‹ Lettres sur la RussieChapitre 33 sur 156 · V. — SEJOUR A MOSCOU · texte numérisé non relu

V. — SEJOUR A MOSCOU

un cercle essentiellement vicieux. Ne nous hâtons pas trop cependant de jeter la pierre aux paysannes moscovites. Je connais, pour ma part, tel village des environs de Bruxelles, dont les fillettes non moins simples et naïves exercent précisément la même profession, si mal à propos oubliée dans le Guide pour le choix d*v/i% état.

Excepté dans les cas de maladies graves, les enfants ne séjournent pas plus de sept ou huit semaines dans l'hospice. Malgré la belle organisation des services, et en particulier du service niédical, dont le personnel se compose de dix-huit médecins sous la direction intelligente et bienveillante de M. le docteur Blumenthal, la mortalité est eflPrayante. Depuis vingt ans, elle n'est pas tombée au-dessous de 16 pour cent, et elle s'est élevée jusqu'à 32 pour cent en 1858. Mais il ne faut pas oublier que les enfants abandonnés sont généralement d'une constitution débile, et d'ailleurs quelle organisation, si parfaite qu'elle fût, pourrait remédier aux inconvénients d'un pareil entassement de chair humaine? Trop souvent, ces enfants issus de parents malsains portent en eux des germes morbides. Quelques-uns, en petit nombre à la vérité, 1 1|4 pour cent, sont atteints de maladies syphilitiques. On avait voulu d'abord les élever au biberon pour éviter que la contagion n'atteignît leurs nourrices; mais jusqu'à présent tous les essais qu'on a faits du biberon ont échoué. Il a fallu y renoncer pour les enfants sains aussi bien que

pour les malades. On s'est tiré d'embarras par un expédient ingénieux. On confie les enfants syphilitiques à des nourrices atteintes du même mal, et l'on guérit ensemble nourrice et nourrisson. Les enfants sont vaccinés avant leur sortie de l'établissement, et c'est également à l'hospice que viennent se faire vacciner la plupart des enfants de la ville. La vaccination est gratuite.

Les enfants sortent de l'hospice pour être mis en pension dans les campagnes, à raison de 2 roubles 40 copecks (9 fr. environ) par mois, pendant les trois premières années. C'est mieux qu'en France et en Belgique. En France, par exemple, on ne paye que 4 fr. Aussi n'ai-je jamais oublié cette réponse naïvement réaliste que faisait une paysanne des environs de Paris à un inspecteur général des établissements de bienfaisance qui lui demandait pourquoi elle n'élevait plus d'enfants-trouvés. — « Que voulez-vous, disait la bonne femme, le prix est trop bas ; nous avons plus de profit à élever des cochons. > — Au bout de trois ans, le prix de la pension diminue d'une manière progressive. Ce n'en est pas moins une lourde charge pour l'établissement, qui est obligé de pourvoir à l'entretien de 25 à 30,000 enfants ainsi placés dans les campagnes. Des abus ne peuvent manquer non plus de se produire dans une administration si vaste. Un enfant meurt de maladie ou autrement. La nourrice se garde de déclarer son décès ; elle lui substitue son propre

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