IX. — DE SAINT-PETERSBOURG A ODESSA
installé. Quand on n'est pas encombré de bagages, on peut obtenir un raffinement de comfort en se munissant d'une corde, dont le yamschik fait un hamac qu'il accroche aux rebords de la télègue. Cela s'appelle un pe^ ri-plots Quand vous voyagerez dans Tintérieur de la Russie, n'oubliez pas les peri-plots . Mais, le plus souvent, il faut se résigner, faute de place, à s'asseoir simplement sur la malle, et braver du fond de sa pelisse la gelée, la neige ou la pluie. Le yamschik se pose en équilibre sur le rebord de la caisse, et votre équipage part au grand trot ou au galop, en faisant tinter la sonnette, suspendue à Tarc-boutant gracieux qui décore le col du timonnier. Cette sonnette est réservée à la poste, et tous les véhicules muets sont tenus de se ranger à son approche. Quand le lent tchoumaki avec son attelage de bœufs n'exécute pas assez promptement cette manœuvre, le yamschik lui allonge des coups de fouet que le tchoumaki rend avec usure... à ses bœufs. Vous parcourez ainsi de 15 à 25 verstes et vous atteignez une station. Vous exhibez votre padaroshna, et si quelque personnage n'a pas fait rafle des chevaux, on vous délivre une autre télègue attelée, on transborde vos bagages, vous vous hissez sur ce nouveau véhicule et en route ! De Kharkoff à Alexandrosk nous avions 19 stations à parcourir, autrement dit, 19 déménagements à faire. Pendant l'opération, qui dure trois quarts d'heure, une heure, deux heures, parfois davantage, quand les chevaux manquent ou quand le chef de sta-
tion y met de la mauvaise volonté, on s'installe dans une salle d'attente meublée d'un canapé, de quelques chaises et d'une table. Dans un coin, il y a un livre scellé à un meuble quelconque au moyen d'un gros cachet en cire rouge, et qui est destiné à recevoir les plaintes ou les réclamations des voyageurs. A la suite de chaque plainte, une enquête se fait et les résultats en sont également consignés au livre . Quant un voyageur sait son métier, il peut donc encore se tirer d'affaires. L'essentiel, en définitive, c'est d'avoir une charpente assez solide et des muscles assez élastiques pour trouver en soi-même les ressorts qui manquent à la perecladnaia.
Nous quittons Kharkoff en cet équipage. Comme nous sommes embarrassés d'un gros bagage, il ne faut point songer aux péri-plots, et notre aménagement nous permet d'apprécier, avec connaissance de cause, combien sont louables et méritoires les efforts de la société protectrice des animaux pour améliorer le sort des veaux qu'on mène au marché. La pluie, qui nous fouette le visage en transformant la route en marais, n'embellit pas notre situation. Nous nous rabattons sur le paysage qui ne manque pas de charme. Le pays est accidenté et boisé. De gros villages sont groupés sur les collines ou allongés comme des rubans dans la plaine. Il y en a un, à peu de distance de Kharkoff, qui ne compte pas moins de 6 ou 7,000 habitants, et dont les 150^5, rangées à la file, se succèdent sur une longueur de