‹ Lettres sur la RussieChapitre 59 sur 156 · VIII. — DE SAINT-PETERSBOURG A ODBSSA · texte numérisé non relu

VIII. — DE SAINT-PETERSBOURG A ODBSSA

mallês-postes. La distance est de 700 verstes environ. On la franchit en quatre jours, en voyageant jour et nuit. Le prix de la place est de 34 roubles. On passe par trois chefs-lieux de gouvernement, Toula, Orel et Koursk, situés à une distance presque égale les uns des autres. Nous partons le soir à 7 1/2 heures ; notre malle-poste, construite en Angleterre, est solide et commode; les chevaux sont aussi courageux que maigres. Ils font tinter leurs clochettes, le cocher souffle dans sa trompette et nous nous sentons cahotes d'importance : ce sont les adieux du pavé de Moscou. Nous traversons la Moscowa et 3 ou 4 verstes de faubourg, nons laissons à droite le vaste couvent de Donskoï et nous disons adieu à Timmense et pittoresque cité dont les dômes dorés étincellent sous les rayons du soleil couchant.

Les habitations ne tardent pas à devenir rares. Les ishas des paysans, construites en rondins superposés avec façades à pignon, ont l'air malpropre et délabré. H y a des toits effondrés que nul ce songe à réparer. Le fumier s'entasse dans les cours intérieures. Les clôtures sont en mauvais état, quand il y a de» clôtures. Capital rare, paysans pauvres ! A chaque distance de 20 à 25 verstes est placé un relais, où l'on stationne tantôt le temps nécessaire pour changer de chevaux, tantôt 2 ou 3 heures, pour déjeuner ou dîner. Une ordonnance, affichée en quatre langues (en français, en anglais, en allemand et en russe), dans l'intérieur de la voiture,

prescrit d'abandonner sur la route les voyageurs qui s'écarteraient du relais. Les stations sont malpropres à incommoder un porc. A 125 verstes de Moscou, nous traversons TOka, un des grands affluents du Volga. Le passage se fait dans un bac le long d'une corde tendue de l'un à l'autre bout du fleuve. On est en train de bâtir uii pont sur l'Oka. Un groupe d'ouvriers barbus enfoncent, sans se presser et en chantant du nez, des pilotis dans le fleuve. Ce chantonnement nasillard est un produit caractéristique de la grande Russie, et mon étudiant petit-russien le contrefait con amore. Nous arrivons à Toula, où se trouve la grande manufacture d'armes de la Russie. Plus de 7,000 ouvriers j sont employés. On fabrique aussi de la quincaillerie à Toula. Un petit bazar des produits de l'industrie locale est annexé à la station. Des tabatières en argent bruni brillent à l'étalage. On peut s'en procurer de fort jolies dans le prix de 10 à 20 roubles. Le village de Véliki Oustioug est le principal foyer de cette industrie ; mais la Russie ayant ajouté aux obstacles naturels qui l'éloignaient du reste de l'Europe, les obstacles artificiels du régime prohibitif, les débouchés de sa quincaillerie fine sont devenus insuffisants, et l'art de brunir l'argent commence à se perdre. Des rues larges et mal pavées, des maisons en bois à un étage avec un toit vert, des église? surmontées d'un dôme argenté, doré ou peint, des édifices officiels à colonnes, badigeonnés de jaune, des magasins oii le principe de la division du travail n'a

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