‹ Lettres sur la RussieChapitre 32 sur 156 · V. — SÉJOUR A MOSCOU · texte numérisé non relu

V. — SÉJOUR A MOSCOU

langes et on le confie à une nourrice qui le monte aux étages supérieurs. Quelquefois, quand il y a pressOt une nourrice sert pour deux enfants. Au moment oii je visite rétablissement, par exemple, la neige ayant interrompu les communications avec le dehors, on a dû suspendre les expéditions ordinaires à la campagne. L'hospice est encombré. Il y a environ 14 ou 1,500 nourrices pour 16 ou 1,700 enfants. Ce régiment de nourrices est distribué par compagnies de 50 ou 60 dans les salles qui occupent les deux étages supérieurs. Chaque étage est divisé en deux par un couloir. D'un côté du couloir se trouvent les enfants bien portants, de l'autre les malades. La moitié des enfants sont malades. Ceux qui sont atteints de maladies contagieuses sont placés dans un quartier séparé. Toutes les salles sont ouvertes du côté du couloir.

Elles sont très vastes^ mais l'aérage laisse à désirer, Dans le couloir élevé, mais trop étroit, qui les sépare, l'air est tout imprégné de miasmes animalisés. Il ne fait pas bon de s'y arrêter. Nous entrons dans une des salles formant enfilade. On en a réuni deux pour faciliter l'aérage. A notre aspect, 120 nourrices se lèvent comme un seul homme, en se mettant au port d'armes avec leur nourrisson, et elles font un grand salut à la russe en inclinant tout d'une pièce le haut du corps. Ces nourrices sont, hélas ! étonnamment laides. Elles portent le costume national avec le kakochnik^ sorte de béret vert, rouge ou bleu. La couleur varie ici selon

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les salles. Chacune a son lit, et, à côté, un petit ber~ ceau en bois, reluisant de propreté. L*enfant est couché sur un bon matelas que l'on aperçoit à travers la toile métallique qui forme la devanture du berceau, et abrité par un rideau bien blanc. Chaque salle possède une baignoire magnifique, avec des bassins en cuivre rouge, de l'eau chaude et de l'eau froide à toute heure. Les nourrices ont de beaux appointements. On leur donne communément 4 ou 5 roubles par mois, quelquefois davantage. Cela dépend de la situation du marché aux nourrices. L'établissement se charge aussi de fournir des nourrices en ville. Comme les salaires des femmes sont très bas, c'est une profession fort avantageuse, relativement du moins. Aussi, voici ce qui arrive. Dans les campagnes qui avoisinent Moscou, — personne n'ignore que les campagnes sont le séjour de l'innocence, — il y a des villages entiers dont c'est la spécialité de fournir des nourrices. Les adolescentes simples et naïves qui entrent dans cette carrière, appelées par leur vocation ou sur les conseils de leur famille, déposent dans l'établissement même le premier fruit de leur industrie, après quoi elles j entrent comme nourrices. Parfois, on leur confie leur propre enfant. Elles l'einportent ensuite à la campagne, sans oublier les mois de nourrice. Au bout du temps requis par les conditions naturelles de leur profession, elles recommencent à nouveaux frais... pour l'établissement, et ainsi de suite. C'est un état passablement lucratif et

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