‹ Lettres sur la RussieChapitre 13 sur 156 · I. - DE BRUXELLES A KŒNIGSBERG · texte numérisé non relu

I. - DE BRUXELLES A KŒNIGSBERG

j'oublie qu'en Allemagne c'est une cloche qui fait Toffice de la trompette mélodieuse de nos conducteurs de chemins de fer, et voici que le train part : il est parti emportant ma pelisse et le reste. La pauvre Ariane de mythologique mémoire n'était pas plus inconsolable en voyant disparaître à l'horizon la blanche nef qui emportait son séducteur perfide, que ne l'était votre serviteur en voyant filer à toute vapeur son train et sa pelisse. Car, il est encore plus difficile de rattraper un train en marche qu'un séducteur perfide. Heureusement, on s'intéresse à mon sort. Quoique chacun me prenne pour un Français à la manière dont je martyrise l'allemand et à ma pantomime plus expressive que noble, on me vient charitablement en aide. Cependant on prétend ne pas aimer les Français, mais je me convaincs une fois de plus que les peuples qui se détestent en masse sont naturellement portés à s'aimer et à s'assister en détail. Ah ! si les professeurs d'escrime que vous connaissez ne se mettaient pas en travers dans l'intérêt de la dignité et de l'honneur national, comme on s'entendrait bien d'un bout de l'Europe à l'autre ! Il y a donc émulation pour tirer d'embarras le pauvre franzose. On fait jouer le télégraphe ; pelisse et bagages me sont rendus deux stations plus loin, puis on m'emballe dans un convoi de marchandises, et je pousse jusqu'à Bromberg, où je profite de mes loisirs pour grifl*onner ces premières notes de voyage.

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