VIII. — DE SAINT-PETERSBOURG A ODESSA
D'après le dernier catalogue, on n'y compte pas moins de 840,853 volumes imprimés, 26,045 manuscrits et 66,162 estampes. Toute une salle est remplie des ouvrages écrits à l'étranger sur la Russie. Elle ne renferme pas moins de 29,000 volumes. Allez donc écrire le 29,001°"' ! La bibliothèque impériale de Saint- Pétersbourg est particulièrement riche en documents, relatifs à l'histoire de France. Ces documents, papiers d'Etat, correspondances diplomatiques, etc., ont été achetés au poids du papier pendant la débâcle révolutionnaire de 1793. Les manuscrits rares et les autographes sont rangés en bel ordre dans une magnifique salle du rez-de-chaussée. Parmi les autographes, le plus curieux, c'est sans contredit un modèle d'écriture copié de la main de Louis XIV enfant. En voici le texte : Uhommage est deu aux roys : ils font ce qu'il leur plaît. Le grand roi n*a-t-il pas joliment profité de ses leçons d'écriture ?
Malheureusement je n'ai guère le loisir de faire connaissance avec les trésors de la bibliothèque impériale» Le moment est venu pour moi de quitter Saint- Pétersbourg. La navigation s'ouvre dans les premiers jours de mai; mais les premiers bateaux sont retenus trois semaines d'avance. — Vous autres, me disait spirituellement un Russe, vous avez le mal du pays. Nous avons, nous, le mal de l'étranger, --r Je me décide alors à prendre le chemin du bonhomme La Fontaine
allant à l'Académie et à revenir par la mer Noire et la
Méditerranée, au lieu d'attendre mon tour sur les steamers de la Baltique. Mais, auparavant, je profite d'une autorisation que le département de la guerre a eu l'obligeance de m'accorder pour aller visiter la forteresse de Cronstadt. Je pars, dans une belle matinée de mai, en compagnie d'un spirituel Péter sbourgeois qui s'est bien gardé d'avoir vu Cronstadt. Nous prenons, à raison de 60 copecks par personne, nos places sur un petit bateau à vapeur qui chauffe au dessous du pont de Nicolas. Nous descendons la Neva pendant un quart d'heure et nous entrons dans le golfe de Finlande, en laissant à droite la demi-douzaine d'îles que forme la Neva à son embouchure. Wasili Ostroff, la plus grande, est le quartier latin de Saint-Pétersbourg. Yelaguine, Krestoffskoï et Kamennoï en sont les lieux de plaisance, tout remplis de villas, grandes et petites, de bals Mabille et de Château-Rouge. Une végétation plantureuse s'y improvise comme une décoration d'opéra dans les premiers jours du printemps; au mois de juillet, les ardeurs poussiéreuses d'un été court, mais torride, l'ont déjà fanée, puis vient le bonhomme hiver qui met à la place son décor monotone de glace et de neige.
La vue porte facilement jusqu'aux deux rives plates du golfe. Nous naviguons dans un chenal indiqué des deux côtés par de longues perches verticales, ayant une pierre pour ancre et servant de bouées. Le reste du golfe est tout bosselé de bas-fonds. Au bout d'une demi-