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XIV. — LES AUTRES RÉFORMES

ions. Il n'y a pas trop de billets de crédit pour les besoins actuels de la circulation, et leur dépréciation n'est qu'apparente. Ce sont les métaux précieux qui ont ^'enchéri et leur renchérissement provient de ce que nous importons, depuis plusieurs années, plus de marchandises que nous n'en exportons; ce qui nous oblige à solder la différence en numéraire. Il nous suffira donc pour remédier au mal de rétablir notre € balance commerciale, » en prohibant, par exemple, de nouveau, l'entrée des machines, en mettant un terme à la fureur d^s voyages à l'étranger, etc., etc. » Ces mauvaises raisons ne manquaient pas de résonner agréablement aux oreilles de nos bons amis les protectionnistes, qui se chargeaient de les propager con amorCy et le public, peu au courant des questions mo- ^étaires, s'en prenait, à son tour, à la balance commerciale, tout en demandant qu'on mît fin d'une manière ou d'une autre à une situation devenue intolérable.

La balance commerciale était assurément fort innocente du méfait qu'on lui imputait ; mais le public avait raison : il fallait en finir, et c'était commettre une grave imprudence que d'ajourner la liquidation du papiermonnaie en présence de la crise imminente de l'émancipation des serfs. Que faut-il, en effet, pour organiser d'une manière économique le travail libre? il faut des capitaux. Et pour se procurer des capitaux, que faut-il? du crédit. Or, qui voudrait fonder des établissements j

de crédit dans un pays où l'étalon monétaire est soumis ;

à des variations incessantes ; où, à chaque prêt, vient s*attacjier un risque de dépréciation ; où, en prêtant aujourd'hui 1000 roubles, on est exposé à n« récupérer dans trois mois qu'une valeur d'un dixième ou d'un cin» quième inférieure à celle que l'on a fournie; oii le taux de l'intérêt doit en conséquence s'augmenter de la prime nécessaire pour couvrir le risque probable de la dépréciation de l'instrument des échanges et du crédit?

Aussi, quoique tout le monde fût bien convaincu de la nécessité de multiplier les institutions de crédit pour faire face aux exigences de la situation que rémanci-' pation des serfs allait créer, les institutions de crédit ne se multipliaient point. La gent administrative et réglementaire ne laissait point échapper une si belle oc-^ casion d'accuser l'impuissance de l'initiative privée et la stérilité du laisser faire. — Vous le voyez, nous disaient les vieux tchinovniks, le gouvernement ne de^ manderait pas mieux que de voir se multiplier les ban* qùeS) et, en particulier, les banques agricoles ; mais personne ne s*en avise, ou si quelque financier entre* prenant veut tenter l'avôntUre, il commence invaria*blement par demander un privilège i C'est que, ilotts autres Russes, ilous avons encore besoin d'être guidés et soutenus par le gouvernement ; c'est que nos capitô-* listes comme nos travailleurs manquent essentielletnent d^initiative; c'est que nous ne sommes pas mûrs pour la ^^||rté des banques. -— A quoi nous répondions : —

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Supposons que le gouvernement vous autorise à bâtir librement sur des sablés mouvants , useriez-vous de la permission? Cela n'est pas probable, avouez-le. Devrait-on en inférer cependant que vos capitalistes et vos architectes manquent d'initiative et qu'ils ne sont pas mûrs pour « la liberté de bâtir » ? Que le gouvernement commence donc par consolider le sol mouvant du crédit. Alors, si l'on ne profite pas de la liberté de bâtir sur ce sol consolidé, vous pourrez accuser l'inertie et l'incapacité de vos capitalistes. Mais jusque-là, il serait beaucoup plus équitable de louer leur prudence que de faire le procès à leur « défaut d'initiative ».

Une circonstance particulière vient encore aggraver la" situation des demandeurs de capitaux et en particulier des propriétaires fonciers, je veux parler de la mise en liquidation des grands établissements de crédit de la couronne. Sous Catherine II, l'Etat s'était fait banquier et il avait fondé sous le nom de banque d^emprunt, banque du commerce, établissements publics de charité ou lombards^ une série de grandes banques recevant d'une main les capitaux des particuliers et des administrations publiques et les prêtant de l'autre à la propriété et au commerce ou bien encore se les prétant à lui-même. Ces banques d'Etat avaient fini par se trouver dans une situation singulièrement anormale et dangereuse. Le l*"" janvier 1859, par exemple, elles avaieiit reçu des particuliers et dçs administrations

publiques la somme énorme de 970 millions de roubles (3,880 millions de francs), en grande partie remboursables à présentation. Cette somme, pour laquelle elles payaient un intérêt de 4 0/0, eUes en avaient disposé de la manière suivante : 579 millions étaient prêtés sur hypothèques et remboursables seulement à des termes de 26 à 33 ans^ le restant était prêté à TEtat à un terme indéfini et une faible partie seulement servait à effectuer des prêts à courts termes au commerce sous forme d'escompte (1). Qu'en résultait-il? C'est que chaque fois que des demandes de remboursements leur étaient faites dans des proportions quelque peu considérables, elles se trouvaient dans l'impossibilité d'y satisfaire. Le gouvernement comprit qu'un tel état de choses ne pouvait durer, et en vertu d'un ukase du 13 mars 1859, remanié et complété quelque mois plus tard, les établissements de crédit de la couronne furent mis en liquidation. On cessa

(1) Voici comment s'étabUssait la balance générale des opérai lions des banqices au 1" janvier 1859^ en millions de roubles :

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