V. — SEJOUR A MOSCOU
enfant ou l'enfant d'une voisine, et elle continue à tou* cher la pension. Il y a bien, à la vérité, un inspecteur chargé de la surveillance de chaque district d'enfantstrouvés ; mais les districts sont immenses, et la corruption n'est pas impossible. A leur majorité, les enfants-^ trouvés sont colonisés comme paysans de la couronne, ou bien ils deviennent artisans ou domestiques. Les ûlles, qui sont les plus nombreuses (on dépose, en effet, 1,000 filles sur 8 à 900 garçons, quoique la proportion des naissances soit à Moscou de 1,048 garçons sur 1,000 filles), forment une pépinière de servantes. Toutes les filles de service de rétablissement sont des enfants-trouvés.
Nous descendons aux cuisines, qui sont monumentales, et ce qui vaut mieux encore, propres. Le tchi national fait le fond de la nourriture. On le manufacture à la vapeur. Les nourrices viennent dîner au réfectoire par bataillons de 200. Elles s'asseyent par quatre autour d'une écuelle qui contient le tchi. Le reste du dîner se compose de gâteaux de gruau et de pain noir, arrosés de kwass ou de petite bière. Tout cela est grossier, mais substantiel et sain. Les batàillonô se succèdent avec rapidité, et au bout d'une heure le régiment entier a dîné. Mais il faut voir comme on fait queue autour des immenses marmites, avec quelle vélocité les écuelles s'emplissent, avec quelle vélocité elles se vident. A la vapeur !
Nous parcourons les deux étages inférieurs, guidés
par l'aimable et intelligent directeur, M. Drachussoff. Huit cents jeunes filles, pour la plupart orphelines d'employés pauvres, sont élevées là pour être institutrices (qu'elles en aient ou non la vocation, ceci n'est qu'un détail). Elles sont en train de dîner dans l'immense réfectoire. Leur costume se compose d'une robe verte, avec un tablier et un bavolet blancs : bien peu sont jolies. Je dirais volontiers: tant mieux! si les nourrices de là-haut n'étaient pas si laides. Nous visitons encore la chapelle, dont les boiseries dorées sont d'un travail exquis, et nous nous dirigeons vers une vaste galerie de près d'une verste de longueur servant d'hôpital de la maternité. En passant, nous côtoyons la salle où l'on dépose les enfants morts. Il en sort, hélas l en moins de deux mois de séjour, plus d'un quart par cette issue funèbre. L'hôpital est admirablement tenu. Les salles spacieuses et bien emménagées ne contiennent chacune qu'une demi-douzaine de lits. Il y a une école d'accouchement pour les sages-femmes.
La population totale de l'établissement des enfantstrouvés, avec ses dépendances, s'élève à 4 ou 5,000 individus, enfants compris, et la dépense annuelle est d'environ un million de roubles. Les lombards -ou banques de la couronne y pourvoyaient naguère, mais ces banques sont maintenant en liquidation, en sorte que les frais des établissements qu'elles alimentaient retombent directement à la charge de l'Etat. Ce n'est . qu'à moitié rassurant pour leur avenir. Cependant la