‹ Lettres sur la question religieuse en 1856Chapitre 8 sur 19 · CIATION POUR LA PROPAGANDE DE L’UNITARISME · texte numérisé non relu

CIATION POUR LA PROPAGANDE DE L’UNITARISME

R. — Les membres de cette association prêcheraient d’exemple en répudiant hautement le catholicisme, répudiation motivée (je suppose) en ces termes, dans une profession de foi rendue. publique :

« — Attendu que la religion unitaire repousse vir- « tuellement — la papauté, — la confession , — le célibat « des prêtres, — les sacrements religieux à l’endroit de « la naissance, du mariage et du décès , — les ordres « monastiques, etc., etc.;

« — Attendu que la religion unitaire, cssentielle- « ment basée sur le droit de libre examen et la faculté « d’appréciation individuelle des Écritures, nie leur « révélation divine, nie également la divinité du Christ,

« affirme l’unicité de Dieu et offre ainsi, par scs ten- « dances rationalistes, une satisfaction suffisante aux « exigences de la raison, de la dignité humaine et aux « désirs de ceux qui ressentent cependant le besoin « d’une formule religieuse;

« — Attendu que le protestantisme — dont l’imita- « risme est l’une des sectes — dispose de nombreux « moyens d’action et de propagande , d’excellentes « écoles publiques, capables de braver, de surmonter « la concurrence des écoles catholiques, grâce au lien « de puissante solidarité qui unit entre eux les pro- « testants;

« — Attendu que les seuls États libres présentement « appartiennent presque tous à la religion réformée, « preuve irrécusable, résultat flagrant de l’esprit d’exa- « men et d’indépendance afférant au protestantisme;

« — Attendu surtout, et en outre, que, dans les .i États catholiques tenus aujourd'hui sous l'oppression « de l’Église et du despotisme, — la presse est bâil- « lonnée, — la tribune muette, stipendiée ou complice

« des tyrannies , — les droits d'association et de réu- « nion anéantis, — que des milliers de patriotes sont « bannis ou captifs, — que partout régnent en ces États « le silence et la terreur, — que les citoyens de ces « malheureux pays, soumis au double et exécrable joug « du tyran et du prêtre , pourraient cependant trou- « ver un élément de délivrance, — un instrument de « lutte, — un ferment d’opposition, — un moyen de « concerter leurs efforts, de se compter, de se réunir « — en embrassant l’une des sectes protestantes et no- « tamment I’unitarisme, — manifestation légale que plu- « sieurs gouvernements absolus — celui de la France « particulièrement — ne pourraient que très-üifficileu ment empêcher ;

« — Pour les raisons ci-dcssus énoncées, les soussi- « gnés déclarent leur résolution de répudier le catho- « licisme, d’embrasser I’unitarisme, et prennent l’en- « gagement formel de s’efforcer d’étendre, par toutes « les mesures possibles et légales, I’Association pour

« LA PROPAGANDE DE l’üNITARISME. »

Telle serait donc, à peu près, l’esquisse, le rudiment de ce projet d’association. Or, chose capitale (à mon sens) : si le protestantisme en général et Yunitarisme en particulier, redevenu ce qu’il était à son berceau, une religion d’opposition, en un mot de protestants , de gens qui protestent , s’augmentait de tous les citoyens qui, nominalement catholiques, mais complètement étrangers aux pratiques de cette foi , naissent ,

vivent et meurent dans la parfaite insouciance, indifférence ou contemplion de ses dogmes, l'Église de Rome perdrait les trois quarts de ses fidèles, et serait frappée d’un coup irrémédiable, mortel peut-être...

Mais, répélons-le, pour atteindre ce but, il faudrait avant tout que le protestantisme, rajeuni comme il l’est par Yvnitarisme, redevint ce qu’il était à son berceau : une arme entre les mains des opprimés contre les oppresseurs, nous le répétons : une religion d’opposition.

Je termine cette dernière lettre en disant de nouveau :

— Je ne me fais nullement illusion sur l’efficacité des divers moyens que j’essaie d’indiquer, afin de lutter contre la faction catholique et de conjurer de la sorte les périls très-graves dont est temporairement menacée la société moderne.

Que ce plan de défense soit bon ou mauvais, praticable ou non en totalité ou en partie, je le soumets avec confiance à la discussion des hommes de liberté de tous les pays, dans le cas où ce plan mériterait d’être discuté. Sinon ils aviseront d’urgence à de meilleures mesures, et elles ne leur manqueront pas , car ils sont convaincus, ainsi que je le suis, de cette vérité :

— L’heure de l’ action est veuue... Donc à l’œuvre sans retard , et marchons à l’ ennemi !

Un dernier mot à l’adresse des journaux cléricaux de Belgique, de Suisse et de France qui m’ont honoré de leurs injures, à propos de la publication de ces lettres.

Je comprends de reste, et j’excuse la méchante humeur des gens d’Églisc, ils exercent paresseusement le monopole d'un commerce duquel ils tirent : — Domination, honneur, influence et gros lucre; — ils sentent que du jour où la Raison humaine aura partout étendu son empire, l’industrie sacerdotale sera complètement ruinée, que scs pieux industriels devront nécessairement aviser à d’autres négoces, certes moins faciles et moins fructueux.

C’est vrai... mais que faire à cela?

Les gens d'Église seront alors environ dans la situation des maîtres de postes et des postillons lors de la mise en usage des chemins de fer... Tout progrès a momentanément une réaction fâcheuse pour le passé qu’il remplace, mais, peu à peu, les déclassés se casent autrement et ailleurs. Eh bien , nous verrons un jour, je l’espère, papes, cardinaux, archevêques, évêques, chanoines et autres ex-négociants en choses saintes s’évertuer, s'ingénier en diverses carrières à gagner laborieusement et honnêtement, je n'en doute point, leur pain quotidien... Sera-ce un mal? tant s’en faut! Jamais ces gens-là ne se seront montrés plus vraiment religieux, selon cet antique adage : qui travail le prie.

Ceci dit, cher citoyen, au revoir. Il est du moins heureux pour la démocratie et la libre pensée d’avoir

en Belgique, grâce au National, une tribune où elles puissent défendre et soutenir leur cause , à la face de cette nouvelle ligue des despotes et des prêtres.

Mon seul espoir est que ces lettres, malgré leur peu de valeur, témoigneront une fois de plus de mon invincible dévouement à cette cause sacrée que je suis si fier de servir depuis longues années.

Rapprochement étrange ! Ces lettres sur la Question religieuse sont datées de Hollande , cette bonne vieille petite République huguenote, qui jadis a vaincu, plus encore par la plume des écrivains hérétiques que par l’épée, cet exécrable Louis XIV, l’une des plus horribles incarnations du despotisme monarchique et catholique.

Honneur et merci à la Hollande protestante ! Cette antique terre de refuge, ouverte aux libres penseurs de toutes les nations asservies, a conservé , à travers les changements et les vicissitudes de scs gouvernements, sa généreuse tradition d’hospitalité républicaine...

Oui ! aujourd’hui , comme aux siècles passés , un proscrit peut dater de La Haye ces lettres qui, ainsi que leur auteur, sont proscrites de France!

La Haye, 16 novembre 1856.

Salut et fraternité.

Eugène Sue.

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