IX. - DE SAINT-PETERSBOURG A ODESSA
12verstes (3 lieues). Chaque village possède une ou plusieurs églises badigeonnées en blanc avec un dôme peint en vert, et, aux environs, dans nn bouquet d'arbres, on aperçoit Thabitation du propriétaire, grand bâtiment à un étage, blanc et vert comme l'église. Le bois est de moins en moins employé pour les bâtisses. Les isbas sont maintenant en clajonnage et couvertes en chaume. Nulle part, — en exceptant les rares habitations des propriétaires, — il n'y a apparence de maisons bourgeoises, — ceci pour l'excellente raison que les campagnes n'ont pas encore de bourgeoisie. A l'entrée de chaque village se dresse un poteau panaché de blanc et de noir, avec une ligne rouge au milieu, comme tous les poteaux administratifs de l'empire. Sur ce poteau se trouvent inscrits le nom du village, celui du propriétaire et le nombre des habitants. Pendant quelque temps, nous longeons des remparts de terre, qui ont été élevés autrefois pour arrêter les incursions des Tartares. Nous sommes entrés dans le gouvernement de Pultava, l'un des plus petits et des plus peuplés de la Russie, nous laissons à notre droite la route ordinaire de Kharkoff à Odessa par Kremenstchouk et le champ de bataille où vint sombrer la fortune de Charles Xn. La route que nous suivons a 60 sagènes de largeur (120 mètres), dimension réglementaire des routes impériales. Elle est tout bonnement en terre ; on s'est contenté de la découper en plein champ, au moyen de deux sillons tracés à la charrue. L'herbe y pousse et
les ornières s'y creusent, sans que Tadrainistration songe à s'y opposer. Quand le temps est bon, on y roule comme sur un tapis; en revanche, pour peu qu'il tombe de pluie, on ne se tire pas sans peine des gras sillons de la terre noire. A chaque verste, revient l'inévitable poteau blanc et noir servant de borne milliaire. Dans les steppes, de petites pyramides en brique servent encore à faire reconnaître la voie quand le sol est couvert de neige. Mais comme les matériaux de construction sont rares, les paysans et les voituriers démolissent ces pyramides pour avoir les briques, et, quand vient la neige, on se tire d'affaire comme on peut.
Par exemple, il faut avoir soin, en toute saison, de se munir de provisions, ni plus ni moins que si l'on voyageait dans 'le Sahara ou dans les Ardennes, car on ne trouve aux stations que l'eau bouillante du secourable samovar, et du pain noir gluant, dont ne voudrait pas un chien tant soit peu gentleman. Dans les stations les plus confortables, on peut se procurer des œufs ; et c'est tout I Arrivés à Constantinograd, ville de district (l'équivalent d'une sous-préfecture française) située vers la limite des gouvernements de Pultava et d'Eckaterinoslav, nous réussissons, après des démarches laborieuses, à nous faire confectionner un plat de côtelettes. Mais la chandelle est un mets raffiné auprès des côtelettes de Constantinograd, et sans nos bonnes provisions de thé, de sucre et de tabac, nous regretterions
.carême de Moscou. Bientôt cependant l'aspect étrange