‹ Lettres sur la RussieChapitre 75 sur 156 · X. ^ DE SAINT-PETERSBOURG A ODESSA · texte numérisé non relu

X. ^ DE SAINT-PETERSBOURG A ODESSA

loués, provenant pour la plupart de la Grande-Russie et auxquels on paie de bons salaires. La corvée est ordinairement de trois jours par semaine, et on la fournit les lundis, mardis et mercredis. En échange, le propriétaire accorde au paysan la jouissance d'un morceau de terre qui varie en étendue selon la densité de la population. Dans le gouvernement d'Eckaterinoslav, où la terre est abondante et la population rare, le paysan obtient jusqu'à 8 ou 10 dessiatines par tête. Souvent aussi le pomeschik permet à ses paysans do joindre leurs moutons à son troupeau, ou de faucher quelque morceau de steppe, en dehors de leur lot; enfin, dans les mauvaises années, il leur vient en aide par des prêts en nature ou en argent. Jusqu'à ces derniers temps, la culture est demeurée toute primitive : du blé et des jachères, point d'engrais, — le fumier est employé comme combustible, à défaut de bois et de houille exploitée, — des charrues grossières, traînées par des bœufs ; comme véhicules, des télègues avec le même attelage. Mais, depuis quelques années, l'esprit de progrès a envahi la steppe, et on ne parle plus que de machines et d'améliorations agricoles. Il y a un dépôt de machines à Alexandrosk, où elles arrivent d'Odessa, par le Dnieper. Ce sont principalement des moissonneuses et des machines à battre anglaises ou américaines. On en fait venir aussi de Moscou. On se plaint toutefois de la cherté des machines et surtout du manque de mécaniciens et d'ateliers de réparation.

Que le moindre accident survienne à une machine, disent les propriétaires, et elle nous fait défaut au moment oii nous en avons besoin, car nous n'avons personne pour la réparer. J'avais déjà entendu les mêmes doléances à Moscou, où les protectionnistes avaient réussi même à en tirer un argument d'assez belle apparence au profit de leur -cause. — Si l'on ne protège pas l'industrie des machines, disaient-ils, nous ne réussirons jamais à l'implanter chez nous, et nous demeurerons éternellement sous la dépendance de l'étranger ■pour notre outillage, ce qui est déjà bien assez douloureux. Mais il y a pis encore ! Ces machines étrangères, nous ne pourrons continuer à nous en servir, puisque nous manquons d'ateliers et de mécaniciens pour les .réparer. Nous serons donc obligés d'en revenir à nos vieux outils et nous languirons dans la barbarie jusqu'à ce qu'une sage protection vienne nous en tirer. — Les pomeschiks petits-russiens ne manquent pas de répéter cet argument qui a l'avantage de fournir une excuse à l'indolence d'un bon nombre d'entr'eux ; mais les libreéchangistes, — et grâce au ciel ils sont nombreux dans la Russie méridionale, — ne s'en laissent pas effrayer. — C'est le manque d'ateliers et de mécaniciens qui vous empêche d'acheter des machines, répondent-ils. Comment donc se fait-il que vous n*ayez pas hésité à acheter des voitures et des pianos, quoiqu'il n'y eût dans le pays ni carrossiers ni accordeurs pour maintenir en bon état ces deux espèces de machines? Vous ne

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