XIV. — LES AUTRES REFORMES
système essentiellement compliqué et vicieux. Le gouvernement et les fermiers s*y associent pour dépouiller tour à tour le producteur et le consommateur. Le gouvernement se réserve le monopole de Tachât de Teaude-vie chez les distillateurs, qui sont pour la plupart des propriétaires fonciers. Il la paie à un prix réglé sur le cours des céréales : ce prix ne dépasse pas 50 à 70 copecks le vedro (fr. 2 à 2-80 par mesure de 16 litres). Après avoir acheté ainsi Teau-de-vie à bon marché aux distillateurs, le gouvernement la vendcher aux fermiers, lesquels la revendent plus cher encore aux consommateurs. Le gouvernement impose à la vérité un tarif de vente aux fermiers; mais ce tarif officiel, on peut toujours aisément Téluder quand on n'est pas trop mal avec la police, chargée de veiller à son exécution, et les fermiers sept naturellement au mieux avec elle. Il y a, par exemple, trois ou quatre qualités d'eaude-vie que les fermiers sont tenus d'avoir toujours à la disposition des débitants. La qualité n° 4 manque régulièrement : on est donc obligé de recourir au n° 3 qui coûte plus cher, et qui ressemble, à s'y mépreadre, au n® 4. On a calculé que les fermiers revendent aux débitants, à raison de 18 r. a., le vedro d'eau-de-vie que le gouvernement a payé de 50 à 70 copecks au distillateur, c'est-à-dire environ trente fois plus cher. Ce même vedro, débité par petits verres aux consommateurs, se vend à raison de cent fois son prix d'achat primitif. Les fermiers perçoivent également un droit
considérable sur les spiritueux étrangers : un flacon de Guraçao, par exemple, qui se paie 7 ou 8 fr. à Bruxelles, coûte 8 roubles (32 fr.), à Saint-Pétersbourg. Le monopole de Teau-de-vie est donc impopulaire à bon droit. Mais est-il juste de rejeter sur les fermiers, comme on le fait d'habitude, tout le fardeau de son impopularité ? Si les fermiers vendent l'eau-de-vie à un prix exorbitant, n'est-ce point parce qu'ils l'ont achetée à un prix assez élevé pour procurer au gouvernement le colossal bénéfice de 140 millions de roubles ? En admettant que le système de l'afiermage soit aboli, le consommateur paiera-t-il son eau-de-vie moins cher et l'aura-t-il meilleure? L'expérience des pays à régie doit rendre méfiant à cet égard. La substitution de la régie à l'affermage n'a pas été, quoi qu'on en dise, un progrès en Occident; je doute qu'elle en soit un en Russie. Une simple transformation de l'afiermage me parfutrait bien préférable. Le gouvernement devrait d'abord, ainsi qu'il y paraît résolu, arrêter à un chiffre déterminé le montant du revenu qu'il veut demander à l'eau-de-vie, autrement dit transformer cet impôt de quotité en un impôt de répartition. Ce serait, par exemple, le chiffre actuel de 140 millions de roubles que l'on répartirait entre les 51 gouvernemetits de la Russie, d'après la proportion du produit moyen des dernières années. La répartition faite, on mettrait en adjudication, avec publicité et concurrence, dans chaque gouternement, la perception de la somme requise, en laissant aux sou-