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XIV. — LES AUTRES RÉFORMES

Je ne veux point abuser de ma qualité de professeur d'économie politique en exposant dans tous leurs détails, comme ce serait mon droit, quelques-uns diront même mon devoir, toutes les réformes qui occupaient l'attention publique, en concurrence avec l'abolition du servage. Je me contenterai de dire quelques mots de celles dont j'entendais le plus parler.

Je commencerai par les réformes ûnancières. Parmi les impôts qui pèsent le plus durement sur les masses, il faut citer la capitation, le monopole de l'eau-de-vie et le recrutement.

La capitation, qui rapporte au trésor environ 20 millions de r, a., peut être considérée comme une quotepart du gouvernement dans les bénéfices du monopole qu'il confère au seigneur sur le travail du serf. Aussi le seigneur en est-il responsable vis-à-vis du fisc. Le servage aboli, la capitation doit être transformée, sinon supprimée. De quelle manière ? Les financiers d'aujourd'hui sont, à l'exemple des économistes du siècle passé, grands partisans de l'impôt foncier, comme si la terre était autre chjose qu'une machine, et l'impôt qui la frappe une dîme prélevée sur le plus indispensable des instruments de travail 1 Une income taœ, frappant toutes le» classes de la population, en proportion de leurs revenus, ne serait-elle pas infiniment plus équitable et plus économique ? Mais, aux yeux de l'école historique, les mérites mêmes de l'impôt sur le revenu sont autant de motifs sinon de le repousser, au moins

de Tajourner. C'est un impôt tf op perfectionné ! On s'en tiendra donc, selon toute apparence, à l'impôt foncier qui n'a point ce défaut-là.

Le monopole de l'eau-de-vie a beaucoup plus d'importance encore que la capitation. Sur une recette totale que M. de Reden évaluait, il y a quelques années, à 275 millions de r. a., il fournit au Trésor 140 mil-

lions de roubles. On ne doit pas s'en étonner, car l'eaude-vie est, en Russie, le seul assaisonnement que la masse du peuple puisse ajouter à sa nourriture grossière et monotone. C'est un « sel » liquide. Le monopole do l'eau-de-vie est donc fort impopulaire; mais, à moins de progrès économiques et financiers en dehors de toute prévision, il ne peut être question de le supprimer. Aussi s'occupe-t-on simplement des moyens de le perfectionner. Comme il est affermé et comme l'affermage en l'absence des garanties de la publicité engendre des abus criants, on s'imagine volontiers qu'en remplaçant, à la mode occidentale, l'affermage par la régie, on aura réalisé le plus désirable des progrès. J'en doute. La régie nécessite un énorme accroissement de bureaucratie, et elle est plus coûteuse que l'affermage, sans être moins vexatoire. En .quelques années, les droits réunis n'avaient-ils pas soulevé en France plus de haines qu'il ne s'en était accumulé pendant des siècles contre les fermes générales ? Ce n'est pas, certes, que je veuille défendre le systéihe de fermage qui fonctionne actuellement en Russie. C'est un

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