XIV. — LES AUTRES RÉFORMES
urgentes encore qui concernent la circulation et ie crédit.
La publicité n'a pas encore été appliquée en Russie aux finances publiques :' c'est pourquoi le gouvernement russe ne jouit pas à beaucoup près d'un crédit proportionné à l'étendue de ses ressources. Qu'a-t-il faîtpour y suppléer? Chaque fois que le crédit volontaire lui a manqué, il a eu recours au crédit forcé, au-
« Le soldat russe fournit la preuve de la seconde proposition : l'infanterie dont il fait partie est braye^ quoique lui-même, généralement parlant, ne le soit pas. Dépourvu d'enthousiasme militaire comme de sentiment patriotique, n^ayant même pas. cet esprit naturellement opiniâtre et querelleur qui, par lui-même, donne aux yeux de certaines races d'hommes, des charmes à la lutte, le Russe néanmoins fera son devoir ; il se laissera passivement tailler en pièces ou avancera, selon la direction qui lui sera donnée ; que son bras soit énervé par la terreur, il n'importe, Thomme est là, ferme à. sen poste, formant un tout brave et formidable, qui affronte le péril ou s'avance lui-même et menace. Dans Tétat actuel de la guerre en Europe, cette valeur passive est tout ce qu'on peut exiger du soldat d'infanterie, faible atome d'une masse dans laquelle il n'agit jamais que comme tel. Quelque peu que nous soyons pourvus de cette qualité négative, elle n'en a pas moins d'importance par le fait qn'un très petit nombre de nations européennes la possède, et que c*est une qualité à laquelle les éclairs fantasques d'une valeur irrégulière ne sauraient jamais suppléer. »
Révélations sur la Russie, ou V empereur Nicolas et son Empire en 1844, jjar un résident anglais, T. II., P. 260-271.
A ces observations nous nous bornerons à ajouter que le rôle de la force morale qui fait la solidité des armées, est destiné à, croître en importance à mesure que le progrés des armes de guerre aggrave le risque auquel sont exposés les combattants d. distance ; d'où il résulte que la supériorité doit finalement demeurer acquise aux armées qui l'emportent sous le rapport de la force morale.
trement dit au papier-monnaie. Telle a été, en particulier, sa situation dans la dernière guerre. Au moment où les hostilités commencèrent, le gouvernement russe ayait émis un peu plus de 300 millions de roubles argent de billets de'crédit (c'est le nom que porte le par pier-monnaie actuel), plus ou moins remboursables à présentation, mais qui, remplissant la place que les billets de banque ont prise ailleurs, étaient acceptés sans perte. La somme de numéraire circulant à la même époque s'élevait de 3 à 400 millions de roubles argent ; en sorte que l'instrument de la circulation se composait de 6 à 700 millions de roubles argent en métal et en papier (2 1/2 à 3 milliards de francs). Ce n'était pas trop pour un empire de 65 à 70 millions d'habitants, où le crédit est encore dans l'enfance. La guerre venue, il fallait bien emprunter. On aurait pu se procurer des capitaux dans les bourses étrangères, malgré l'interdit jeté sur les emprunts russes ; on l'aurait pu également en Russie même, si l'on avait voulu y mettre le prix ; mais en l'y mettant, on aurait provoqué des comparaisons peu favorables au crédit de la Russie. On trouva infiniment plus avantageux d'emprunter gratis^ du moins en apparence, en faisant de nouvelles émissions de papier-monnaie. Les billets de crédit cessèrent donc d'être remboursables et la planche aux assignats recommença à fonctionner. Elle fonctionna tant et si bien qu'au 1*^ janvier 1858, il y avait pour 735,297,006 roublés argent de billets de crédit en circulation, soit pour