DEUXIEME LETTRE
La Schnell-post . — Les Circassiennes du Nord. — La douane. — Le passage du Niémen. — . Kovno. — Les juifs polonais. — Le Padaroshna, — Le grand Saint Rouble. — Le Yamschik, -^ Les chemins de fer français en Russie» — Saintr-Pétersbourg.
Saint-Pétersbourg, 23 février 1800*
J*arrive à Kœriîgsberg, sans nouvel accident et sans avoir eu à payer le moindre supplément pour me punir d'avoir trop aimé la chicorée. A la station, j'entends (irier : Hôtel cT Allemagne, avec un accent wallon qui me réjouit le cœur. Le propriétaire de cet accent flatteur est un garçon de place que les hasards d'une vie vagabonde ont amené à, Kœnigsberg, et qui y reste : 1° parce que les thalers y sont plus faciles à gagner que les francs en Belgique ; 2** parce qu'il a placé ses économies à la loterie royal'e. J'essaie de lui prouver que les caisses d'épargnes vaudraient mieux. Mais il préfère décidément la loterie. Encore une conversion difficile à fajre ! L'hôtel d'Allemagne est excellent, les murailles
ont trois pieds d'épaisseur avec doubles fenêtres ; les appartements sont chauffés avec des poêles-monuments qui me font souvenir de la colonne du Congrès ; il y a un télégraphe pour le service intérieur et des garçons qui savent toutes les langues, y compris le wallon. A Kœnigsberg, on prend la Schnell-post jusqu'à la frontière de Russie. On a le choix entre deux routes. On peut aller à Saint-Pétersbourg par Tauroggen, Riga et Dorpat, ou bien par Kovno et Ostroff, où vient aboutir le chemin (Je fer, maintenant en construction, qui doit mettre bientôt Saint-Pétersbourg en communication avec les autres capitales de l'Europe. Je prends la seconde voie que l'on m'assure être la plus accélérée et ma voici dans la lourde voiture de la SchnelUpost, Derrière nous^ chemine une seconde voiture de la même administration, avec un chargement quelque peu suspect. A chaque relais, j'en vois descendre six jeunes personnes de belle mine et d'allures libérales sous la conduite d'une dame que son âge pourrait rendre respectable et d'un monsieur de robuste encolure. Mes compagnons m'expliquent que les Circassiennes , qui sont, comme chacun sait , prohibées à la sortie du Caucase, peuvent entrer librement par la frontière de Prusse, et ils ajoutent que le nord de l'Allemagne et les provinces Baltiques sont depuis longtemps en possession d'approvisionner Saint-Pétersbourg de cette marchandise. J'accepte ce renseignement sans le contrôler, et de cahots en cahots j'arrive enfin à la frontière de Russie.
Il y a une poutre en bois bariolée de noir et de blanc qui barre le chemin et que nul ner peut franchir sans être muni de papiers en règle, d'un passeport si Ton vient de Tintérieur ou de l'étranger, d'une passe si Ton habite la frontière . Il paraît que la barre ne se lève pas à toute heure, et un médecin du voisinage se plaint amèrement à moi de l'entrave qu'elle oppose à l'exercice de sa profession. Tant pis pour les gens malavisés qui tombent malades aux heures où la barre est couchée !
J'aperçois à une centaine de pas une assez jolie maisonnette peinte de blanc. C'est le bureau de la douane de Werjebolowo. Tout le monde descend. On procède à la visite des bagages et on demande les passeports. Les employés de la douane sont très polis. On a supprimé la visite à corps, et on examine assez légèrement les bagages. Les gants et les cigares mêmes ne provoquent aucune observation. Mais il y a dans ma malle des livres, des brochures et des journaux. Le douanier me regarde d'un air significatif et va faire part de sa découverte à son supérieur. J'essaie de démontrer mon innocence, en exhibant des papiers qui attestent que je vais dçnner des conférences sur l'économie politique à Moscou, avec la bienveillante autorisation du gouvernement ; que je n'ai aucune envie d'importer en Russie de la contrebande littéraire ou scientifique, que mes livres, brochures, etc., sont tout simplement les outils de ma profession, peine inutile !
La loi est formelle. Tous les livres, brochures, journaux
\i tETTRES SÛR LA RUSSIE
introduits dans l'empire doivent être soumis à l'examen de la censure. Dura lex, sed leœ. Je me résigne à abandonjier mon bagage imprimé, et je reçois en échange un certain grimoire qui me coûte 2 1/2 roubles (10 francs) et avec lequel je pourrai aller réclamer à la censure ce bagage suspect. Je demande humblement s'il arrivera à Saint-Pétersbourg en même temps que moi. — Uïi peu plus tard, me répond l'auteur du grimoire en question, avec un sourire plus ou moins rassurant, un peu plus tard. A ce propos je ferai remarquer que la rigueur avec laquelle la censure continue à exécuter ses vieux règlements et à maintenir ses prohibitions surannées n'est pas précisément en harmonie avec la tolérance libérale qui prévaut maintenant en Russie. On confisque impitoyablement les livres que des voyageurs novices ont l'imprudence de laisser dans leurs malleSi — mais on ne visite pas les poches des paletots en double ou en triple expédition dont s'enveloppent prudemment ces mêmes voyageurs, et la barre qui ferme le chemin n'empêche pas les juifs polonais d'introduire en fraude, moyennant une prime modérée, toutes sortes des livres défendus, parfois aussi des gravures aussi peu propres que possible à former V^t^ prit et le cœur de la jeunesse. J'en ai vu le lendemain des échantillons à Kovno. Enfin, si la liste des livrb« interdits a bien quelques kilomètres de longueur (U% Harmonies économiques de Bastiat elles-mêmes n'ontelles pas été prohibées à l'entrée de la Russie?), U
est des accommodements avec la censure. La prohibition n*est pas absolue. Les universités, par exemple, sont autorisées à importer les Hvres à l'index dont elles ont besoin (on convient donc que des livres à l'index sont bons à quelque chose), et le bénéfice de cette autorisa-o tion s'accorde assez aisément à ceux qui en font la demande. Les libraires ont même pour cela des formules imprimées qu'ils adressent à la censure, en y inscrivant le titre de l'ouvrage avec le nom du demandeur, et il est rare que cette faveur ^oit refusée. Mais la censure y met le temps. — On nous rend nos passeports, je jette un dernier regard sur mes pauvres livres dont on est en train de dresser le catalogue, et nous voici dans une malle-poste russe qui se fait un devoir de ne pas humilier par sa célérité la Schnell-post prussienne. Le paysage s'élargit et s'empreint d'une certaine majesté. La plaine de neige s'étend à perte de vue, coupée seulement d'intervalle en intervalle par dès sapinières. Les habitations deviennent rares. Quelques traîneaux de paysans, — des caisses de bois non dégrossi ou des cages d'osier, montées sur des patins — nous croisent ou nous dépassent. Notre infortunée malle-poste patauge dans la couche de neige épaisse de deux pieds qui recouvre la route. La nuit vient, une belle nuit étoilée, accompagnée d'un froid sec et vif. Tout à coup notre malle, j'allais dire notre tortue de poste, s'arrête. La couche de neige s'est épaissie et notre attelage est rendu. Nous sommes près d'un relais. On fait évacuer la lourde
machine, et on transborde son contenu dans des traîneaux. L'opération est des plus élémentaires. On dépose les bagages au fond du traîneau, on met du foin sur les bagages, les voyageurs par dessus le foin, et fouette cocher. Quoique cette manière de voyager laisse bien quelque chose à désirer sous le rapport du confort, elle n'est pas sans charme. L'immense plaine de neige se déroule à nos regards, ondulation par ondulation, les sapins fuient avec la rapidité de l'éclair, le silence n'est troublé que par le léger bruissement du traîneau sur la neige et les encouragements paternels de l'istvoslrchik (conducteur du traîneau) à sa maigre mais robuste haridelle. Je m'attendais, de moment en moment, à voir apparaître la bande de loups de rigueur pour compléter la couleur locale, mais les loups ne sont pas venus : il n'y a plus de loups. Encore une illusion perdue I La plaine s'abaisse, nous sommes dans une vallée de glace qui a deux fois la largeur de la Seine, c'est le Niémen. Notre traîneau le franchit en un clin d'œil, à un ou deux kilomètres de distance de l'endroit où défila, sous les yeux de Napoléon, la grande armée à son entrée en Russie. Morituri, César, te salutant. Nous sommes à Kovno. C'est le 24 et le 25 juin 1812 que passèrent là les 450,000 hommes dont les ossements et les débris devaient marquer une traînée funèbre sur la route de Moscou.
Dans quel but le conquérant, qui tenait alors l'Europe asservie, lançait-il cet immense projectile vivant
au cœur de Tempire russe ? Quel grand dessein, quelle pensée de civilisation voulait-il accomplir? Ce grand dessein, c'était de punir la Russie de n'avoir pas compris la portée humanitaire du blocus continental ; cette grande pensée, c'était de dater de Moscou le décret de réorganisation du Théâtre-Français. Confiez donc après cela les destinées de l'humanité à ces charlatans de gloire, qui dépensent sans hésiter un demi-million de vies humaines pour une réclame historique? En fait de gloire et de réclames, je préfère encore je l'avoue, celles de l'illustre Barnum ; au moins elles n'ont point coûté de larmes au genre humain, et la gloire qui fa^it rire ne vaut-elle pas bien la gloire qui fait pleurer ? Mais un autre souvenir plus récent et meilleur se rattache au nom de Kovno. C'est à la noblesse des gouvernements de Kovno, Vilna etGrodno que l'empereur Alexandre II a adressé, il y a trois ans, son premier rescrit relatif à l'émancipation des paysans. Débarrasser du fardeau de la servitude 20 millions de créatures faites à l'image de Dieu, assurer aux humbles travailleurs qui nous fournissent les éléments mêmes de la vie une équitable rémunération de leur rude labeur, répandre la joie et l'espérance jusque dans la plus pauvre chaumière, en attendant que le bien-être et le confort la visitent à leur tour, n'est-ce pas, je le demande, une œuvre plus belle, plus grande, plus digne d'être transmise à la postérité que la conquête d'une province ou l'invasion d'un empire ?
Kovno est une triste entrée de la Russie. C'est un vaste village de 12 ou 15,000 âmes, bâti à Taventure et habité en grande partie par des catholiques et des juifs, des juifs polonais, la race la plus dégradée, la plus abjecte, la plus rampante qui se puisse voir, une vraie vermine humaine I Depuis la frontière nous sommes poursuivis par des mendiants, plus importuns, plus malpropres et plus serviles que les mendiants italiens. Enveloppés de leurs haillons indescriptibles et de leurs peaux de mouton dont les premières couches de graisse sont contemporaines de Pierre le Grand, ilfi>s*attroupent autour de la malle-poste et se disputent la menue monnaie qu'on leur jette, comme des chiens feraient d'un os à ronger. On les chasse à coups de bâton, iïs se dispersent en grommelant pour revenir aussitôt à la charge. D'oii viennent donc tant d'abjection et d'ignoble misère? Hélas ! demandez-le à ceux qui ont opprimé et persécuté, depuis tant de siècles, les descendants d'Israël au nom d'un Dieu de charité et de miséricorde! Les juifs de Pologne ne pouvaient, jusqu'à ces derniers temps, posséder de biens immobiliers ; une foule de professions leur demeuraient fermées et, d'une autre part, il leur était interdit d'aller s'établir dans l'intérieur de l'empire. Les provinces polonaises servaient de Ghetto à cette race pullulante, qui était réduite à faire le commerce et l'usure de détail, à quoi il faut ajouter la contrebande. De cet entassement forcé d'une population exubérante dans un petit nombre de provinces et da
professions, de ce mépris dans lequel elle était tenue par l'opinion et par la loi, sont nés le paupérisme et rabaissement dont je suis témoin. C'est pourtant une race active et d'une intelligence déliée. Impossible de lui faire concurrence pour le commerce de détail. A peine sommes-nous intallés à Y Hôtel de la Poste, une grande auberge vermoulue, dont le seul aspect ferait tomber en syncope une ménagère flamande, que notre chambre (une chambre par escouade de voyageurs) est envahie par une procession d'enfants d'Israël, à la barbe noire et au museau pointu, qui viennent nous offrir, qui des fourrures, qui des cigares, qui les marchandises les plus variées ; aucune rebuffade ne les décourage ; il faut les mettre à la porte, en tenant l'œil sur ses bagages et s'enfermer à double tour pour arrêter l'invasion.
Sur la grande place de Kovno, un obélisque de bronze rappelle le souvenir de la campagne de 1812. Les rues sont larges et les maisons basses. Il y a partout des boutiques, ou pour mieux dire des tanières juives, oii s'entassent pêle-mêle des calicots imprimés, des cigares, des brosses, des bouteilles, des chaussures, avec des enseignes imagées représentant des rois nègres et des dames de haut parage, vêtues de belles robes couleur gorge de pigeon. Les rois nègres fument des panatellas et les belles dames essaient des brodequins ou des pantoufles. Des traîneaux de paysans, chargés de bois, de farines, de provisions de toute espèce affluent dans la rue marchande où se trouve le bazar*
Un peu plus loin, tout est calme et silencieux comme dans un village. Les cochons que la prévoyante nature a pourvus d'un poil épais formant fourrure, se promènent gravement dans les rues ou se prélassent sur le seuil des cabanes en bois. On se croirait en Irlande. J'entre dans une église catholique, qui aurait besoin d'un récurage à fond et où deux prêtres sont occupés à dire la messe devant des autels en style rococo, ornés d'énormes chandeliers en fer remplaçant nos chandeliers en cuivre. Il y a quelques dames dans l'église- La plupart sont agenouillées sur les dalles de pierre. Quelques-unes ont posé à terre leur livre de prières et elles lisent la messe en se tenant appuyées sur leurs avant-bras. Bans cette attitude prosternée, leurs crinolines (il y a des crinolines à Kovno) forment des monticules d'un aspect singulier.
Mais on ne peut rester toujours à Kovno. Il s'agit de gagner Ostroff oii vient aboutir le tronçon de chemin de fer que la compagnie franco-russe a déjà livré à la circulation. C'est une distance de 385 1/2 verstes (prés de 100 lieues). Bientôt la ligne sera ouverte jusqu'à Dunabourg, et Tannée prochaine elle se raccordera probablement à la ligne prussienne, maintenant achevée jusqu'à Stalopeen, près de la frontière russe. Les ponts sur le Niémen et la Dwina retarderont à la vérité jusqu'en 1862 ou 63, le parcours continu de la ligne. On travaille activement à ces deux ponts. Mais, encore une fois, il faut s'en aller de Kovno, et ce n'est pas chose fa-
cîle. On a pourtant le choix entre deux véhicules. On peut prendre la malle-poste qui vient de Varsovie ou se procurer un padaroshna. Qu'est-ce qu'un padaroshna? C'est une autorisation de se faire délivrer de relais en relais des chevaux de poste avec un traîneau de paysan, à raison de 2 1/2 copecks (10 centimes) par cheval et par relais. Le paradoshna ne coûte pas bien cher, une couple de roubles argent (8 fr.), mais il faut vous méfier du paradoshna. Voici ce qui arrive : à la prochaine station, vous demandez des chevaux en exhibant votre ' paradoshna. C'est bien, vous êtes en règle, mais il n'y a plus de chevaux. Il faut attendre. Combien de temps? Un jour, deux jours, une semaine, on ne sait pas. Kn attendant, vous pouvez vous abreuver de thé et vous nourrir de pain noir. Cependant, si vous voulez doubler ou tripler la taxe, on verra, ça fera peut-être venir les chevaux. Il faut en passer par là, à moins que vous n'ayez un goût décidé pour le pain noir, arrosé de thé, et subir la loi de ce monopole de grand chemin. Et pourtant vous avez un padaroshna ! Et pourtant vous êtes dans un pays où le pouvoir du gouvernement est sans limites et oii le gouvernement est visiblement animé du désir de bien faire ! Tout cela est vrai, mais... il n'y a pas de chevaux. Si vous étiez un général ou un employé supérieur, vous pourriez administrer quelques bons coups de canne à l'impudent monopoleur et ça ferait probablement venir les chevaux, mais vous êtes un humble voyageur, vous vous appelez tout sim-
plement « le public », et il n'y a pas de chevaux poui^ le public. Heureusement, j'entends la trompette du cooducteur de la malle-poste. Sauvé, mon Dieu ! Pas si vite! la malle-poste est au complet. Il faut attendre jusqu'au lendemain, et encore on ne vous garantit rien. Que faire? Il y a une ressource. La Russie possède, comme chacun sait, un saint qu'elle vénère d'une façon toute particulière, c'est le grand saint Nicolas. Eh bien, il y a un autre saint pour lequel l'administration russe professe une dévotion encore plus fervente, s'il est possible, c'est le grand saint Rouble. Un de mes compagnons de voyage qui, déjà plus d'une fois, a eu recours à ce bienheureux, et qui s'en est toujours bien trouvé, lui adresse incontinent une dévote prière. Le bon saint Rouble se laisse fléchir, et par sa puissante intercession la maUe-poste s'élargit à vue d'œil jusqu'à contenir six places au lieu de quatre. Voilà un miracle I Nous mettons 42 heures à faire le trajet de Kovno à Ostroff. Le froid devient de plus en plus intense et le bienheureux saint Rouble, malgré tout son bon vouloir, ne m'a procuré qu'une place outside. Un brouillard neigeux épaissit l'atmosphère. La lourde machine que notre attelage de six chevaux emporte au grand trot, à travers les plaines de neige, les sapins, les trembles et les bouleaux, bondit, crie et fait crier les colis vivants qu'elle secoue sans trêve ni miséricorde. Sur le siège, le yamschik (cocher) couvert d'une pelisse de peaux de moutons, encourage son attelage avec toutes sortes de
paroles caressantes : c'est une mélopée douce et traînante, comme une supplication attendrie que le pauvre homme adresse à ses pauvres bêtes pour les exciter à faire leur devoir. 11 tient un fouet à la main, mais il ne s*en sert ni pour frapper ni même pour menacer. Il le manie comme s'il dirigeait un orchestre en train d'enlever un morceau difficile. La route n'est indiquée que par les poteaux du télégraphe et des bornes milliaires à demi ensevelies sous la neige. Un postillon de 12 ans galope en éclaireur sur le devant de l'attelage, et cette forme indécise qui se perd dans la brume semble appartenir à un fantôme plutôt qu'à une créature de chair et d'os. C'est pourtant bien un yamsohik en herbe, à la mine éveillée et résolue, et il gagne vaillamment ses quelques copecks, le brave petit homme ! On descend aux stations placées à des distances d'environ 20 verstes (une verste équivaut à peu prés à un kilomètre*). Ces stations sont vastes et leurs salles d'attente sont confortablement garnies de larges cana*^ pés recouverts de cuir verti Un gros et joyeux samovar de cuivre est posé sur la table, l'eau bout, les verres se remplissent et nous voilà ranimés*
A Dunabourg, notre lourd véhicule franchit au galop la vaste nappe glacée de la Dwina, gelée à deux ou trois pieds de profondeur. Nous arrivons à Ostroff. La malle-poste s'arrête pour tout de bon cette
1 Exactement; 1,0668 kilomètres.
fois, nous la quittons sans regrets et un traîneau nous amène à la station du chemin de fer, située à quelques verstes de distance. Encore dix heures de voyage, et. nous serons à Saint-Pétersbourg, en passant par PskofT, Gatshina et Tzarskœ-Selo. Bienheureux chemin de fer! Nos petites misères ne sont pourtant pas encore finies. Le froid est devenu de plus en pluQ âpre, le thermomètre marque 20 ou 22 degrés au-dessous de zéro, et la grande compagnie franco-russe met à notre service des voitures qui pourraient être excellentes pour aller de Paris à Orléans, mais qui sont ici décidément hors de saison. On j gèle sur pied.
Nous entrons enfin dans la gare de St-Pétersbourg, avec un retard de deux heures seulement. Les traîneaux avec leurs istvoschiks vêtus d'une longue houppelande bleue et coifi'és d'un béret à cornes de couleur amarante, affinent aux abords de la station. Voici le dôme doré de l'église d'isaac, la flèche de rAmirauté, la colonne d'Alexandre, d'un seul bloc de granit rouge de Finlande, le plus élégant monolithe qui se puisse voir, rénorme Palais d'hiver et l'immense nappe glacée de la Neva ; voici des baraques, des chevaux de bois, des montagnes russes et des marionnettes. Nous sommes bien dans une grande capitale. Istvoschik^ hôtel Kayser^ Wasili Ostrofi".