‹ Lettres sur la RussieChapitre 149 sur 156 · XV. — LE RETOUR · texte numérisé non relu

XV. — LE RETOUR

&UV le modèle le plus en vogue. Le gouvernement est soumis au contrôle des chambres, et les chambres sont nommées par un corps d'électeurs censitaires, résumant en eux la souveraineté politique de la nation. Mais il s'est trouvé, d'un côté, que,le gouvernement n'avait pas i& goût bien prononcé pour le contrôle des chambres ; d'un autre côté, que les électeurs grecs ne détestaient pas les monopoles et les « places ». Cela étant, on pou* vait s'arranger. Le gouvernement a mis à la disposition des mandataires du corps électoral le gâteau du budget à la condition de ne point le chicaner sur ses petites affaires et de voter, les yeux fermés, les lois qui lui tiennent à cœur. C'a été un marché conclu. Mais l'appétit vient en mangeant. Les électeurs grecs ayant mo-rdu au gâteau gouvernemental, ont voulu y mordre encore, toujours. Le gâteau s'est trouvé trop petit ; il a fallu le grossir sans cesse. Alors, la nation qui en fournit la pâte et qui calcule de très près, en vraie Grecque qu'elle est, a commenoé à murmurer. Des journaux ont fait écho à ses plaintes et ils ont été jusqu'à prétendre que ce système n'est autre chose qu'une piraterie politique organisée sous le pseudonyme flatteur de gouvernement représentatif. On a poursuivi ces journaux malappris. Mais qui le croirait ? Cela n'a pas suffi pour faire changer d'avis à la nation. On ne manque pas d'accuser cette nation si difficile à contenter d'être ingouvernable, et l'on insiste particulièrement sur la nécessité de créer

^n Grèce un « pouvoir fort ». Vous verrez qu'un beau

jour les choses tourneront àm^. Comme toujours, Jes politiques n'hésiteront pas à déclarer, à regret, que'lefe Grées n'étaient pas mûrs pour la liberté. Pauvres Grecs et pauvre liberté! — Là dessus, un jeune et aimable professeur, que nous venons de prendre au Pirée, •t qui a passé deux ans en Gréce^ me fait' à ïOêl grande surprise le plus chaleureux éloge de la nation grecque, de la vivacité et de la finesse de son intelligence, du goût ardent pour Tinstruction qui se mani-> feste dans toutes les classes dô la société, de la simpli^ cité, de la bonhomie et de Thonnêteté de la population rurale. Il avait voyagé dans tout le pays et partout il avait reçu une hospitalité empressée etafiectueuse. Quant aux brigands, qui jouent un rôle si piquant dans les récits du spirituel auteur de la Grèce contemporaine et du Roi des montagnes, ils ne se montrent guère que dans les localités oii les électeurs sont infectée d'un mauvais esprit.

Un jeune Arménien, qui se rend â Paris pour y étudier la médecine me donne sur ses compatriotes des renseignements non moins intéressants.Les Arméniens sont possédés à un haut degré de la curiosité intellectuelle qui s'est emparée depuis quelques années des nation» orientales. Le goût de la lecture est devenu chez eux une véritable passion ; mais comme toute passion qui s'éveille, celle-ci ne se montre pas d'abord bien difficile sur le choix des aliments. On traduit, aujourd'hui, pêle-mêle, en Arménien tout le 5^oc littéraire de 1830,

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et Daon interlocuteur apportait avec lui la traduction de Martin V enfant trouvé et du Juif Errant qu'il était chargé de faire imprimer â Paris. On pourrait mieux choisir. Mais après s*être jeté .^ur cette pâture grossière pour apaiser sa première faii:^ intellectuelle, le consommateur deviendra plus difficile, bt ses aliments se raffineront. L'essentiel c'est que le besoin naisse !

Les journées passent vite à bord de VEuphrate : on cause, on fumé, on joue aux échecs, on lit des romans, on fait le kief à l'orientale. L'air est tiède, il n'y a pas un souffle de vent, nous avançons mollement bercés sUr les flots bleus de la mer calme et resplendissante. Voici les côtes élevées de l'Italie et de la Sicile : dans le lointain, le profil massif de l'Etna ; sur le rivage, des plantations d'orangers et de citronniers, Reggio et Messine. Nous faisons halte à Messine où tout est sens dessus dessous. Les employés du bureau de police nous laissent passer sans examiner nos passeports, c'est tout dire! un guide nous propose à haute voix de nous montrer la statue du roi Bomba. Sur le port, une foule d'écriteaux placés comme des plaques d'assurances, portent : jaropreV^à j&Z/erieca, AmeVîcaria, Sioizzera, etc., dans la prévision d'un bombardement. Des postes de soldats stationnent dans les rues. Les officiers lorgnent avec inquiétude du côté de la montagne. Garibaldi n'est pas loin. Nous allons voir le roi Bomba, qui ne devait plus séjourner longtemps sur son piédestal, nous prenons des glaces, nous mangeons des figues, nous re-

gardons des moines passer sur des ânes et nous regagnons le bord. Le surlendemain, nous traversons le détroit de Bonifacio et, après avoir reçu quelques vigoureuses bouffées de mistral^ nous débarquons le mercredi matin à Marseille. De Marseille à Bruxelles, il n'y a plus que 26 3/4 heures de chemin de fer. J'étais parti de Bruxelles le 9 février par la station du Nord ; j'y rentre le 14 juillet par la station du Midi, car si tous les chemins mènent à Rome, tous les chemins, la vapeur aidant, ramènent de Saint-Pétersbourg.

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