XV. - LU RETOUR
vaux pour la somme modérée de 15 jfrancs. Nous enfourchons ces bêtes pacifiques et nous nous dirigeons vers le vieux Stamboul. Nous traversons la Corne d*Or sur un pont de bois couvert d'un flot continu de passants. Les omnibus à vapeur du Bosphore y ont, pour la plupart, leurs embarcadères. Aussi, il faut voir quel tohu bohu ! Cependant, Tordre se fait de lui-même au sein de ce désordre. Turcs, Persans, Grecs, Arméniens, Juifs, Européens, et autres « ennemis naturels » se
débrouillent de ce chaos pour aller chacun à ses affaires sans chercher à s'entre-assommer. Ils n'en ont pas le temps ! Si on se contentait de laisser faire et de laisser passer tous ces braves gens, au lieu de se servir des uns pour barrer le chemin aux autres, la question d'Orient ne se résoudrait-elle pas toute seule, comme se résout, sans l'intervention d'aucune police, le problème de l'ordre au sein de la foule affairée du pont de la Corne d*Or? C'est une question que je soumets au pas de course à la diplomatie. — Nous arrivons à TAtmeidan, l'ancien hippodrome oii les Grecs du Bas-Empire se passionnaient pour les cochers verts ou pour les cochers bleus, pendant que les hordes musulmanes menaçaient les frontières. Ils ne sont pas tous morts, les Grecs du Bas-Empire ! L'obélisque de Théodose, frère jumeau de Tobélisque de Louqsor, et quelques débris de colonnes, voilà tout ce qui reste debout de l'ancien hippodrome. C'est aux environs de l'Atmeidan que le sultan Mahmoud, qui ne connaissait pas la fable du Lion
amoiMretM!^ fit massacrer ses janissaires pour obéir aux bons conseils de ses amis d'Occident. A la place de cette milice redoutable, la conscription, un progrès importé d'Occident, fournit des redift^ qu'on amène garrottés de leurs villages, mais qui ne renversent pas leurs marmites, car ils n'ont guère de marmites, les infortunés ! Pericli abuse de mon ignorance en me faisant entrer dans un trou noir décoré du titre pompeux de fontaine des mille colonnes, l'ancien château d'eau de Byzance, maintenant transformé en une âlature de soie. Des juifs barbus exploitent à outrance dans ces limbes le travail de quelques enfants malingres, ni plus ni moins que des manufacturiers civilisés. Encore un progrès à l'occidentale ! Je gronde Pericli, qui essaie de regagner mon estime en me conduisant au bazar. Ce trop fameux Bezestin se compose d'une agglomération de galeries en pierre et en bois, au pavé défoncé et raboteux, qui ressemblent aux galeries du Temple, mais en laid. Je me mets en devoir de me procurer quelques échantillons du luxe oriental. On m'offre des burnous blancs, en étofte de Reims, de l'essence de roses de la rue Saint- Martin et de superbes fez fabriqués à Verviers. Le tout à des prix abusifs. Je me rabats sur de grossières écharpes de 'Brousse, sur des mouchoirs brodés de sentences du Koran, sur des chibouques en bois de jasmin ou de cerisier avec des bouts d'ambre jaune, sur des vases de cuivre à dessins persans, dans le goût le plus naïf. C'est encore fort cher^ mais mon brave Pericli