon histoire. Quoique je n'aie jamais eu le goût de cette institution en ce qui touche les écoles primaires, j'en trouvai l'habitude prise dans ma résidence, et je m'y conformai sans réclamation. Seulement j'eus soin de me tenir invariablement dans une mesure de bon sens et de justice, et nul n'aurait osé espérer de moi un prix de complaisance, sous aucun prétexte, même le plus spécieux.
Si je m'étais trouvé alors, comme j'y fus appelé plus tard, dans une commune assez importante pour admettre la concurrence de plusieurs écoles, je n'aurais pas modifié
.■n LA l'RUFESSION t> INSTITlTF.rtl. a7
B conviction, et ma conscience ne serait pas devenue plus Ihcile; mais j'aurais en, j'ai vu dans un autre temps de plas grandes dilTicultcs à vaincre.
En eflèl, iâ 0(1 plusieurs écoles, disons seulement deux écoles, l'une publique, l'autre libre, se font conrarrence, les dlstributionsdeaprisdevlennenlune arme avec laquelle chacun des deux concurrents est tenté d'abattre son rival. L'école libre suit sa pente naturelle, ou plutôt subit sa contrainte accoutumée , en prodiguant les récompenses publiques; l'autre, que la commune entretient au prix de sscriûces plus ou moins onéreux, craindra de dépérir et de voir s'éloigner d'elle la confiance des familles, qui n'espéreraient pas y recueillir une égale moisson. L'autorité municipale, dispensatrice des deniers communaux, se prêtera à quelque surcroît de dépense pour préserver son école de la décadence qui la menace, et consentira à prodiguer aussi les distributions de livres et de couronnes, en présence de ce dé0 que lui jette l'école libre.
Ainsi le caractère grave et impartial de l'enseignement communal se trouve dénaturé par la concurrence, dont l'effet naturel devrait être seulement de rendre cet enseignement plus sérieux et plus actif. En principe, lorsque le chiirre de la population est assez élevé pour alimenter deux écoles, la concurrence me parait une fort bonne chose et je n'aijamais partagé les regrets égoïstes de quelques Insti- Inteurs qui gémissent de voir s'élever à côté d'eux une autre école, lorsque la leur, ainsi réduite, suffit pour leur aerarer une position digne et des avantages raisonnables. La concurrence aloi's talonne la négligence, tient constamment en éveil le zèle et le sentiment du devoir. Les distributions de prix transportent la lutte sur un terrain moins noble ; les concessions y affaiblissent le pouvoir de la justice, et, même quand le bien se fait à ce prix, il ne se Eftit ni d'une manière aussi pure, ni avec autant de solidité.
Que des écoles publiques échappent à cet écueil, par la bonne intelligence de Tautorité municipale et de l'Instituteur, et par Tinstinct consciencieux de l'un et de l'autre, je suis loin de le nier, et, pour ma part, je me suis efforcé d'en donner l'exemple. Mais, sans proscrire un usage si fortement enraciné dans beaucoup de communes, je ne conseillerais jamais à l'Instituteur d'en provoquer rétablissement.
Il nous reste à examiner en peu de mots si les distributions de prix, une fois admises, conviennent mieux dans les villes que dans les campagnes, ou réciproquement.
Ce que nous venons de dire semble résoudre la question. C'est dans les villes que la concurrence devient inévitable. On pourrait donc penser que là surtout le danger de ces récompenses publiques est imminent, et qu'il doit y prendre des proportions démesurées.
Il n'en est pas ainsi cependant. Lorsque ce ne sont plus simplement deux écoles rivales en présence, qui cherchent, par les moyens que la conscience avoue, et par ceux que la mollesse de nos mœurs tolère, à se renverser Tune l'autre, ou du moins à conquérir la préférence formelle des familles ; lorque la multiplicité des écoles étend, éparpille en quelque sorte la concurrence, les efforts individuels des établissements rivaux sont moins en vue, et ne font pas saillie comme dans les grosses communes rurales. Chacun alors est abandonné plus impunément à ses vues, à ses inspirations personnelles. Établissez là, si l'esprit de la localité vous y porte, vos distributions solennelles de prix, et peut-être vous sera-t-il possible de ne récompenser que la sagesse, que le travail ; de ne pas décupler, sous les titres menteurs d'une foule de subdivisions imaginaires, les distinctions qui n'ont de valeur que lorsqu'elles s'adressent à un petit nombre d'élus.
Même alors, mon ami, ne l'oubliez pas, vous aurez tou-
V PHOFESSIOH DISSTITLTEL'B.
;, à côté d'un puissant instrument d'émulation, une' excitation violente de la vanité, une récompense d'apparat qui ne sera point en harmonie avec le modeste avenir de vos écoliers.
Je dirai donc, pour conclure, que les distributiona de; prix, le plus brillant des moyens d'encouragement qu'on. puisse employer dans les écoles, sont tolËrables dans les villes, plus nuisibles qu'uUlea dans les campagnes où il n'y a qu'une seule école, dangereuses dans les localités où deux écoles seulement sont en présence. Mais, comme il faut s'accommoder à la faiblesse humaine, et que l'Instituteur ne peut changer et remanier à son gré les coutumes du pays où on l'appelle à faire le bien, c'est à lui d'accepter, au fond, cette habitude là où il la trouve passée dans les mœurs, et d'employer son ascendant à l'épurer sans la détruire.
Je vous paraîtrai peut-être sévère sur un chapitre au sujet duquel tous les bons esprits ne sont pas d'accord. Je ne suis qu'un pauvre maître d'école, et je n'oppose mon opinion à celle de personne. Je me borne à vous raconter mes impressions, à vous redire ce que m'a persuadé mon expérience, sans vouloir être aussi alBrraatif sur ce point que sur beaucoup d'autres. Je provoque vos réflexions; comparez mes conseils à ceux que pourront vous donner des personnes éclairées, et ne m'empruntei que ce qui vous reviendra aussi d'un autre côté.
Est-ce à dire que je voie, dans toute distribution de prix, au moins autant d'inconvénients que d'avantages? Oli ! non, je ne parle que des distributions solennelles, de celles où il y a un théâtre dressé, des guiriandes entrelacées, un public de familles et de curieux. C'est la mise en scène, et la publicité d'apparat dont je me défle. Au contraire, ja soU grand partisan des petites fêtes intérieures, où IC enfants, en présence du maire, du curé, des notables
pays, enfin de tous les patrons naturels de l'instruction primaire, recevraient, dans l'école même, des livres utiles, dont la reliure plairait aux yeux, et qui leur seraient distribués par l'Instituteur après un petit exercice scolaire. Ces récompenses de premier ordre, décernées chaque trimestre, par exemple, soutiendraient le bon esprit et l'application des élèves ; elles les exciteraient doucement, au lieu de leur donner la fièvre, et conserveraient facilement une valeur que nulle exigence du dehors ne viendrait affaiblir.
C'était là, j'ose le dire, le triomphe de ma modeste école. Je n'étais pas arrivé d'emblée à réaliser mes vues ; il avait fallu d'abord conquérir pied à pied les sympathies de ceux qui m'avaient si froidement accueilli. A la fin de la première année seulement, je me sentis maître de la position. Je dressai mon plan pour l'année suivante. J'obtins l'agrément de mes supérieurs : les notabilités de la commune me promirent d'assister à ma petite solennité trimestrielle, à la fin de décembre, de mars et de juin, car je vous ai dit que la distribution générale et publique des prix avait lieu avant l'ouverture des vacances. Un examen rapide, mais sérieux, portant habituellement sur trois points fondamentaux, ouvrait la cérémonie. L'instruction religieuse, la grammaire, le calcul, faisaient les frais de cet exercice. Ensuite, une douzaine de volumes étaient remis aux plus méritants, de la main de telle ou telle des autorités présentes. Un certain nombre de cachets imprimés étaient distribués comme encouragement aux enfants laborieux et sages qui avaient moins bien réussi. Une émotion vraie régnait ce jour-là dans l'école ; mais cette émotion était pure, comme toutes celles qui naissent à l'ombre du foyer.
En vous parlant des principaux ressorts employés pour exciter et nourrir l'émulation, j'ai déjà traité, mon cher ami, la grande question de l'émulation elle-même. Consacrons-lui cependant encore quelques réflexions.
SUII LA rnOVBSSIOM n mSTITUTECR,
■bmiiie ua certain nuiniit'e d'idées qui sont justes 38, ulilfiB OU nuisibles, suivant la face sous laquelle leKconâidêre, l'émulation peut ètresynonymede lajalousii vaoileuse, ou de la plus généreuse ardeur. Lorsqu'elle n'a en vue que le succès, et que la défaite des rivaux est son point de mire, elle n'e mérite certainement pas de prendre place entre les ressources de L'éducation ; mais, quand elle se propose des modèles à imiter, un but de louange et d'esliine à toucher, il faudrait être bien sévère pour la proscrire. Le voulût-on, d'ailleurs, la nature humaine y répugnerait. Nous sommes imitateurs, et, selon que nous choisissons un type mauvais ou estimable, nous réalisons une copie bonne ou mauvaise. Si nous ne sommes en présence
• d'aucun modèle assez voisin de nous pour que nous ne désespérions pas de l'atteindre, nous tombons dans une f&cheuse langueur. Un de nos besoins les plus impérieux manque d'aliment ; une de nos forces les plus actives s'engourdit au-dedans de nous. Il n'y a que les vertus hors ligne et les hommes de génie qui puissent se passer d'un exemple à suivre, et ce ne sont là que les glorieuses exceptions de l'humanité.
Les enfants, sous ce rapport, annoncent déjà les hommes faits. Plus faibles qu'eux, doués d'une moins puissante initiative, ils ont un besoin encore plus urgent de trouver quelque bon modèle à suivre. Or, l'enfance ne connaît pas les abstractions. Ce n'est pas dans les livres, c'est encore moins dans une méditation au-dessus de sa portée, qu'elle Irouvera ce motif sérieux d'excitation. Il lui faut une
I rivalité vivante, agissant, travaillant à côté d'elle, et qui
dise à ses sens, comme à son esprit : Ne vous endormez pas!
Toilà ce qui rend si difficile le succès des éducations
} particuhêres, L'eniant peut y apprendre beaucoup d'excel-
' lentes choses; mais il est seul, en face de lui-même;
Slatiun est absente. En vain le précepteur Imaginera . j
des artifices ingénieux ; en vain il apprendra à son élève à se comparer à lui-même dans les diverses époques de Tannée, et lui prouvera, par le rapprochement des devoirs conservés, qu'il a fait ou n'a pas fait assez de progrès. Un laisser-aller inévitable, plus fort que toutes les habiletés possibles, sera, chez les quatre cinquièmes des enfants ainsi élevés, le signe de Téducation qu'ils reçoivent. Quelques natures d'élite s'échaufferont dans cette glaciale atmosphère ; quelques pères de famille réussiront à inventer des encouragements assez vifs pour remplacer l'émulation par la perspective d'une faveur. En général, les enfants instruits à la maison, sans condisciples, sans émules, aborderont l'étude avec indifférence et la poursuivront stérilement avec ennui.
Combien est différent le spectacle d'une école oix des enfants réunis reçoivent le pain de la science I La force de chacun s'accroît par la présence de tous. Quiconque se sent du cœur au travail, et une aptitude suffisante àen recueillir les fruits, a les yeux fixés sur ceux qui ont déjà pris leur élan^ et qui, les premiers, se sont posés en modèles à suivre. Le bon écolier trouve en lui une vivacité de conception qu'il n'aurait pas soupçonnée dans l'isolement de la maison paternelle; l'écolier moins intelligent, mais aimant son devoir, se propose d'approcher au moins de ceux qu'il est difficile d'atteindre. A l'exception de ces enfants mous et ineptes, dont le nombre est bien réduit sous la main d'un Instituteur capable, il n'en est pas qui n'avancent toujours de quelques degrés, et qui ne doivent ce progrès à l'influence bienfaisante de l'émulation.
Prétendrons-nous que, dans l'école la mieux dirigée, il n'y ait pas un écolier qui exagère le sentiment de rivalité, pas un écolier qui se décourage ? Non, assurément. Nous recon» naissons que les meilleures choses ont leur côté faible, et qu'il n'y a pas de machine si bien montée que son jeu ne
SUB LA PnOFËSSIOB D INSTITUTEUR.
^UMSe être en défaut. Mais nous disons, à l'iionneur ( l'émulation, qu'elle est bonne, excellente en elle-même, -! conlorme à nos instincts et à nos besoins, et que l'abus seul j en est à craindre.
Or, en quoi peut consister l'abus de l' émulation 7 Uniquement dans le choix et dans la mesure des moyei Voilà pourquoi, mon jeune ami, j'avais tant de peur des J moyens que j'appelle violenta, des scènes d'apparat, deaJ copies malséantes d'une espèce de distinctions plus relevée*' J que celles qui conviennent aux écoles. Voilà le secret d6^ ma préférence pour ces récompenses décernées dans un demi-jour, pour ces modestes inventions d'une sollicitude qui ménage les amours-propres, en tenant compte de ce qu'ils ont d'utile. Je n'ai jamais eu à me repentir de mes scrupules aur celte importante question.
Je ne dois pas oublier de vous dire que j'avais banni de mon école l'usage aliuaif des ex iequo, c'est-à-dire des récompense? pareilles attribuées, pour le même objet, au même degré, à plusieurs élèves. D'abord, il n'y a jamais complète égalité de mérite entre deux copies, entre deux récitations ; toujours une différence, quelque minime qu'elle .soit, permet d'être juste, en assignant la primauté à l'un des concurrents. Ensuite, et c'est ici la raison la plus forte, toute récompense multipliée au proflt de plusieurs, pour un objet unique, est légitimement suspecte de complaisance, soit pour les familles, soit pour les enfants eux-mêmes. D'ailleurs, rien n'est plus propre à diminuer la valeur de U récompense, et ce que j'ai dit du nombre des prix au commencement de cette letlre peut s'appliquer, de tout point, à cette manie trop répandue des ex xquo. Ils étalent même avec une maladresse plus naïve encore les intentions peu dignes et peu raisonnables de ceux qui les emploient, et jamais moyen de récompense ne m'a inspiré une plus constante aversion.