‹ Lettres sur la RussieChapitre 147 sur 156 · XV. - LE RETOUR · texte numérisé non relu

XV. - LE RETOUR

Je retiens le lendemain mercredi de Buyukdéré et je m'embarque à bord de VEuphrate, des Messageries Impériales. Le départ était fixé pour 4 heures de raprès-mj4i; on le retarde jusqu'à 7 pour embarquer des balles de soie que nous apportent des caboteurs de PAsîe-Mineure. Mais le temps passe vite dans le Bosphore : on ne peut se rassasier de contempler le panorama magique de cette cité que la nature a faite impériale et oii Fourier avait placé le séjour de TOmniarque du globe. En attendant que TOmniarque arrive, voici le sultan qui passe. Sa Hautesse est allée visiter l'arsenal jde Tophané. Son caïque blanc à six paires de rames l'atleud au rivage. AbdulMedjidy descend et il va s'asseoir à l'arriére les jambes croisées sur un tapis. Il est vêtu de la redingote bleue à collet montant et coiffé du fez impérial orné d'une plume de héron. Sa barbe du plus beau noir fait ressortir sa pâle et mélancolique physionomie. Quelques cris de ; Vive le sultan ! poussés par des ffons de notre équipage, saluent seuls cet Augustule

musulman. Il est sept heures, on lève l'ancre, je fais les adieux les plus touchants à mon honnête Pericli, les caïques et les autres barques s'éloignent, le bateau se met en mouvement, nous doublons la pointe du Sérail pour entrer dans la mer de Marmara, et je dis adieu à ce grand et sublima cloaque, oii l'Orient de mes rêves m'est appiiru en ruines et en loques.

On sonne pour le dîner et, je dois le dire à la honte d^ la gent voyageuse, en dépit des tiplendeurs du soleil

couchant qui dore les coupoles imposantes des mosquées et les flèches effilées des minarets, personne ne manque à rappel. Le lendemain à 5 heures du matin, nous sortons de la mer de Marmara pour pénétrer dans le détroit des Dardanelles. Il est plus long que le Bosphore, mais ses côtes montueuses sont dénudées et désertes. La petite ville de Dardanelles en commande l'entrée du côté de l'Archipel. Les deux vieux châteaux des Dardanelles, d'un aspect vénérable et massif, sont en ruines ; mais huit batteries en style moderne^ con* struites des deux côtés du détroit depuis la guerre d'Orient, les ont remplacés. A la soçtie des Dardanelles, nous longeons pendant quelque temps les rives de la Troade, où l'on nous montre deux monticules qui passent pour les tombeaux d'Achille .et d*Hector, Si l'on pouvait y accumuler les pensums que ces deux héros ont valu à la multitude des jeunes infortunés dont la mémoii'e rebelle se refusait à pleurer en grec le destin lamentable d'Ilion, ces deux monticules dé-^ passeraient en hauteur l'Himalaya et le Chimborazo* Le jour suivant, nous nous réveillons au Pirée, dont on n'agerçoit le port qti'en y entrant. La ville du Pirée, élégante et proprette, ne se compose encore que de quelques centaines de maisons bâties à l'européenne ; mais elle se développe à vue d'œil. Nous profitons d'un temps d'arrêt de six heures pour visiter Athènes. Une voiture de place nous y conduit en trois quarts d'heure é La plaine qui sépare le Pirée d* Athènes est toute cou-

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