‹ Lettres sur la RussieChapitre 76 sur 156 · X. — DE SAINT-PÉTERSBOURQ A ODESSA · texte numérisé non relu

X. — DE SAINT-PÉTERSBOURQ A ODESSA

vous êtes point laissé arrêter par cet obstacle et vous avez eu raison. Car, à mesure que les voitures et les pianos se multiplient, on voit se multiplier aussi les ouvriers carrossiers et les accordeurs. Faites donc venir, sans crainte^ les machines agricoles, les mécaniciens viendront d'eux-mêmes.

En effet, les mécaniciens viennent déjà comme sont venus les accordeurs de pianos, et les probibitionistes sont menacés de perdre un de leur plus beaux arguments. C'est une perte qu'ils ne répareront pas aisément.

L'élève des motitons, qui joue dans l'économie des steppes un rôle plus important encore que la culture des céréales, était jadis l'unique ressource des peuples pasteurs et nomades qui ont laissé leurs tumulus comme un lugubre et majestueux témoignage de leur séjour dans ces vastes plaines. J'ai eu l'occasion d'observer en passant cette branche d'exploitation agricole chez un grand propriétaire des environs d'Alexandrosk, qui possède 70,000 dessiatines de steppes, 3,000 paysans et 60,000 moutons. Cette armée de chevaliers de la Toison d'or est divisée en bataillons de mille têtes. Chaque bataillon est commandé par un berger, assisté de deux ou trois sous-bergers et d'une demi-douzaine de chiens de haute taille, qui se jettent sans scrupule sur les bêtes et sur les gens. Les bergers sont payés à raison de 75 roubles par an avec 2 pouds de farine par

mois. Les moutons sont des mérinos, provenant de bé-

liers achetés en Saxe, et originaires des troupeaux Negrete et Infantado, Les infantados sont les plus estimés. Le prix d'une brebis est de 3 à 4 roubles; celui d'un bélier s'élève de 10 à 30. Les brebis donnent seulement 2 ou 3 livres de laine, les béliers de 6 à 12. Quand ils rendent moins, on s'en défait. Les brebis portent pendant neuf ans. Le produit net des moutons est généralement évalué à un rouble par tête. Cependant, les estimations varient beaucoup. Voici par exemple un compte que m'a donné plus tard le prc^riétaire dont je visitais le domaine . En un an, ses frais d'exploitation s'étaient élevés à 63,000 roubles ainsi répartis : 31,000 roubles pour salaires; 22,000 pour nourriture et eaude-vie pendant la fenaison, 10,000 roubles pour salaires et entretien des bergers. Il avait retiré 76,000 roubles de la vente de ses laines ; il lui restait ainsi un bénéfice de 13,000 roubles. Si l'on songe aux risques de ce genre d'exploitation, risques provenant du manque de foin dans les années de sécheresse, de Tinsuffisance des bras pendant la fenaison, des maladies des moutons, etc., ce bénéfice ne semblera point fort élevé. Je ne pense pas toutefois qu'il faille le prendre pour un revenu normal, et si l'estimation d'un rouble par mouton, comme produit net annuel des troupeaux, est trop forte, celle de 60 copecks, que m'a fournie un autre éleveur, doit approcher beaucoup de la vérité.

J'assiste à l'opération du lavage à dos. Une petite rivière traverse le domaine. Deux passages y sont éta-

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