‹ Lettres sur la RussieChapitre 141 sur 156 · XV. — LE RETOUR · texte numérisé non relu

XV. — LE RETOUR

pousse à la consommation et il a probablement ses raisons pour cela. Dans chaque boutique, on m'offre un siège, une pipe et du café ; je préfère lorgner par ci par là une hanoim qui fait nonchalan^ment déployer devant elle des monceaux de pièces d'étoffes, sans daigner arrêter son choix sur aucune, comme pourrait le faire une élégante de Paris ou de Bruxelles. L'heure du dîner arrive. Nous retournons à Thôtel de l'Empire Ottoman, et le soir nous montons au petit champ des morts (cimetière) de Pera. Les ruelles de Pera sont éclairées au gaz : c'est, il est presque superflu de le dire, une compagnie anglaise qui s'est chargée de l'affaire, et son gaz est superbe. A la lueur des lanternes nous lisons leç noms des rues sur des écriteaux en français. Au petit champ des morts est adossée une baraque où des musiciens, en paletots et en chapeaux ronds, exécutent de la musique de Verdi. Les consommateurs, Européens ou Arméniens pour la plupart, prennent du café ou des sorbets, en fumant des narghilés que fournit l'établissement. Un coiffeur grec accommode ses clients dans un magasin en face. Un peu plus loin, on joue une poule d'honneur dans un café. Et les vieux Turcs qui dorment sous les hauts cyprès du cimetière ne se réveillent pas pour chasser les giaours, faire taire leur infernale musique et bloquer la poule d'honneur ! Non ! les vieux Turcs dorment pour toujours, car le giaour Verdi lui-même ne réussit pas à les réveiller. Voilà notre première'journée.

Le lendemain, Pericli m'annonce d'an air triomphant qu'il a obtenu, moyennant la modique somme de 15 fr., mon insertion dans un troupeau de voyageurs qui va visiter les palais et les mosquées, avec un firman de Sa Hautesse. Ces firmans-là se paient* 150 francs, ce sont les moins chers. Va donc pour les palais et les mosquées ! Nous prenons un caïque pour traverser la Corne d'Or et nous débarquons à la pointe du sérail qui s'avance comme un cap entre la Corne d'Or, l'embouchure du Bosphore et la mer de Marmara. Le vieux sérail en occupe la plus grande partie. Ce palais redouté, où le cimeterre et le cordon de soie ont servi à trancher ou à serrer les nœuds de tant de drames en style romantique, a été délaissé pour l'habitation moins pittoresque mais plus confortable de Dolma Bâtché. Quelques sultanes, mises à la réforme, seules en occupent encore le harem. Les jardins étages le long du Bosphore sont remplis de grenadiers, d'orangers et de lauriers-roses en fleurs; les vieux murs sont tapissés de lierres énormes; mais, comme à Batchi Serai, les mauvaises herbes y foisonnent, et les carrés de choux ou de haricots y prospèrent. Les jardins du sérail transformés en potagers ! Détournons nos regards de cette profanation et suivons notre guide qui nous fait signe de chausser les pantoufles de rigueur et d'entrer au palais. Il nous conduit dans Un labyrinthe de pièces démeublées, comme un homme qtii :

Noui'rl dans le sérail en connaît les détoursi

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