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V. — SÉJOUR A MOSCOU

dépense croît d'année en année, et nous touchons ici au vice organique de la philanthropie officielle.

Bans les années qui ont suivi la fondation de Thospice des enfants-trouvés, en 1764, le nombre des enfants déposés annuellement ne dépassait pas 1 ,000 ; en 1855, il a atteint le chiffre de 10,993, et en 1859, il s'est élevé à 14,229. Le jour ne tardera pas à venir, — il est même déjà venu, — oii les ressources allouées à l'entretien de ce rebut croissant de la génération ne lui suffiront plus.. Ce mal n'est point du reste particulier à l'hospice des enfants-trouvés de Moscou. Partout, la charité publique agit comme une prime d'encouragement allouée à l'imprévoyance et au vice; partout elle finit par demeurer impuissante en présence des maux qu'elle a contribué à multiplier, et qui la débordent. Recherchons cependant quelles sont ici les sources du mal. Les enfants abandonnés proviennent, pour le plus grand nombre, de la population ouvrière flottante qui alimente pendant une partie de l'année les fabriques de Moscou et des environs. Ces ouvriers miagriculteurg, mi -industriels, passent l'hiver à Moscou

et retournent chez eux au printemps. Mais dans l'in-

tervalle, ils n'ont pas vécu en cénobites, et ils rejettent volontiers sur l'hospice des enfants-trouvés les conséquences de leurs mariages de la njain gauche. Ajoutez à cela les soldats, auxquels le mariage est interdit, les ménages pauvres, qui s'habituent à compter sur l'hospice, surtout dans les mauvaises années, le chemin de

fer de Nicolas, qui a étendu jusqu'à 3 ou 400 verstes le rayon de la clientèle foraine de rétablissement, enfin le développement naturel et progressif de l'industrie des nourrices, et vous vous expliquerez aisément l'augmentation alarmante du chiffre des entrées.

Maintenant, à quel remède convient-il de recourir pour arrêter cette affluence qu'une charité plus fastueuse qu'intelligente a trop encouragée? Faut-il déclarer une bonne fois que l'Etat n'est point une nourrice omnibus qui soit obligée de tendre gratis ses

mamelles à tout venant? Faut-il, en conséquence, autoriser l'administration des enfants-trouvés à restreindre les facilités accordées aux admissions, et notamment à ne recevoir de nouveaux candidats-nourrissons qu'après une enquête? Sans aucun doute, et l'on sera tôt ou tard obligé d'en venir là. Mais cela ne suffit point, et le mal auquel il s'agit de porter remède exige à la fois l'intervention d'une justice plus exacte et d'une charité mieux entendue. D'une justice plus exacte d'abord. Si l'Etat n'a point à se charger de l'élève gratuite des enfants qu'il plaît à l'imprévoyance de créer, à la perversion de l'instinct et du cœur d'abandonner, il'est tenu de veiller à ce que les enfants soient élevés, à ce que nul ne s'exonère, soit par le crime, soit par l'abandon ou la négligence, des obligations naturelles qui lui incombent envers les êtres auxquels il a donné le jour. L'Etat doit définir ces obligations, en répartir le fardeau d'une manière égale sur qui de droit, sans en

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