XIV. "- LES AUTRES RÉFORMES
réputation hors ligne auprès des hommes du métier. Je me souviens encore de l'enthousiasme avec lequel un jeune aide de camp de l'empereur, exempt de tout chauvinisme cependant, me faisait l'éloge de cette armée d'élite et de ses luttes homériques contre la secte fanatique des Murides, maintenant anéantie dans le Causase, mais vivace encore et rêvant l'extermination des infidèles du fond de l'Inde anglaise aux rives africaines de l'Océan Atlantique.
à elle&-même8. Si les Français ont repoussé maintes fois les Russes, s'ils les ont surpassés dans la tactique et déployé partout contre eux Tascendant de leur brillant courage et de leur génie martial, cependant ils ont rarement, dans leurs plus grands succès^ remporté sur eux de ces victoires éclatantes et décisives qui signalèrent leurs rencontres avec les armées allemandes.
« En nous voyant refuser au soldat russe Tesprit guerrier, rintrépidité qu'on a coutume de lui supposer, le lecteur, s'il reporte ses pensées vers les attaques à la baïonnette dont il est tant parlé dans les relations de batailles modernes, doutera probablement de l'exactitude de nos assertions ; peut-être accusera-t-il de paradoxe notre opinion, qu'une infanterie composée comme nous venons de le dire et dans laquelle la valeur person* nelle a si peu de part^ puisse en réalité se montrer formidable.
« Pour expliquer cette apparente contradiction, et aussi pour donner la clef de quelques observations que nous avons à présenter subséquemment, nous allons entrer avec ceux de nos lecteurs qui n'ont pas étudié l'art militaire dans quelques détails sur cet art, dont l'histoire, enveloppée de ténèbres, offre d'ail" leurs un intérêt trop limité pour ne pas échapper aux recherches ou fatiguer la patience de ceux qui n'ont à se proposer d'une étude si ingrate aucun but spécial.
« Peu de personnes ignorent que la science de la guerre, outre ses éléments préparatoires, se divise en deux parties, la stratégie et la tactique. La première concerne les divers mouvements que doit faire un générai, depuis le commencement
Je viens de parler de chauyinisme. C'est, je snis heureux d'en rendre témoignage, une maladie morale à peu près inconnue en Russie. Je n'ai pas rencontré un seul Russe qui éprouvât le besoin de venger la prise de Sébastopol. On ne souhaite rabaissement ou Thumiliation d'aucune « éternelle ennemie » et l'on paraît très peu affamé de conquêtes. Comme je tenais particulièrement à être édifié sur ce dernier point, j'ai fait
usqu'à la fin de la campagne, avant et après une bataille : ses vrais principe* n'ont pas varié depuis Tantiquité la plas reculée, et les anciens semblent les avoir connus aussi bien que les nlodemes. La tactique est la méthode de disposer les troupes pour le combat et pendant le combat : elle a subi de grandes modifications depuis Tadoption des armes à feu ; mais quelques-unes de ses principales données sont restées les mêmes, et la question de savoir s'il vaut mieux combattre en ordre compacte ou étendu, en ligne ou en colonne, par phalange ou par légion, n'est pas moins sujette à controverse aujourd'hui qu'elle ue l'était du temps des Grecs et des Romains. Ces deux systèmes paraissent avoir été alternativement adoptés et repoussés par toutes les armées européennes, et le triomphe momentané de l'un sur l'autre n'a tenu vraisemblablement qu'à l'usage qu'en avait fait quelque général heureux. Chez les modernes, l'ordre étendu a été prisé surtout en raison de V effet physique de la tnotcsqtteterie partie à^une armée rangée en bataille^ et de l'influence qu'exerce le résultat de son feu destructeur.
c Ce fut le célèbre Gustave-Adolphe qui, le premier, mit ce principe en usage ; son système fut conduit à une grande perfection par Frédéric-le-Graud. Il devint ensuite Tordre de bataille de toutes les armées européennes, et les Anglais l'ont conservé jusqu'à présent. Le système d'ordre profond ou d'attaque par colonnes est celui de la phalange macédonienne et des légions dégénérées du Bas-Empire ; dans les temps modernes il précéda les innovations de Gustave-Adolphe ; remis en usage depuis la révolution française, il fut adopté par toutes les armées