DE LA FAMILLE HUMAINE
La première condition de succès dans toutes les tentatives qui seront faites dans le but de mettre fin aux
souffrances de la race noire et à sa lutte contre la race
blanche, doit être de considérer ces deux races comme V parfaitement distinctes , par conséquent comme susceptibles d'être associées, mais jamais réunies et confondues.
Cette différence essentielle des deux races est un fait qui ressort tout d^abord de l'observation; il suffit d'avoir vu des noirs , d'avoir vécu avec eux pendant quelque temps, pour sentir qu'il y a là une humanité différente de celle du blanc.
Mais puisque notre siècle tient à l'autorité des démonstrations dites scientifiques , elle peut être invoquée dans cette circonstance. M. Flourens a récemment démontré qu'il existe chez les noirs et les peaux rouges, outre le derme et l'épiderme, un appareil lameK
leux particulier, qui produit chez eux la coloration de la peau, et qui établit entre eux et la race blanche une différence constitutionnelle et radicale. En effet, Faction des circonstances extérieures, si énergique qu'on (a suppose, n'aurait jamais pu aller jusqu'à créer dans Tune des races un appareil particulier étranger à l'autre , si le type primitif eût été commun.
Il m^a paru que la différence des caractères distinctifs des deux races rentrait danç la différence générale des caractères distinctifs des sexes ; qu'elles formaient UN COUPLE , dans lequel la race blanche représentait le mâle , et la race noire la femelle, et qu'ainsi l'humanité reproduisait la loi de dualité des sexes à laquelle obéissent tous les êtres organiques.
Une autre preuve de la différence constitutionnelle des deux races, est l'existence d'une race mixte ou mulâtre, résultant de leur concours. En effet, d'après une belle loi physiologique, découverte en. môme temps et proclamée par MM. Edwards et Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire , lorsque deux espèces voisines se croisent, le produit de leur rapprochement ressemble au père ou à la mère, et rentre par conséquent dans l'une ou l'autre des deux espèces. Ce produit, au contraire, est tin métis^ lorsque ce rapprochement a lieu entre deux espèces distantes , et réunit en lui , en les combinant, les caractères du père et de la mère.
L'existence de la race mulâtre prouve donc , je le répète, la différence constitutionnelle qui existe entre les deux races blanche et noire; et ici encore il est bon
de remarquer que dans la création de cette buinanilé nouvelle, c'est la race noire qui a été la mère.
J'ai eu moi-même quelque peine à accepter la pensée que la race noire fût appelée à remplir dans la famille humaine un rôle non moins in;iportant.que celui de la race blanche. Depuis si longtemps nous sommes habitués à nous représenter Dieu blanc et lé Diable noir! Il a fallu que je visse clairement combien de désordres et de souffrances ;résultent pour notre société du développement excessif de la puissance intellectuelle^ pour que je comprisse aussi tout ce que valent les vertus des noirs, leur calme, leur naïveté, \ leur bonté, la fraîcheur même et la délicatesse de leur intelligence, et quel bien-être nouveau notre monde fatigué doit trouver dans leur contact. La race noire c^est le monde sauvage de Rousseau, mais dépouillé de sa barbarie, et non plus substitué, mais associé au monde civilisé*
D^ailleurs quand une race nouvelle arrive pour la première fois à remplir un rôle actif dans lesdestinées dé la famille humaine, son avenir ne peut être bien compris d'abord que de ceux qui savent et qui veulent le pressentir et le deviner. En effet ses qualités et ses vertus diffèrent de celles qui ont eu longtemps le privilégeexclusif de mériter Testime et Tadmiration ; et puis ces vertus n'existent encore qu^en germe, et avant de frapper les yeux , elles ont besoin d'être longtemps encore cultivées et développées. Certes lorsque les tribus germaines envahissiaient Tempire romain, il était dif-
ficile de reconnaître dans ces hordes barbares, les citoyens futurs de Paris, de Berlin et de Londres.
Aujourd'hui la race noire , dans sa région natale, à J'exception de cette portion qui a reçu de Tislamisme une première initiation, est encore pour ainsi dire h Vétàt brut. Ni sa beauté, ni sa moralité, ni son inteHîgence^ n^ont été cultivées ni perfectionnées. Son éducation dans les colonies européennes n^est guère plus avancée. Elle n'y a point encore été policée ; ou bien la culture qu'elle y a reçue contrarie plutôt qu'elle ne favorise le développement de ses qualités les plus précieuses. L'intelligence du noir, prompte, vive et gracieuse, étouffe sous l'appar^eil des formes métaphysiques dans lesquelles nous eihprisonnons notre science et notre pensée. Les allures de son corps, la couleur même de sa peau, exigent des vêtements, amples, dégagés, flottants à couleurs vives et tranchantes; beau souë son costume d'Orient et d'Afrique, il est "^ ridicule et laid sous notre costumée européen. Les conditions de moralité sont également différentes pour nous et pour lui, et souvent par les efforts mêmes que nous faisons pour l'aniéliorer, nous le dépouillons de ses qualités propres sans lui donner les nôtres. N'oublions pas enfin que cette population noire dés colo«nies européennes est issue des i*aces nègres les moins belles, celles de la cote de Guinée; qu'elle a d'ailleurs toute subi le joug de l'esclavage, et garde encore les empreintes de sa flétrissure.
Les lettres qui suivent , non-seulement celles d'Ur-
— ^8 — Il
bain, mats les miennes, rappellent la part glorieuse que rislaniisme a eue dans la propagalion de la rêvélatîon abrabamique et dans Tamélioralion du sort d^Bne portion considérable de la race bumaine. Cet hommage rendu à rislamisme ne pourrait surprendre que les personnes qui ignoreraient les liens intimes par lesquels la foi de Mabomet se rattacbe à la révélation biblique. L'islamisme est né des traditions patriarcales delà Genèse , comme le christianisme du dogme de la cbute et de la promesse de réhabilitation contenus dans ce livre. L'un et l'autre a eu et conserve sa mission propre, et conforme au génie des races aux* quelles il devait s'adresser.
Dans la note qui termine la troisième lettre j^ai indiqué la signification aussi rationnelle qu'élevée, que présente le dogme fondamental de la théologie chrétienne, le dogme de la Trinité, lorsqu'on le prend dans son sens le plus simple et le plus naturel, dans celui que lui ont attribué le peuple et les artistes, i 'ai dit comment ce dogme, ainsi considéré, était en réalité une haute formule ZooLOGiQDE, une sublime expression du mode le plus général de la vie pour tous les êtres, de la TAHiLLE , et comment sous ce rapport ce dogme rattachait au christianisme la grande -œuvre religieuse de notre époque , l'organisation des rages HUMAINES EN UNE FAMILLE. L'associatiou, OU plutôt le mariage de la race blanche et de la race noire, les rapports de filiation qui unissent à ces deux races la nouvelle génération humaine, la génération mulâtre produite
par leur concours, telles sont les premières bases de cette organisation. En traitant, ou du moins en abordant aujourd'hui ces questions, la pensée de la constitution DE LA FAMILLE HUMAINE a donc naturellement dû s'offrir à moi. Je me suis contenté de Tindiquer, remettant à une autre occasion le soin de la présenter avec plus d'étendue.
^aAygaaFaeaMBKcnac Mii .m, i i p nn ipi n l iil i i ; i i ip iiiiMiii.»*^ -i i ?'*
NOTE DE L'iNTROÏlUCrrtON.
* Depuis rëpoqae de la révolution française, rémancipation des juifis et celle des noirs ont toujours marché de front, et ont été pour ainsi dire solidaires Tune de Tautre. Déjà, avant 89, elles avaient trouvé un commun défenseur dans Tabbé Grégoire, qui slllustra par Tappui qu'il porta à Tune et à l'autre. Toutes deux occupèrent en même temps rassemblée constituante en 89, le congrès de Vienne en ^844, les assemblées délibérantes de France et d'Angleterre après 4 850. Aujourd'hui, le premier israélite qui ait pris rang dans la diplomatie française représente la France auprès de la république d*Ha!ti.