‹ Lettres sur la RussieChapitre 26 sur 156 · IV. — SÉJOUR A MOSCOU · texte numérisé non relu

IV. — SÉJOUR A MOSCOU

bravos des loges et à faire la joie du paradis. Les gess économes — il y en a, même en Russie, — se plaignaient à la vérité de l'élévation du prix des places. Peut-être, en effet, les grands artistes abusenir-ils un peu du monopole naturel que la Providence leur a départi. Mais chaque chose n'a-t-elle pas son prix f Le vin de Suresnes se vend 60 centimes la bouteille. Le Clos-Vougeot se paie 12 ou 15 francs. Vieuxtemps, c'est du Gios- Vougeot. — Préférez-vous le club au spectacle, voici le Cluh des marcham,ds, où il n'y a guère de marchands, et le Cluh anglais où il n'y a point d'Anglais, avec leurs innombrables pièces en enfilade . On y fume et on y joue. On me montre, au club anglais, la Chambre infernale où le whist sévissait naguère avec fureur. On se modère aujourd'hui, non peut-être parce qu'on est devenu plus sage, mais parce que les grandes fortunes nobiliaires deviennent rares, et la Chambre des enfants^ où l'on joue petit jeu, est, grâce au ciel, plus fréquentée que la Chambre infernale. Le droit sur les cartes est demeuré toutefois le principal revenu des clubs. Ne nous y arrêtons pas davantage et allons achever la soirée dans un des nombreux salons que l'hospitalité russe rend si aisément accessibles aux étrangers. On danse beaucoup en hiver, on se repose en carême et la causerie autour d'une table à thé remplace la danse. Le samovar en cuivre ou en argent est entouré de corbeilles de gâteaux, de vases de confitures exquises, de boîtes de bonbons et de paquets de cigarettes.

Les hommes fument avec énergie, les dames se passent activement les bottes de bonbons et la conTersation ne languit pas. De quoi cause-t-on? de politique, de littérature, de beaux-arts, d'économie rurale et même d'économie politique. Les dames, pour la plupart élevées par des gouvernantes étrangères, et surtout par des gouvernantes suisses, qui sont les plus recbercbées, ont reçn une instruction solide et variée. Comme elles possèdent, en outre, infiniment de bon sens et de tact, elles laissent voir ce qu'elles savent sans le montrer. La grande préoccupation du jour, c'est la fondation d'une Société pour la propagation des connaissances utiles. Le peuple lit peu en Russie, par l'excellente raison que la masse ne sait pas lire ; et comme la demande des livres à la portée du peuple est faible, l'offre est insuffisante au double point de vue de la quantité et de la qualité. 11 s'agirait donc de multiplier et

d'améli l'associ ble ini

iorer les lectures populaires. Tel est le but de iation dont les dames de Moscou ont pris la louatiative et pour laquelle je leur souhaite bon

J'ai à peine besoin d'ajouter que la liberté d'opinions la plus entière règne dans les salons de Moscou. On ose tout dire, et on dit tout, quoique avec mesure et convenance. On se plaint volontiers de la lenteur des réformes, et l'on n'est pas précisément disposé à l'indulgence pour la bureaucratie de Pétersbourg; bref, si l'on ~«st patient, ce n'est pas sans montrer quelque impa-

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