VIIL - DE SAINT-PETERSBOURG A ODESSA
Quoi qu'il en soit, Saint-Pétersbourg est avant tout une ville de gouvernement. Sa grande industrie, c'est la bureaucratie. Sur 6,000 maisons qu'elle renferme, 1,500 sont des propriétés de l'Etat, et comme ce sont les plus grandes, on estime que le tiers de la ville appartient au gouvernement. Supposons que la centra^ lisation soit obligée un jour de céder la place au self government, — et ce jour^là n'est peut-être pas éloigné, — que deviendra Saint-Pétersbourg? Cependant, gardons-nous de faire des pronostics funèbres : située à l'embouchure d'un fleuve magnifique, en communication avec les diverses parties dé l'empire par un vaste système de routes, de canaux, de rivières et de lacs, Saint-Pétersbourg, avec Cronstadt pour avant-port, restera toujours un excellent emplacement industriel et commercial. En admettant que la bureaucratie vînt à disparaître, on verrait, selon toute apparence, s'établir et se développer à sa place des branches de travail d'une productivité moins contestable.
Si Pétersbourg n'a point le désordre et le laisseraller pittoresque de Moscou, en revanche il possède la majesté des grandes lignes et des masses architecturaies. Remontons, si vous voulez, par une belle soirée d'avril, le quai en granit rouge de la Neva. L'immense fleuve charrie d'énormes glaçons, qui proviennent de la débâcle du lac Ladoga, et qui vont se briser un peu plus bas contre les arches à arêtes aiguës du pont de
Nicolas, le seul pont en pierre que possède Saint-Pé-
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tersbourg, — en faisant le bonheur de quelques centaines de badauds, dignes frères jumeaux des flâneurs de Paris et des cokneys de Londres. Le long des quais, les lanternes à gaz forment une double guirlande d'étoiles d'au moins une lieue de longueur. Sur la rive droite de la Neva, dans l'île de Wasili Ostroff, nous apercevons une file interminable d'édifices à colonnes, d'un style plus ou moins grec ou romain : c*est le palaiis des Beaux-Arts, l'Université, le corps des Cadets et que sais-je encore; plus loin, c'est la forteresse redoutée de Saint-Pierre et Saint-Paul, sur laquelle on pourrait aujourd'hui, grâce à la bonté réparatrice de l'empereur Alexandre II, poser cet.écriteau : Prison politique à louer. Dans les caves de la forteresse sont 4éposés les métaux précieux qui servent de garantie à la circulation des billets de crédit. Hélas ! pourquoi faut-il qu'on puisse ajouter : Cave à louer! Sur la rive gauche du fleuve, se détache la masse imposante de la cathédrale d'Isaac,avec ses énormes colonnes de granit roUge d'un seul bloc et son dôme doré sous lequel se logerait S l'aise le dôme des Invalides; en face, c'est le bâtiment de l'Amirauté, avec sa flèche aiguë, vers laquelle viennent converger les trois perspectives, qui sont les grandes artères de Pétersbourg, et dont la perspective Newski est la principale ; puis, à côté de l'Amirauté, vient le palais d'Hiver, puis l'Ermitage, un Palais-Musée, puis..* mais nous n'écrivons pas un Guide du voyageur. Reposons-nous un instant au pied de la statue équestre de