‹ Lettres sur la RussieChapitre 18 sur 156 · III. — MOSCOU · texte numérisé non relu

III. — MOSCOU

qu'elle veut renoncer à tout prÎTilége, notamment au droit de justice et à l'exemption de l'impôt ; la noblesse de Tver, lasse des lenteurs de la bureaucratie, va plus loin encore ; elle veut prendre l'initiative de l'émancipation des serfs, et elle est en train d'organiser une banque foncière pour faciliter aux paysans le rachat des terres.

La noblesse est donc, en majorité, acquise aux idées nouvelles, le clergé est sans aucune influence, la bourgeoisie ne compte pas encore ; le peuple est plongé dans l'ignorance (il n'y a en Russie que 4f 4,000 enfanta qui fréquentent les écoles primaires sur une population de 70 millions d'habitants), mais il est patient, d'un bon sens que tout le monde me vante, et plein de confiance dans les intentions du souverain. Enfln, si l'on regrette parfois que l'empereur ne sache pas assez résolument se débarrasser des influences qui se mettent en travers des réformes, il n'y a qu'une voix sur son désir de faire le bien et l'exquise bonté de son cœur. Dés son avènement au trône, il a laissé se lézarder de toutes parts l'appareil de compression qui étouffait l'esprit public, mis fin au système de délations qui était la plaie de l'administration russe, libéré tous les prisonniers d'Etat, rappelé les exilés, constamméut répugné aux mesures de rigueur, et, quoique trop entouré encore du personnel que lui a légué l'ancien régime, il a poursuivi jusqu'à présent avec une persistance sans égale la grande mesura de l'émancipation

devS serfs, qui va inaugurer pour la Russie un état économique et social nouveau. Avec de tels éléments, la situation de la Russie ne différe-t-elle pas essentiellement de celle de la France de 1788, et, à moins d'accidents et de revirements en dehors des prévisions humaines, ne pouvons-nous pas espérer à bon droit que cet admirable mouvement, dont le reste de l'Europe ne se préoccupe pas assez, aboutira non à des catastrophes sanglantes et stériles, mais à des réformes pacifiques et fécondes?

De Saint-Pétersbourg à Moscou, la distance est de 600 verstes et le voyage de 20 heures. A la rigueur, on en pourrait mettre seulement 15 ou 16, mais on s'arrête à chaque station, et comme on y mange ! et comme on y boit! iJe matériel du chemin de fer se compose de longues voitures américaines, contenant 48 places, où l'on est tout à fait à son aise. Les employés ne sont pas obligés non plus d'exécuter le long des voitures les manœuvres acrobatiques que vous savez. Ils font leur service à l'intérieur, où les voyageurs eux-mêmes peuvent circuler librement. Dans les voitures de première classe, il y a des tables^ des canapés et même des poêles tîonvenablement chaufîés, le tout à des prix assez modérés. Les secondes, presque aussi confortables, se payent 13 roubles (52 fr.) seulement. Le grand ennemi du chemin de fer de Saint-Pétersbourg à Moscou, c'est la neige. On est quelquefois obligé de s'arrêter en pleine campagne, sans pouvoir avancer ni

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