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XTII. — L'ABOLITION DU SERVAGE

de porter la charge d'un tiaglo étant considérée comme ayant droit à une part dans le domaine commun. Mais, dans la pratique, ceci soulève une opposition fort concevable de la part des détenteurs des lots existants. Presque toujours, lorsque le fonds communal est épuisé, on attend qu'un tiaglo devienne vacant pour lotir les nouveaux venus. Ceux-ci passent ainsi à l'état de cart" didats à la terre, et, trop souvent, on les oblige à supporter leur part des charges d'une communauté dans laquelle ils n'ont qu'une simple éventualité de profits, ou si l'on veut une sorte de promesse d'action (1).

(1) Partout, dit l'auteur d'une étude remarquable sur la question du servage, où la terre est encore en abondance^ chaque membre de la commune a nécessairement sa part dans le champ communal; dès que l'individu atteint 17 ou 18 ans, il reçoit un demi tiaglo ou un tiaglo entier, c'est-à-dire une parcelle de terrain, avec Fobligation de payer une part correspondante d'impôts et de redevances. Dans cette phase de son existence, l'exploitation communale a atteint tout son développement : elle a une raison d'être, elle est logique. Il n'en est point ainsi dans les localités où la terre commence déjà à manquer. Là, la répartition n'est plus motivée uniquement par le nombre d'ouvriers adultes, mais plutôt par la masse de terrain existant. Lorsque la parcellation menace déjà de pulvériser le sol, on cesse le partage des terrains ou au moins ne le renouvelle-t-on qu'à de très longues échéances ; il n'est pas suffisant alors à un individu de naître pour avoir sa part assurée dans le champ communal : lorsqu'il atteint l'âge d'im travailleur adulte, il ne reçoit une parcelle que dans le cas où il y en a une devenue vacante par la mort où le départ d'un autre individu ; s'il n'y a pas de vacance, il reste simplement sur les rangs et il n'a qu'à pourvoir à sa subsistance comme il veut, soit qu'il aille en chercher ailleurs, par exemple dans les villes : il porte alors le nom de zatiaglU c'est*^-dire hors du tiaglo. Paiv fois, dans ce cas, la commune l'exempte en revanche de la charge

Si rapide et si incomplète que soit cette esquisse du servage, elle suffira, je pense, pour expliquer l'état arriéré de l'agriculture russe. Où le progrès aurait-il pu surgir? Dans les exploitations des paysans? Mais les paysans assujettis au monopole du propriétaire ne conservent guère que le minimum strictement indispensable pour entretenir et renouveler aussi grossièrement que possible, leur matériel et leur personnel agricoles. D'ailleurs, en admettant même qu'ils parviennent à accumuler un petit capital, ont-ils intérêt à le confier à une terre qu'ils ne détiennent qu'à titre précaire et qui ne peut manquer, en tous cas, de leur échapper à chaque nouveau partage? L'agriculture des paysans est donc restée au point où elle était au temps de Boris Godounoff, peut-être même est-elle devenue moins productive, car la terre fatiguée dans les endroits où elle ne surabonde pas et déboisée dans ceux où le sol n'était point surchargé de forêts, s'est dégradée au lieu de s'améliorer. Le progrès aurait-il pu davantage élire domicile dans les exploitations seigneuriales ? Mais jusqu'à présenties propriétaires accoutumés à passer leurs meilleures années au service de l'Etat (c'était même

de rimpôt, mais souvent aussi ce n'est pas le cas, et alors nous voyons se produire cette suprême injustice qu'un individu, n'ayant point reçu sa part dans le champ communal, n'ayant aucun intérêt direct dans la commune, peut être forcé d'en supporter toutes les charges à l'égal des autres membres que le sort a plus favorisés

que lui. ,

Études êur la question de Vabolition du servage en

Russie, par un contemporain, p. 523.

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