‹ Lettres sur la RussieChapitre 101 sur 156 · XII. — LA CRIMEE · texte numérisé non relu

XII. — LA CRIMEE

légraphes, de transporter des lettres, d'ouvrir ou de subventionner des écoles, de salarier des cultes. Bref, elle devrait se borner uniquement à assurer, au meilleur marché possible, la liberté et la propriété des habitants, et à percevoir, toujours de la manière la plus économique, la prime nécessaire pour couvrir les frais de cette assurance.il est bien entendu que, de mon côté, je ne me mêlerais aucunement de ses affaires, si ce n'est pour veiller à l'exécution de nos conventions ; que je purgerais complètement la Crimée de mes douaniers, tchinovniks de tous rangs, etc. Cela fait, avec l'intercession de saint Adam Smith, de saint Turgot, de saint J. B. Say et de saint Bastiat, la Crimée ne manquerait pas de voir renaître bientôt les beaux jours des Statuts de Khasarie; les émigrants et les capitaux y afflueraient de tous les points du globe ; avant dix ans, elle aurait cinq millions d'habitants, et Sébastopol, aujourd'hui ruiné et désert, rivaliserait avec New-York . . .

Mais, pendant que je faisais cet agréable rêve économique, les premières lueurs de l'aube blanchissaient l'horizon, les pauvres familles tartares saluaient de leurs prières le soleil levant, les tchinovniks de la cabine, qui ne soupçonnaient guère à quel effroyable péril ils venaient d'échapper, s'étiraient en bâillant, et les troupeaux de marsouins sauteurs s'éloignaient du navire en emportant les Statuts de Khasarie, Je me réveillai... Nous étions à l'entrée du port d'Odessa.

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