‹ Lettres sur la race noire et la race blancheChapitre 2 sur 6 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Jusqu^au seizième siècle, la race blanche et la race noire étaient restées sans contact bien important, renfermées chacune dans son hémisphère, et la race blanche avait eu seule une histoire.

Au seizième siècle^ les deux races s'unirent pour défricher ensemble et peupler FAmérique. Mais dans cette union la race noire n'avait figuré que comme un instrument servile; elle n'avait pas compté comme personne indépendante.

Le mouvement d'émancipation imprimé au monde par la révolution française est venu changer cet ordre de choses.

L'insurrection de Saint-Domingue, sa reconnais*

saoce comme état libre, le bill d^affranehissemeiit des noirs aux colonies anglaises eu >I833, la multiplication rapide de la population noire dans TAmérique du sud, ont irrévocablement assuré en Amérique Tindépendance de la race noire à Tégard de la race blanche. ^

En même temps, la restauration de la puissance égyptienne par Méhémed, la conquête d^ Alger, les explorations des voyageurs anglais et français dans Tintérieur de TAfrique, ont créé aux peuples européens des contacts tout nouveaux avec les populations noires primitives, et leur ont fait connaître chez ces populations des vertus et des qualités quMIs ne soupçonnaient pas.

Jusqu^ici donc une seule race avait été active dans le jeu des événements humains ; désormais il en faut compter deux; et pour qui a bien examiné la question, il est certain que la fixation des rapports de ces deux races est le plus grand problème religieux, moral et politique de l'avenir et même du présent.

Je me suis trouvé conduit à m^occuper particulièrement de ce problème, soit par suite des études politiques et religieuses auxquelles je n^ai cessé de me livrer, soit plus encore par suite de la liaison qui s^est établie, il y a sept ans, entre Ismayl Urbain et moi.

Urbain, encore très-jeune alors, arrivait de Cayenne et en rapportait un vif sentiment des souffrances infligées à rhomme de couleur par le préjugé de la peau. Moi-même j'avais gardé un souvenir ineffaçable des douleurs que m^avait causées dans mon enfance la réprobation attachée au nom juif; et ce sentiment com-

munqui, plusque tout autre peut-être , avait contribué à nous amener dans le cénacle de Ménilmontant, devint entre nous un lien puissant. « Urbain et moi, écrivais- ^ %' je alors à un ami , en parlant de nous deux , c'est le noir et le juif : les deux proscrits, les deux prophètes 1 » Ces mots m'apparaisseot aujourd'hui comme le symbole de ma vie depuis sept ans ; et j'oserai dire aussi comme le symbole de la vie du monde depuis la révolution française : car aux yeux de l'avenir Taffrancbissement (le la race juive et de la r^ce noire en seront les plus saillants résultats V

Aux mois de mars et d'avril ^ 838, trois lettres furent échangées entre Urbain et moi, de Paris à Alger *, sur le sujet des noirs, ou plutôt des noirs et des blancs. Ce sont des œuvres bien courtes; mais dans leur brièveté, elles résument parfaitement toutes nos impressions et nos connaissances acquises sur cette question; elles sont l'expression deeonvictionsetde sympathies qui n'ontpu se former qu'entre nous, et grâce aux circonstances tout à fait extraordinaires dans lesquelles nous nous sommes trouvés.

^ Après trois ans et demi de séparation pendant lesquels Urbain visita Conslantinople et l'Egypte, moi Tltaïie et la Grèce , nous nous retrouvâmes à Paris au mois de juin ^856. Je relevais alors d'une maladie extrêmement grave, et Urbain m'aeeompagna à Fontainebleau, où j'écrivis avee lui lesjteux Mandes. Je Jiaentionne cet^e circonstance parce qu'il y est fait allusion dans les lettres (|Ui suivent. Je revis encore Urbain à mon retour d'Autriche au mois d'avril ^ 857, au moment de son départ pour l'Afrique , oîi je le retrouvai en ^838.

Je me détermine aujourd'hui, avec l'agrément d'Urbain, à publier ces lettres. Nous avons pensé qu^elles pourraient jeter une lumière utile sur la question des rapports à établir entre la race blanche et la race noire ; question actuellement pendante devant la législature française, et pourlaquelle.lestentativesessayéesaiileurs ne laissent pas espérer de solution. Nous avons pensé qu'il était pressant de montrer comment cette question se rattachait à celle d'une réorganisation religieuse, ou pour mieux dire, à celle de la constitution définitive

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