Y. — SEJOUR A MOSCOU
Russie, et Moscou est la ville sainte de la sainte Russie.
Il y a bien certainement 4 ou 500 églises à Moscou, de toutes les époques, de tous les styles et de toutes les couleurs. La plus ancienne est celle du Christ dans la forêt, dans la cour du nouveau palais, qui ressemble à une crypte et qui date du xu" siècle. La plus moderne est la cathédrale, qui n'est pas achevée, quoiqu'elle ait déjà coûté huit millions de roubles et dont le superbe dôme doré sert de point de repère aux étrangers égarés dans les labyrinthes àe^ pereouloks de Moscou. Cette cathédrale est ornée de bas-reliefs qui mériteraient à eux seuls un pèlerinage artistique à Moscou» Ils sont placés à l'extérieur, car la sculpture est bannie de l'intérieur des églises du rite grec, et ils représentent, sur une échelle grandiose, des scènes de la Bible et de l'histoire de Russie, David et Goliath, le couronnement de Salomon, Pojarski et Minine, Dimitri Donskoï, etc. Au-dessus des péristyles de l'Orient et de l'Occident, l'artiste a sculpté dans des proportions colossales les têtes du Christ et de la Vierge. C'est d'un sentiment religieux profondément vrai et d'une étonnante vigueur d'exécution. L'auteur,
AJexandre Loganowski, mort récemment 'dans la force de l'âge, était tout simplement un grand artiste. La plus originale des églises de Moscou, c'est la cathédrale de Saint-Basile, Wasili Blagennoï, bâtie par Ivan le Terrible sur la place Rouge, au pied du Kremlin, et
qui ressemble à un plant d'artichauts. Les églises russes ont, comme on le sait, la forme d'une croix grecque ; elles sont surmontées d'un ou de plusieurs dômes peints de couleurs vives et plus souvent dorés, avec toute une escorte de clochetons qui sont comme des dômes en boutons. Les toits sont verts, les murailles jaunes, rouges, bleues,, violettes. Il y en a qui sont revêtues de pied en cap d'une éclatante couche d'indigo. L'intérieur est tapissé d'images sur fond d'or. Elles sont partagées en deux par une cloison. La partie réservée aux prêtres porte le nom d'iconostase ; elle communique avec l'autre au moyen de plusieurs portes, dont la principale ne s'ouvre qu'à certains moments du service divin. Le pope seul a le droit d'y passer. Chaque église contient encore une foule de chapelles remplies d'images et de reliques. Enfin, plusieurs églises ont deux étages : l'un, que l'on chauffe, est consacré au service d'hiver ; l'autre, que l'on ne chauffe point, est consacré au service d'été. Les popes sont revêtus de costumes et d'ornements sacerdotaux qui différent peu de ceux du culte catholique. Seulement ils portent de longues barbes et des cheveux longs tombant sur les épaules. Il n'y a dans les églises ni bancs ni chaises. Les deux sexes sont séparés ; mais l'imparfaite civilisation de ce pays n'admet aucune distinction de rangs dans la maison de Dieu. Le serf y coudoie son seignetir et le pauvre y va de pair avec le millionnaire. Absolument comme si les une