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V. — SÉJOUR A MOSCOU

couronne de Pierre le Grand, par exemple, si j'en crois mon fidèle handbook Murray^ étincelle de 847 diamants ; celle de Catherine II en compte 2,536, faisant cortège à un énorme rubis ; les trônes sont en ivoire ou en métaux précieux constellés de pierreries.

Le trône de Pierre le Grand est en argent massif; celui de Boris GodounofF, qui a établi le servage en Russie, est formé de lames d'or ornées de 2,760 turquoises et autres pierres précieuses. Il y en a 8,824 sur le trône de Michel RomanoflF, fondateur de la dynastie» Quant aux perles, on pourrait les mesurer au boisseap. Les costumes des tzars n'étaient de même qu'un ruissellement de pierreries sur un fond d'or. Aux lumières, ces potentats plus asiatiques qu'européens devaient avoir un faux air de soleils. N'oublions pas toutefois, comme une circonstance atténuante, qu'en ce tempslà on n'avait pas encore inventé le 5 0/0, et que souverains ou sujets n'avaient d'autre ressource pour consolider leurs épargnes que de les transformer en . métal frappé ou ouvragé, en bijoux et en pierreries. C'était l'enfance de l'art. Voici d'autres souvenirs qui attirent davantage nos regards s'ils les éblouissent moins : les grosses bottes de Pierre le Grand, des bottes de géant, sa canne, — un nerf de bœuf gigantesque et civilisateur, — la chaise à porteurs, du fond de laquelle Charles XII malade perdait la bataille de Pultava, les drapeaux déchirés et noircis de poudre de la Hongrie et de la Pologne, la constitution polonaise de

1831, scellée dans un coffret au pied du portrait de l'empereur Nicolas. Triste dépouille ! Plus loin, c'est une statue en marbre blanc de Tempereur Napoléon I*"", travesti en César romain. Enfin^ dans la cgllection des armes anciennes, on me montre des fusils et des pistolets-revolvers qui datent du xvu" siècle. Rien de nouveau sous le soleil, n'en déplaise à M. le colonel Coït. Mais n'abusons pas du Trésor et entrons au Bolshoi Dvoretz (nouveau palais). C'est un superbe édifice, récemment achevé, qui n'a pas coûté moins de 40 on 50 millions de francs et qui demeure vide onze mois et demi sur douze. Laissons donc l'économie politique au vestiaire, avec notre pelisse et nos galoches, et montons le splendide escalier orné d'une colonnade en granit de Finlande, qui fait souvenir des noces de Cana de Paul Véronèse. Cet escalier aboutit à trois salles énormes et du plus grand style, puis viennent les appartements de l'empereur et de l'impératrice. Dans le cabinet de l'empereur s'étale une statuette équestre de Napoléon, — on en a mis partout ! — et cinq ou six tableaux représentant des épisodes de la campagne de 1812. L'incendie de Moscou n'a pas été oublié. — Au Bolshoi Dvoretz se trouvent enchâssés quelques restes de la demeure des anciens tzars, le Granavita Palata, vaste salle aux cintres surbaissés, de forme quadrangulaire, dont les murailles sont surchargées d'arabesques. Sur les fenêtres sont peintes les armoiries des différents gouvernements de la Russie. Dans

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