‹ Lettres sur la RussieChapitre 37 sur 156 · V. — SÉJOUR A MOSCOU · texte numérisé non relu

V. — SÉJOUR A MOSCOU

la gestion de l'hospice des enfants-trouvés, moyennant un prix d'entretien à déterminer par tête d'enfant ? Ce prix, il se chargerait bien entendu de le payer jusqu'à ce que la charité des particuliers vînt se substituer à la sienne, sauf toujours à poursuivre contre qui de droit le remboursement de ses avances. Les enfants abandonnés n'y perdraient rien, les finances de l'Etat s'en trouveraient mieux et le goufire de l'imprévoyance en matière de population, qui va aujourd'hui s'élargissant, se comblerait peu à peu...

Mais me voici encore une fois en récidive d'utopies économiques. Sortons vite de l'établissement des enfants-trouvés, prenons un droschki et allons-nous-en à l'autre bout de Moscou visiter l'école des arts et métiers. Jetons un coup d'œil, en passant, sur la maison Romanoflf, petit berceau d'une grande dynastie. On est en train de la rebâtir sur des dessins que j'aime à croire originaux. Des poêles en mosaïque de faïence dans le goût oriental sont le plus bel ornement de l'intérieur. On copie maintenant con amore les vieilles cheminées flamandes et italiennes. On copiera un jour les vieux poêles russes. L'école des arts et métiers, vaste bâtiment à colonnes de couleur chocolat, est une dépendance de l'hospice des enfants-trouvés. Trois cents enfants environ y reçoivent l'instruction professionnelle. Sur ce nombre* la moitié se recrute dans l'hospice. L'autre moitié se compose de fils d'employés ou d'artisans. La plupart sont reçus gratis. Une cinquantaine

toutefois paient une pension de 70 roubles par an. On les reçoit à Tâge de 11 à 12 ans dans rétablissement et ils en sortent à 20 ans. Pendant les trois premières années, ils suivent des cours préparatoires, puis viennent trois années d'études générales comprenant la mécanique, la physique, la chimie, le dessin, etc. ; enfin deux dernières années d'études spéciales de l'art du constructeur, du mécanicien ou du chimiste, selon la carrière à laquelle ils se vouent. A ces études qui occupent quatre heures et demie par jour (de 9 h. du matin à 1 h. 1/2), vient se joindre le travail manuel de 2 heures à 7 heures du soir. Total 9 h. de travail intellectuel et matériel par jour. C'est beaucoup, et il me semble que 4 heures de travail manuel suffiraient amplement si j'en juge par les figures jaunes et fatiguées de ces pauvres enfants. Cependant la durée du travail a déjà été réduite par l'habile et laborieux directeur de l'établissement, M. Erschoff, mais il faudrait la réduire encore. Dans les premiers temps, on occupe les enfants au tour et aux ateliers de menuiserie; ils passent ensuite dans les ateliers de construction, à la forge, à la fonderie ou dans le laboratoire de chimie. L'établissement possède une machine à vapeur de 25 chevaux et il fait tout ce qui concerne la fabrication des machines, excepté la chaudronnerie. Il n'y a pas d'autres ouvriers que les élèves. Je suis incompétent pour apprécier la bonté des machines, mais elles me paraissent solidement construites et bien finies. L'outillage vient d'Angleterre,

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