XIV. - LES AUTRES RÉFORMES
qui sont au fond de la nature slave, l'exercice du métier des armes peut s'associer en Russie à d'autres professions. A Saint-Pétersbourg, j'étais en relations avec un officier qui dirigeait une librairie et je l'ai trouvé plus d'une fois en uniforme dans son magasin. On m'a cité uu colonel qui est à la tête d'un établissement de photographie et un autre qui a entrepris un moulin à vapeur. Je m'en étonnais, et tout le monde s'étonnait de
au contraire fatale, parce que leurs antagonistes, après avoir jeté le trouble dans les colonnes françaises par un feu nourri et meurtrier, employèrent la baïonnette au moment décisif pour les empêcher de se rallier ou pour les poursuivre dans leur retraite.
« 11 en est toujours ainsi quand la colonne est opposée à la colonne : le combat .est purement moral ; longtemps avant qu'elles ne se rencontrent. Tune des deux vacille, — s'arrête, — est perdue. Le résultat dépend du plus ou moins de résolution que montre un des corps adverses, en s'approchant plus près d'un danger auquel probablement l'armée la plus brave de nos jours n'oserait s'exposer en réalité, le combat corps à corps de grandes masses, tel qu'il exista autrefois quand les hommes portaient une arnaure défensive et se protégeaient de leurs boucliers. Aujourd'hui, dans une lutte pareille, leurs poitrines, sans défense, rencontreraient un fer mortel, et tous les premiers rangs succomberaient au premier choc.
« Ce nom de charge à la baïonnette fait illusion au vulgaire ; mais la moindre réflexion doit montrer que rien de ce qui ressemble à un combat comme ceux des bons vieux temps, où les hommes s'abordaient à l'abri de leurs couvertures de fer, ne serait possible aujourd'hui sans réduire en peu d'instants , les deux parties à la triste condition de ces deux chats de Kilkenny qui, selon l'historien irlandais, se battirent dans un fossé jusqu'à ce qu'il ne restât plus de l'un et de l'autre que la queue. Au premier choc de deux corps avec une arme si destructive dans Pattaque^ si peu utile pour la défense, la moitié des combattants
mon étonnement* Je suis donc revenu de Russie parfaitement rassuré sur « Tambition moscovite » et bien persuadé, en dépit du testament de Pierre le Grand, qu'un des endroits de l'Europe les moins exposés aux fringales de l'annexionnisme, c'est Oonstantinople.
Aux réformes destinées à remanier le système actuel des impôts viennent s'en joindre d'autres plus
périrait ; le second choc emporterait la moitié des survivants, et, par une progression géométrique très rapide, les deux armées arriveraient, en quelques minutes, à une entière destruction.
« Pour parler sérieusement (car qu^y a-t-il de plus sérieux que l'étude d'un art dans lequel les enfants d'Adam ont réduit en règle le crime de ,Caïn?], toutes les fois que deux corps d'inianterie se rencontrent, c'est la masse la moins audacieuse qui doit céder. Or, de même que le courage individuel peut souvent ne pas suffire pour constituer le courage des masses, de même aussi le courage des masses peut exister indépendamment du courage individuel. D'innombrables exemples établissent la vérité de la première proposition ; n'a-t-on pas vu des tribus sauvages montrer, dans le moindre de leurs guerriers, une fermeté, un mépris de la mort qu'on aurait cherché vainement dans le plus brave de nos soldats disciplinés? Et pourtant tous ces héros, lorsqu'ils ont été formés en corps, ont été balayés, comme la paille au souffle du v«nt, par ces masses civilisées, réunion forte et courageuse d'hommes comparativement timides, contre des individualités valeureuses présentant dans leur réunion un corps sans force et sans valeur. C'est encore ainsi que, dans la guerre de la Péninsule, on a vu les régiments portugais, peuple sans aucun doute inférieur en courage personnel aux Espagnols, ses voisins, s'élever, sous la discipline et le commandement des officiers anglais, au rang des meilleures troupes de l'armée du duc de Wellington. Les régiments espagnols, au contraire, malgré tous les efforts qu'on fit pour les améliorer, acquirent si peu de fermeté, qu'au dire de tous les vétérans de cette époque, ils furent, jusqu'à la fin de la guerre, plus qu'inutiles.