‹ Lettres sur la RussieChapitre 100 sur 156 · XII. — LA CRIMÉE · texte numérisé non relu

XII. — LA CRIMÉE

mis de s'en aller. Les mobiles religieux ont sans doute leur puissance ; mais au temps oii nous sommes et probablement dans tous les temps, ils ont rarement suffi seuls à déterminer les révolutions qu'on se plaît à leur attribuer.

Quoi qu'il en soit, la Crimée est maintenant déserte. Comment la repeupler? Telle est la grande préoccupation des propriétaires, dont les terres sont exposées à demeurer en friche faute de bras. On a fait appel à l'immigration. Quelques Bulgares et un petit nombre de Grands Eussions sont venus, mais sans combler à beaucoup près les vides laissés par l'émigration tartare. Que faire donc?

« Si j'étais'gouvernement,»voicice que je ferais. Je ferais dépouiller les archives historiques de la Crimée et étudier avec une attention particulière un événement singulier qui les a marquées. Voici le fait. En 1452, le gouvernement génois, alors propriétaire de la Crimée, devait beaucoup d'argent à la Banque de Saint-Georges. Au lieu de lui faire banqueroute ou de l'autoriser à suspendre ses payements, — ce qui atteste, pour le dire en passant, combien on était encore en arrière en ce tempslà, — il eut l'idée de lui donner la Crimée en gage, ou, ce qui revient au même, de mettre la Crimée au mont de piété de la Banque. La Banque accepta le gage, mais, considérant l'affaire uniquement au point de vue commercial, elle s'efforça d'en réduire autant que possible les frais de garde et d'entretien. Elle donna à la

Grimée, sous le nom de Statuts de Khasarie^ nn code d'une extrême simplicité et elle n'employa pour le faire observer que le moindre nombre possible de fonctionnaires. Cependant, chose invraisemblable, inouïe ! jamais la Crimée ne fut mieux gouvernée qu'à l'époque où eUe l'était si peu, jamais non plus, au témoignage de l'historien Cantu, elle ne futplus prospère qu'à l'époque oii elle était au mont de piété •

Eh bien ! c si j'étais gouvernement », voici ce que je ferais. Je recommencerais l'expérience qui a si bien réussi une première fois. Je remettrais la Crimée au mont de piété. Ou bien encore, je l'affermerais à une compagnie, aux conditions que voici : j'autoriserais la compagnie à percevoir sur tous les habitants de la Crimée un impôt proportionnel à la valeur de leur capital personnel, mobilier et immobilier, impôt calcul^ de manière à couvrir les frais de l'appareil nécessaire pour assurer la sécurité des personnes et des propriétés, comme aussi à fournir un dividende qui devrait être partagé entre nous dès qu'il aurait atteint 10 0/0 et qui serait limité à un maximum de 20 0/0. Je l'autoriserais encore à établir les lois et règlements qui lui paraîtraient indispensables pour remplir sa tâche. En revanche, je lui défendrais formellement de se mêler d'autre chose. Je lui défendrais, d'une manière plus rigoureuse encore, eu égard aux préjugés du temps, de s'occuper des travaux soi-disant publics, de construire et d'exploiter des routes, des chemins de fer et des té-

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