‹ Lettres sur la RussieChapitre 129 sur 156 · XIV. — LES AUTRES RÉPÔRBdES · texte numérisé non relu

XIV. — LES AUTRES RÉPÔRBdES

prés de 3 milliards de francs. Comme il arrive toujours en pareille occurrence, le papier a chassé le métal au point qu'un rouble-argent en argent est devenu une rareté numismatique. Je n'en ai vu qu'un seul pendant toute la durée de mon voyage. L'or se rencontre encore; mais il faut payer, pour s'en procurer, un agio qui varie de 8 à 10 0/0. Il en est de même de la monnaie divisionnaire. De là une gène de tous les instants. Chaque fois que l'on prend un droschki c'est un débat à n'en plus unir. On offre du papier, en demandant de la monnaie. L'istvostchik refuse avec une mimique significative. Quand on insiste avec la plus grande énergie, on finit par obtenir quelques rouleaux d'une énorme monnaie de cuivre qui a bien les deux tiers de sa valeur en métal; mais c'est toute une négociation à conduire. On aurait plus tôt fait de conclure un traité de commerce ! Pour ma part, je me résignais à acheter de la petite monnaie chez les changeurs en payant tantôt 7 0/0, tantôt 8 0/0 d'agio et davantage, et à la céder au pair Cependant, comme je finissais toujours par en manquer, j'avais dû prendre l'habitude peu économique de garder mes isivostchiksJMsqxi'koeqxie mes frais s'élevassent à un rouble. Il est probable que la masse des consom-mateurs au détail en faisait autant, car la demande des billets d'un rouble s'était accrue au point qu'à leur tour ils obtenaient un agio. On payait 1 et jusqu'à 2 0/0 pour s'en procurer en échange des billets de 10, 25, 50 ou 100 roubles. Pour remédier au mal, le gouverne-

ment venait de décréter la mise en circulation de quel^ ques millions d'une • nouvelle monnaie divisionnaire, renfermant 15 0/0 de métal de moins que la précédente. Elle conamençait à circuler à Tépoque de mon départ. Mais ce n*était là qu'un simple palliatif. Le remède réel ne pouvait consister que dans le retour du crédit forcé au crédit libre. L'expérience a prouvé que la circulation absorbe librement 300 millions de roubles argent environ en papier-monnaie . Il fallait donc retirer l'excédant, soit 350 millions plus ou moins (on évaluait encore en 1860 à 650 millions le montant des billets de crédit en circulation), en offrant aux détenteurs de leur fournir en échange ou des rentes sur l'Etat ou des propriétés publiques ou du numéraire acheté au moyen d'un emprunt à l'étranger. L'excédant ayant disparu, le papier serait remonté au niveau du numéraire, et l'on aurait pu alors rouvrir pour ne plus le fermer, le bureau de rembouraement ou d'échange des billets de crédit contre des espèces. En d'autres termes, il s'agissait d'opérer la liquidation financière de la guerre d'Orient, qu'on a eu le tort de laisser traîner depuis quatre ans, comme si l'on avait attendu pour l'opérer quelque secours venu d'en haut. Mais on n'aime pas à liquider les mauvaises affaires, et l'on ne manque jamais de mauvaises raisons pour différer de prendre une résolution pénible. On allait même jusqu'à nier qu'il y eût surabondance de papier-monnaie. « Le mal, » entendais-je dire, < ne vient pas de l'excèa des émis-

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