X. - DE SAINT-PÉTERSBOURG A ODESSA
du boulevard d'Eckaterinoslav. Il y a un oncle du Caucase qui porte le costume pittoresque des Montagnards, une sorte de redingote de velours noir avec un jeu de tuyaux d'argent niellé sur la poitrine. Ces tuyaux sont destinés à contenir des cartouches. L'oncle du Caucase y met son tabac. On reçoit des journaux et des romans, enfin le piano ne chôme guère. Il n'y a point d'habitattion de pomeschik sans piano. C'est au point qu'un colon allemand de Schonwiese gagne largement sa vie en faisant le métier d'accordeur. Les Petits-Russiens adorent la musique et ils ont des mélodies ravissantes de grâce et de mélancolie. Le pianiste Chopin en a recueilli un bon nombre. On m'assure même que Rossini "h. emprunté à une mélodie petit-russienne la matière première du grand air du Barbier. C'est possible ! mais le maestro n'a point gâté cette matière première. On se fait beaucoup de visites de voisins, et le voisinage s'étend bien à 30 ou 40 kilomètres à la ronde. Je n'ai pas besoin d'ajouter que l'hospitalité est des plus larges. Par exemple, il ne faut pas avoir de préjugés à l'endroit du couchage. Vous venez de souper, dans la saille à manger, autour de laquelle règne un large divan. Vous passez au salon, vous causez, vous fumez, vous feuilletez un almanach de V Illustration, ou bien vous écoutez une mélodie petit-russienne, après quoi vous prenez congé de vos hôtes, avec force poignées de mains. On vous ramène dans la salle à manger transformée en dortoir. Chacun s'accommode d'un morceau
da divan, la nuit se passe, et, le lendemain matin, le dortoir redeyient salle à manger. Vous pouvez, du reste, user aussi longuement que largement de Thospitalité qui vous est donnée. Et s'il est parmi mes honorables lecteurs quelque parasite de bonne compagnie en quête de débouchés, je l'engage à partir pour la Russie, muni d'une simple lettre de recommandation ; il y fera ses frais. Il passera d'abord chez le pomeschik auquel il est recommandé, huit jours, quinze jours, un mois, au besoin. Un pomeschik des environs viendra visiter son hôte. Ce second pomeschik ne manquera de solliciter rhonneur de donner l'hospitalité. Il accordera cet honneur, après s'être fait convenablement prier. Chez ce second pomeschik, il en rencontrera un troisième qui le mènera à un quatrième et ainsi de suite. Comme il y a en Russie, d'après le dernier recensement, 24,015 pomeschiks, possesseurs de plus de cent âmes, c'est-à-dire aisés ou riches, il aura de la marge, et il pourra, sans bourse délier, car les domestiques ne sont pas encore gâtés par les pourboires, passer de pomeschik en pomeschik une vie aussi agréable que complètement inutUe à ses semblables et à lui-même. > Il s'agit maintenant de savoir au moyen de quelles ressources s'alimente cette existence mi-patriarcale, mi-civilisée. La culture des céréales et l'élève des moutons, voilà les deux grandes branches de l'économie agricole de la Russie méridionale . Le travail est fourni en partie par des serfs, en partie par des ouvriers