‹ Lettres sur la RussieChapitre 57 sur 156 · VIII. -~ DE SAINT-PÉTERSBOURG A ODESSA · texte numérisé non relu

VIII. -~ DE SAINT-PÉTERSBOURG A ODESSA

heure, deux ou trois hautes chemfnées et une forêt de mâts commencent à surgir du milieu des eaux. C'est Gronstadt. Nous arrivons, après une traversée d'une heure un quart. Nous nous rendons chez Tamiral commandant, et nous sommes confiés à un jeune officier, qui accepte de bonne grâce cette corvée. Nous laissons de côté la ville dont les 40,000 habitants sont logés sur des îlots presqu'à fleur du golfe, et nous allons visiter les forts et les établissements maritimes. Tout le monde en a vu les plans, étalés à profusion pendant la guerre d'Orient. Gronstadt occupe à peu prés le milieu des deux rives. La passe du nord, qui est la plus large, est rendue impraticable par les bas-fonds ; celle du sud ne renferme qu'un passage de la largeur de la Seine, où il y ait une profondeur suffisante pour les grands navires. Encore faut-il qu'ils en tiennent le milieu. Du côté de la ville, cette passe est défendue par le fort Mentchikoff, et l'autre par le fort de Gronslott bâti sur un îlot. On y avait embossé par surcroît de précaution deux vaisseaux de ligne, à l'époque du blocus. Plus loin, en avant, nous apercevons encore quatre forts, un au sud et trois au nord, bâtis sur des bas-fonds, à gt*and renfort de pilotis. Celui qui ouvre la marche du côté de la mer est encore en construction. Nous visitons le fort Mentchikoff qui se compose simplement de trois batteries de 12 ou 15 pièces de canon de gros calibre, superposées derrière une muraille de granit rouge de huit pieds d'épaisseur. Les autres forts sont à peu prés dans

le même style. Ce granit rouge de Finlande, qui a l'éclat du marbre quand on se donne la peine de le polir, est d'une dureté telle que le boulet n'y peut mordre. On en a fait l'épreuve, un jour, en prenant pour cible le fort de Cronslott. Cronslott n'en a pas plus gardé les traces que si les boulets eussent été en papier mâché. Est-ce à dire que Cronstadt soit imprenable, ou qu'on ne puisse en forcer les passes ? Je ne sais. Huret défiait Fichet d'ouvrir ses serrures, tout en se vantant de crocheter en un tour de main les serrures de Fichet. Fichet ripostait en proposant de se laisser enfermer par Huret^ si Huret consentait à s'exposer aux horreurs d'un emprisonnement perpétuel derrière une serrure de Fichet.

Le galant amiral Napier, qui ne se vantait pas moins que Huret et Fichet combinés, est demeuré, comme nul ne l'ignore, assez penaud devant cette serrure de granit de la capitale des tzars. Pourtant, on assure que les forts de Cronstadt étaient à peine armés et qu'il aurait suffi de pousser la porte pour l'ouvrir. Le galant amiral eut peur apparemment de laisser ses doigts dans la serrure ; il se contenta de regarder par le trou, et voilà pourquoi on ne sait pas si Huret est plus fort que Fichet, ou si Fichet dame le pion à Huret. Le port de Cronstadt a trois bassins, deux pour la marine militaire, un pour la marine marchande, dont les gros navires ne peuvent remonter plus haut. L'un des bassins militaires est consacré aux bâtiments hors de service et il porte

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