SAINT NICOLAS, SAINT ELIK ET LE PAYSAN
Il y a bien longtemps, vivait un paysan. Il fêtait toujours dévotement la Saint-Nicolas, mais il se permettait quelquefois de travailler le jour de Saint-Elie. Il récitait des litanies à saint Nicolas, il lui offrait des cierges, tandis qu'il ne paraissait pas songer beaucoup à l'autre bienheureux. Un jour, les deux saints traversèrent son champ, de compagnie. Chemin faisant, ils examinaient les jeunes pousses de blé, si belles, si belles que l'âme en était ravie. — Voilà qui promet une magnifique récolte, dit saint Nicolas, et vraiment le paysan est brave, honnête et religieux, adorant Dieu et révérant ses saints. C'est une aubaine qui revient bien à un si bon sujet. ^ Hum ! répandit saint Elle, c'est à savoir. Nous verrons ce qu'il récoltera. Quand j'aurai envoyé la foudre et la grêle ravager le champ de ton paysan, il apprendra peut-être à observer la Saint- Elie. — Là dessus ils se chamaillèrent un peu, puis ô'en allèrent chacun de son côté. Saint Nicolas se hâta d'aller trouver le paysan. — Dépêche-toi, lui dit-il, de vendre ta récolte sur pied au pope de la paroisse de saint Elie. Sinon, tu n'en auras rien, car tout sera détruit par la foudre et la grêle, — Le paysan courut aussitôt chez le pope. — Voulez-vous, lui dit-il, acheter ma récolte sur pied ? J'ai un pressant besoin d'argent j ayant un paiement à faire. Achetez-la, mon père,
achetez-la, et vous ferez une bonne affaire. — Ils débattirent le prix et conclurent le marché. Le paysan prit l'argent et retourna chez lui. Peu après, un nuage orageux couvrit le ciel, une averse de pluie et de grêle s'abattit sur le champ, et tout le blé fut coupé comme par le tranchant d'un couteau sans qu'il restât debout une seule paille. Le lendemain arrivent de nouveau saint Nicolas et saint Elle. — Regarde, dit Elie, comme j'ai arrangé le champ du paysan. — Du paysan ! non, frère. Tu ne l'as pas mal arrangé, c'est vrai ; mais c'est le champ du pope, et non le champ du paysan. — Comment? du pope ! — Mais oui, il y a une semaine que le paysan a vendu sa récolte au pope de la paroisse de saint Elie et qu'il a reçu, en échange, de bon argent comptant. Pauvre pope, voilà son argent perdu î —
Oh U oh 1 grommela saint Elie, puisque c'est comme cela, je vais remettre le champ en état. La récolte deviendra deux fois plus belle qu'auparavant. — Ils causèrent encore un peu, puis ils se séparèrent. Saint Nicolas retourna vite chez le paysan. — Va-t'en chez le pope, lui dit-il, et rachète la récolte de ton champ. Crois-moi, tu y trouveras ton profit. Le paysan s'en va chez le pope, le salue et lui dit : — Hélas ! mon révérend père, le bon Dieu t'a envoyé une calamité bien cruelle. Tout le champ a été battu par la grêle comme une aire de grange. Veux-tu que nous partagions le dégât entre nous ? Je reprendrai mon champ et je te rendrai la moitié de ton argent. — Le pope se montra