‹ Lettres sur la RussieChapitre 110 sur 156 · XIII. — L'ABOLITION DU SERVAGE · texte numérisé non relu

XIII. — L'ABOLITION DU SERVAGE

existent en Russie (1) et dont la libération prochaine était l'objet des préoccupations universelles.

Ajoutons encore, pour compléter cet aperçu sommaire, quelques indications sur le système de communauté propre aux paysans de la Grande Russie. Comme nous l'avons vu, le propriétaire fait deux parts de son domaine : l'une exploitée pour son compte, l'autre partagée en tiaglôs et fournie aux paysans en échange de la corvée ou de l'obroc. Dans la Grande Russie, cette

(1) Voici un résumé de la statistique du servage en Russie d'après Texcellent travail de M. Troïnitzki, président du comité central de statistique au ministère de l'intérieur :

En 1858-59, le nombre total des serfs montait à 23,069,631, — dont 11,244,913 du sexe masculin et 11,824,718 du sexe féminin.

— Parmi ces serfs, il y en a 20,158,231 qui ont des terres en usufruit et 1,467,378 qui sont attachés aux mai<^ons seigneuriales, en qualités diverses, sous le titre de dvoroviés (dvor — cour de la maison). C'est dans les provinces de Kiev et de Podolie qu'il y a le plus de serfs; on en compte plus d'un million dans chacune. Dans celles de Volhynie, Toula, Riazan, Smolensk, Tambov, Tver

— de 750,000 à 1,000,000. -^ Dans seize autres de 500 à 750,000 ; dans dix-huit de 100 à 500,000; dans six de 10 à 100,000 et dans les provinces sibériennes moins de 10,000.

Le nombre total des propriétaires fonciers possédant des serfs, est de 103,194.

3,850 d'entre eux possèdent plus de 500 âmes chacun, et ils ont en leur possession 4,671,624 serfs.

20,165 en possèdent de 100 à 500, total 3,974,619 âmes.

79,176 en ont moins de 100, total 2,037,500 âmes.

42,978 moins de 20, total 339,586 âmes.

En 1859. il y avait 44,166 biens d'engagés dans les banques, avec 7,107,184 âmes, pour la somme de 445,503,061 roubles argent (1,172,012,244 frans) . Donc, un tiers seulement des serfs ne sont pas engagés.

dernière partie du domaine est livrée en bloc à la commune en échange d'une somme proportionnée de redevances. C'est la commune qui se charge de la partager en tiaglos, et de répartir ces tiaglos entre ses membres. Ce partage et cette distribution se font sur le pied de l'égalité. Les anciens taillent dans le domaine communal autant de tiaglos qu'il y a d'âmes capables de les porter, et, pour prévenir toute contestation, on tire les lots au sort. En outre, comme quelques-uns sont toujours plus favorisés que les autres dans ce tirage, on fait un nouveau partage et un nouveau tirage au bout d'une certaine période, ordinairement à chaque recensement de la population, c'est-à-dire tous les 12 ou 15 ans. Les lots sont égaux, mais on peut obtenir plusieurs lots quand on est en état de fournir plusieurs redevances. La commune est responsable vis-à-vis des propriétaires tant pour les redevances seigneuriales que pour les impôts directs auxquels les paysans sont assujettis, — savoir la capitation et le recrutement. Lorsqu'une famille vient à diminuer ou à s'éteindre, la commune reprend les parts qui lui étaient allouées pour les faire rentrer dans le fonds commun ou les remettre à d'autres familles avec les charges afférentes à chaque tiaglo. Lorsque la population de la commune augmente, on distribue de nouveaux tiaglos pris dans le fonds de terre disponible. Lorsqu'il n'y a plus de terçes disponibles, on diminue les parts existantes pour constituer celles des nouveaux venus, chaque âme capable

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