XIII. — L'ABOLITION DU SERVAGE
Une troisième catégorie de serfs, sans contredit la plus avilie sinon la plus misérable, est celle des dvorovies ou gens de la cour. Ce sont les serfs sans terre qui
composent la domesticité. Cette domesticité pullulante est un reste, on pourrait dire un caput mort^mm de rétat patriarcal. A l'origine, les communications étan difficiles, les débouchés n'existant que pour les produits d'une grande valeur sous un petit volume, les propriétaires étaient embarrassés de l'excédant de production qui s'écoule aujourd'hui sur le marché. En conséquence, que faisaient-ils? Ils s'entouraient d'un nombreux personnel, composé d'esclaves faits à la guerre ou d'hommes libres qui cherchaient à abriter leur faiblesse sous l'égide d'un protecteur puissant. Ce personnel recevait la subsistance et l'entretien, et fournissait en échange les services militaires, industriels ou domestiques dont le maître avait besoin. Les hommes étaient gens d'armes.
salle de spectacle et fit parmi ses serfs choix d'un certain nombre d'individus propres à devenir musiciens ou acteurs. Plus tard, lorsque leur éducation fut terminée, il fit monter plusieurs opéras et finit par venir s'établir à. Nijni Novgorod, où il fit aussi bâtir un théâtre.
« Au commencement il n'engageait, au moyen de cartes d'invits^ lion, que ses amis et ses connaissances ; mais plus tard, quand Tétat déplorable de sa fortune, entamée par ses grandes dé« penses, l'obligea de mettre plus d'ordre dans ses affaires, il se décida à faire payer les billets d'entrée et à devenir simplement entrepreneur ou directeur d'une troupe de comédiens. Après sa mort, il fut remplacé par un autre directeur, et actuellement, comme on me l'avait assuré, c'est encore un seigneur qui se trouve d. la tête de cette entreprise. »
forgerons, charpentiers, tisserands; les femmes filaient, cousaient les vêtements et faisaient les travaux du ménage. Chaque propriétaire se procurait ainsi sans sortir de chez lui toutes les nécessités de la vie. Les articles de luxe seuls venaient du dehors, soit qu'ils fussent obtenus par rechange ou par le pillage. Des centaines de c sujets, » parfois même des milliers, se trouvaient groupés autour du foyer seigneurial. Les premiers tzars, simples chefs d'une confédération de seigneuries ou de communautés agricoles, liguées pour se défendre con1a?e les Polonais, les Turcs, -les Tartares et autres peuples pillards, avaient une maison ou une « cour » composée de plusieurs milliers d'individus. , Ce personnel était distribué en groupes selon les professions, et chaque groupe occupait sa place ou son € quartier » à part dans la ruche seigneuriale. Ces quartiers situés dans Tintérieur et au pied du Kremlin, et portant encore le nom des métiers qui j étaient exercés, ont formé le premier noyau de la ville de Moscou. Cependant ce premier moule économique et social s'est brisé à la longue pour faire place à un moule plus large et d'une contexture moins grossière. Dans cette organisation patriarcale de la production, le maître était obligé de fournir la subsistance et l'entretien aux artisans ses sujets; ceux-ci, en revanche, devaient tout leur travail au maître. Des deux côtés, par le simple effet du progrés de la population et de la ri» chesse, amenant l'extension du marché, on trouva