VI. — LA RELIGION EN RUSSIE
court-on pas le risque de s*envaser dans une eau stagnante ? Pour parler sans métaphore, les excès du fanatisme ne me paraissent guère à redouter en Russie. Grâce au ciel, en cette matière comme en bien d'autres, la législation est en retard sur les mœurs. Nulle part je n'ai vu régner une tolérance plus générale. Orthodoxes, raskolniks, catholiques, protestants, juifs même, vivent côte à côte en bonne intelligence, quoi qu'on ait pu faire pour les rendre ennemis. Les juifs seuls sont encore, dans quelques parties de l'empire, l'objet d'une certaine répulsion. Néanmoins, ce mauvais sentiment va s'effaçant tous les jours. La législation commence aussi à se montrer plus humaine à l'égard de cette race persécutée. Sous Nicolas, on enlevait à chaque famille juive un enfant mâle sur deux. L'enfant enlevé était envoyé dans un établissement militaire oii l'on en faisait à la fois un soldat et un chrétiep plus ou moins orthodoxe. Sa famille ne le revoyait jamais. C'était un enfant perdu.. Aussi les juifs faisaient-ils à tout prix, et malgré tous les risques, passer leurs enfants à l'étranger. Souvent ces malheureux réfractaires avant l'âge périssaient de faim et de froid sur les routes. Depuis l'avènement de l'empereur Alexandre II, le gouvernement a renoncé à cette pratique abominable. Les fonctions officielles sont encore interdites aux juifs, mais la carrière médicale leur est ouverte, et les étudiants Israélites sont tolérés dans les villes de Moscou et de Kiev. Aucun juif ne peut toutefois s'établir à demeure dans ces deux
une transition. Après j avoir bien rêvé, notre bureaucrate crut avoir trouvé son affaire, et il adressa au gouvernement un long mémoire dans lequel il démontrait la nécessité d'amener graduellement les païens au christianisme, en les convertissant d'abord... au mahométisme. La solution n'était-elle pas aussi neuve que jolie, et n'attestait-elle pas une fois de plus la confiance naïve de la bureaucratie dans son aptitude innée à résoudre toutes sortes de questions, jusques et y compris les questions religieuses ?