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III. - MOSCOU

ges à musique des établissements de thé ont des cadrans et point d'aiguilles !

Tel est donc Moscou, à la première vue. Un mot sur le théâtre pour finir. La salle de spectacle de Moscou, inaugurée à Tépoque du couronnement de l'empereur Alexandre II, est la plus vaste de l'Europe. La décoration bleu clair et or, les loges et salons avec leurs rideaux de soie rouge sont d'un effet charmant, et comme on est bien assis dans les Isrrges et légers fauteuils de chêne de l'orchestre ! Comme la circulation est facile ! Il y a des allées dans le parterre, où l'on peut se promener à cinq ou six personnes de front comme dans un parc. C'est une salle modèle. Le spectacle est moins satisfaisant. Nous sommes en carême et le carême russe s'observe avec une rigidité extrême. Il n'y a pas moyen d'entendre le moindre opéra ni de savourer le plus maigre ballet. En revanche, il y a des concerts et des tableaux vivants, plus ou moins spirituels. Jugez-en. Voici d'abord le Duel après le bal masqué^ de M. Gérôme. C'est habilement rendu, harmonieux de tons, et l'effet de neige est bien de circonstance. Mais voici encore les Loisirs d'un pacha, dont le choix me parait un peu bien risqué, car les loisirs de ce haut fonctionnaire ne se ressentent guère du carême. Cependant le public ne se scandalise pas, au contraire, il crie ôw, et on lui sert deux fois les loisirs d'un pacha ! Ce n'est pas tout. Voici des baigneuses représentées par trois demoiselles du corps de ballet : l'une entre dans l'eau

jusqu'aux mollets, en retroussant gaillardement ses jupons, l'autre défait ses bas, en ôtant ses jarretières aa dessus du genou, la troisième les remet sans avoir l'air de se douter, la pauvrette, qu'un millier de spectateurs assistent à cette toilette intime. Le bon public moscovite continue néanmoins à ne pas se scandaliser, et il recommence de plus belle à crier bis, M. le grand-maître de police, gardien des mœurs, ne s'y oppose pas et du fond de sa stalle il semble dire même : AU right ! Nous sommes pourtant bien en carême, sans compter qu'il 7 a une censure à Moscou, et une censure des moins accommodantes, car elle ne permet point de jouer Guillaume Tell y par exemple, autrement que sous le pseudonyme de Charles le Téméraire. A quoi songe donc M. le grand -maître de police ? à quoi rêve la censure ? Après cela, ces dames, avec ou sans bas, me paraissent d'une laideur rassurante pour les mœurs, et l'exhibition de leurs tibias peut à la rigueur se concilier avec le carême. C'est maigre !

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