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V, — SEJOUR A MOSCOU

un angle est pratiquée une ouverture grillée, d'où les femmes, alors enfermées à la mode orientale, contemplaient, sans être vues, le spectacle des pompes de la cour. Un peu plus loin sont les terema, petits appartements sombres et étroits qui servaient de logements aux femmes et aux enfants. Nous passons à côté de la fenêtre d'oii fut précipité le faux Démétrius et non loin de la terrasse où Napoléon monta à son arrivée au Kre^mlin pour contempler la cité immense qu'il venait de conquérir et que la flamme allait bientôt lui reprendre. Napoléon traitait, comme on sait, les économistes et les philosophes d'idéologues, autrement dit, de rêveurs ou de songe-creux. Comme les économistes et les philosophes auraient beau jeu ici pour prendre leur revanche contre cet homme pratique ! — Nous sortons du Bolshoi Dvoretz pour entrer dans le Maloi Dvoretz ou le petit palais qu'habitait l'empereur Nicolas dans ses rares apparitions à Moscou. Voici le cabinet de travail du redoutable tzar, — le plus mince homme d'affaires est mieux meublé. Voici encore, à côté, sa chambre ou plutôt son cabinet à coucher. Le lit est en fer avec un simple matelas, et quel matelas ? une vraie galette recouverte d'une légère couverture à 50 cent, le mètre, sur laquelle le tzar étendait son manteau. Etait-ce insouciance du comfort ou afiectation de simplicité ? En face du lit impérial, s'étale une grosse commode ventrue, d'un goût hideux. Si le beau et le laid exercent sur l'esprit une influence quelconque, cette

laide commode doit bien certainement avoir sa part de responsabilité dans les malheurs de la Pologne.

Mais je demande grâce à mon infatigable et obligeant cicérone M. D., et je lui déclare que j'ai assez vu de musées et de palais, mes facultés de consommation étant généralement fort limitées à Tendroit des monuments. Nous quittons donc le Kremlin, et nous allons visiter l'hospice des enfants trouvés, un énorme et fastueux édifice bâti par Catherine II, et qui sert à la fois d'hospice, de pensionnat de demoiselles et d'hôpital.

Le bâtiment principal, de forme quadrangulaire, n'a pas moins de cinq étages. La grande entrée a un aspect monumental ; mais ce n'est pas de celle-là qu'il s'agit. Vers l'un des angles, s'engouffre une allée étroite et obscure par où l'on introduit les pauvres petites créatures qui forment la clientèle pullulante de l'établissement. En moyenne, les entrées sont de 40 par jour. Ce chiffre varie selon les époques de l'année. Il diminue dans celles qui correspondent au carême et, en particulier, à la semaine sainte, car ici l'observation du carême n'est pas une plaisanterie; en revanche, il augmente aux jours qui correspondent au carnaval et aux fêtes, et Dieu sait si les fêtes abondent en Russie ! L'enfant déposé, on l'inscrit, on lui donne un nom et un numéro, on attache ce numéro à son cou et on en remet le double au déposant. Ensuite, on baptise l'enfant, s'il

a lieu, on le lave, ou l'enveloppe dans de nouveaux

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